La Gazette de la grande ile

Interdiction de manif : C’est en vue de 2018 !

Publié le 06 septembre 2017

La population tananarivienne ne pipe mot mais observe avec attention les évènements. Depuis plus de deux ans, toutes les manifestations publiques programmées dans la capitale se heurtent à une interdiction formelle de la Préfecture de Police de Tana-Ville. On ne compte plus les organisations qui s’y sont essayées mais qui ont été éconduites et contraintes à la marche arrière. Pour les seules demandes se rapportant au secteur de Mahamasina (gymnase couvert ou stade municipal), citons le MMF (Malagasy Miombona ho an’ny Fanorenana), le MRM (Mitsangana ry Malagasy), le DFP (Dinika ho an’ny Fanavotam-Pirenena) et actuellement les Forces de Changement. Héritière d’une longue tradition de démocratie et de liberté, la municipalité de Tana-Ville (Cua) délivre à tous une autorisation de réunion quand le rassemblement ne présente aucun caractère séditieux. Mais invariablement, la Préfecture de Police, émanation directe du régime Rajao-

narimampianina, y oppose un véto, invoquant la nécessité de prévenir les troubles et de maintenir l’ordre public. Se présentant d’ailleurs à chaque fois devant la presse, le préfet de Police signale des renseignements faisant état de probables débordements pour justifier l’interdiction. Ces dernières semaines, les organisations politiques, semblent avoir trouvé la parade en saisissant le Tribunal administratif. Ce dernier a invalidé la décision de la Préfecture de Police, mais rien n’y fait : l’interdiction est maintenue, et est même consolidée par une réquisition qui déploie en nombre les forces de répression sur le site du rassemblement, dans les alentours et même sur toute l’étendue de la capitale.

Aujourd’hui, beaucoup se rendent à l’évidence : cette intransigeante volonté d’interdire les manifs publiques, en salle ou en plein air, sur un site public ou dans un endroit privé, est en fait une préparation à l’élection présidentielle de 2018. Voulant s’adjuger un deuxième mandat envers et contre tout, le régime Rajaonarimampianina est fermement décidé à écraser tous les mouvements qui s’opposent à cette « reconduction ». Dès maintenant donc, le pouvoir enfonce dans les consciences l’interdiction des manifs quelles qu’en soient les raisons, et déploie à chaque fois d’importantes forces de sécurité pour impressionner et intimider. De cette manière en 2018, quand la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) entièrement acquise à Hery Rajaonarimampianina aura proclamé les résultats favorables à l’actuel chef d’Etat, les forces de l’ordre seront déployées en masse dans les villes. Si une contestation se manifeste dans les rues, les chars d’assaut pourraient même être sollicités (comme lors du sommet de la Francophonie), tandis que les militaires pourraient être armés de fusils pourvus de balles réelles. Récemment lors de la proclamation des résultats d’élection présidentielle au Gabon et au Kenya, un tel dispositif a été mis en œuvre pour défendre la réélection contestée du chef d’Etat en place. Il y eut des morts et des blessés chez les manifestants, mais les fusils ont eu raison des mécontents qui ont finalement baissé les bras. Rappelons qu’à Madagascar en 2002, une véritable marée humaine favorable à Marc Ravalomanana a contesté dans les rues la réélection douteuse de l’amiral Didier Ratsiraka. Le mouvement était allé en s’amplifiant et a fini par jeter hors du palais présidentiel le chef d’Etat sortant qui voulait s’incruster. Comme le danger pourrait venir en 2018 de ce camp, une interdiction de rassemblement particulièrement ferme a été signifiée le mois dernier au parti Tim (de Marc Ravalomanana) qui voulait fêter son jubilé au stade de Mahamasina.

Bref, la machine est déjà en branle pour assurer le maintien au pouvoir de Hery Rajaonarimampianina en 2018. On ne sait si le producteur de lait Marc Ravalomanana sera le seul à trouver que c’est …vache.

Adelson RAZAFY

Lire aussi