La Gazette de la grande ile

Chronique de razafilhy : La justice ce n’est pas ce que l’on croit

Publié le 06 septembre 2017

Il y a les rendez-vous manqués entre le pouvoir et les revendications syndicalistes, les frondes communautaires et les vindictes populaires…Avec la recrudescence de l’insécurité dans l’arrière-pays, les actes de violences semblent s’intensifier . Pendant que les populations subissent, on voit bien que les responsables n’arrivent pas à faire face. Prenons le cas de Betroka, en peine ville, où les bandes armées n’hésitent pas à se manifester soit en plein jour, soit à visage découvert. Ils défient pratiquement la force publique. Malgré une présence suffisamment dissuasive en nombre comme en armement, cet avantage en quantité ne sert pas la qualité des services et n’arrange pas du tout la situation. La raison est très simple et il n’est pas nécessaire d’être un analyste surdoué pour déduire qu’il y a anguille sous roche. Combien de fois faut-il dénoncer dans les colonnes des journaux que tant qu’il y aura des embrouilles au niveau des juridictions des tribunaux, c’est peine que s’imaginer pouvoir instaurer la confiance au sein d’une population trop consciente de l’influence néfaste de certaines personnalités vendues à la cause du banditisme rural au détriment du système judiciaire à la base. Il n’y a pas qu’à Betroka où malgré l’obstination louable du syndicat des magistrats, que l’intégrité de certains juges fait défaut. Sous la pression des privilèges, avantages en nature et la crainte de faire l’objet de l’hostilité certaine de la part de tel ou tel personnage qui ne se gêne pas du tout pour laisser entendre qu’il peut et qu’il est en mesure de muter ailleurs les fortes têtes qui veulent tenir tête à leurs sollicitations illégales. Tout le mal vient de là.

On ne peut donc pas en vouloir à des juges qui malgré leur bonne volonté sont confrontés à des situations difficiles à contourner. Il faut reconnaître aussi en d’autres endroits, certains fonctionnaires de la justice s’organisent de manière à faire plonger n’importe quel magistrat dans les bras de corrupteurs qui ne regardent pas les dépenses du moment qu’ils arrivent à obtenir la garantie de l’impunité ni plus ni moins de leur personne et des bars valides qu’ils utilisent à des fins criminelles pour satisfaire les besoins ces causes affairistes qu’ils soutiennent. Revoyez les colonnes des journaux sur les affaires retentissantes de ces derniers temps, en matière de trafics en tout genre, de crimes de sang, de kidnapping et des litiges fonciers et il vous sera facile de deviner que derrière n’importe quel dossier pourri, il y a le petit doigt d’un monsieur très haut placé dans la hiérarchie de l’Etat qui a pesé de tout le poids de son autorité pour amener un magistrat du parquet à aiguiller la procédure vers les oubliettes ou dans le meilleur des cas sous les coudes d’un décideur invisible. Et le tour est joué. Le plaignant le plus coriace, même sans perdre patience, ne pourra pas passer outre les tracasseries et la lenteur administrative de circonstance.

Une certaine presse avance que l’affaire du kidnapping de Toamasina pourrait enfin remonter à la surface pour finir par un procès. Une telle évolution du traitement des dossiers de cette affaire sordide peut être envisagée. Mais la grande question que tout le monde va se poser est la suivante : la procédure aura droit à la garantie légale prévue par les lois ou on aura droit encore cette fois à la manifestation de la vérité mais rien de la Vérité avec un grand V comme le veut la vocation et la raison d’être des tribunaux. On ne peut en vouloir aux personnes qui ne cachent point leur scepticisme quant ils savent trop bien que les contours de cette affaire de double kidnapping qui a entraîné la mort d’une fillette, sont entourés de quelques faits que les magistrats en charge des dossiers n’oseront jamais exposer au grand jour ou devant un public le jour du procès. Il y a trop de personnages hauts placés qui pourraient être éclaboussés par certaines déclarations aux accents très révélateurs sur les implications et les omissions volontaires pour éviter que des hautes personnalités se fassent épinglées pour telle ou raison. Le rôle joué par une Me Nicole, agissant au nom d’on ne sait quelle autorité déjà dérange le système judiciaire tout entier. Surtout après cette retentissante libération rocambolesque d’un trafiquant d’or très fameux qui malgré les charges retenues contre lui n’a pas passé plus de quatre heures d’horloge entre les murs d’une prison. Pire, aucune suite procédurière logique n’a eu lieu après l’exploit des douanes françaises sur l’énorme somme de devises qui a fait beaucoup de bruits dans les médias. Avec des précédents de ce calibre, comment voulez-vous que les justiciables se rassurent sur le sort que connaîtra leur droit en tant que partie lésée ? Les privilèges de fait que peut bénéficier un Marc Ravalomanana sur le plan pénal, après une condamnation aussi grave que la sienne ne permet à personne de penser que la fin d’instrumentalisation de la justice est pour demain. Imaginons un instant ce qui pourrait se passer pour la recherche de l’instauration d’un Etat de Droit au cas où un individu légalement condamné par la justice de son pays redevient Président de la République parce que le régime en place actuellement a laissé faire. Il ne serait que justice si les responsables s’occupent tout d’abord de cet individu qui selon Olivier Caslin dans un article de Jeune Afrique de Juillet dernier sous le titre : « Marc Ravaloma-

nana sur la ligne de départ » (…) Ce dernier semble toujours conserver le soutien d’une petite partie des milieux économiques malgaches, en dépit de nombreuses affaires qui ont émaillé son septennat, de 2002 à 2009, quand le président confondait les caisses de l’Etat avec celles de Tiko, l’empire qu’il s’est taillé dans le secteur agroalimentaire. » Et lorsque la même source précise qu’en plus de ses manquements avec le fisc de l’ordre de plus 80 millions d’euros « Marc Ravalomanana, également accusé de détournements d’argent public dans l’exercice de ses fonctions, et a été déjà condamné aux travaux forcés à perpétuité… , le commun des mortels s’étonne que des juges ferment les yeux, se taisent et font comme si l’individu en question auréolé de son titre hiérarchique au sein de l’Eglise FJKM a droit à une impunité de fait. Alors que les lampistes comme Claudine Razaimamo-

njy et certains maires concernés par des scandales financiers font l’objet de traitements spéciaux comme si d’ores et déjà, ils seraient reconnus coupables. Alors que dans lesdits dossiers, le Premier ministre Olivier Mahafaly lui-même n’arrive pas à montrer patte blanche, semble jouir d’un privilège scandaleux dû à son rang…

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