La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE DE N RAZAFILAHY

Publié le 24 octobre 2017

Sénat : discipline de parti et bassesse d’esprit…

 

Lors de la séance inaugurale de la dernière session ordinaire de cette année, Honoré Rakotomanana avait annoncé officiellement la nomination de Rivo Rakotovao en tant que sénateur désigné par le président de la République. Tout d’un coup, la rentrée parlementaire a pris des dimensions les plus inattendues. Depuis, les spéculations et les élucubrations politiciennes les plus extravagantes alimentaient les conversations dans les couloirs de la Maison de Verre, dans les allées du pouvoir, les salons et les rédactions. Si hier déjà (et même bien avant) les uns voyaient déjà en Rivo Rakotovao après avoir occupé plusieurs postes ministériels, « président de ce parti issu de nulle part et qui n’a donc aucune base historique, aucun député élu dans les régions », le successeur de l’actuel président du Sénat, dans le paysage politique malgache les commentaires vont bon train. Pendant que les tractations feutrées en coulisses prenaient des allures de défiance, les indiscrétions se faisaient rares. Comme s’il s’agissait d’une maladie honteuse, les premiers concernés évitent d’en parler en public et par médias interposés. Comme dans le discours inaugural de vendredi dernier, Honoré Rakotomanana avait une fois de plus hier avec une insistance fait appel « aux sénateurs de faire preuve de solidarité.» C’est tout juste si d’un côté comme de l’autre, on faisait état de confidences et de commentaires que les observateurs ont du mal à décrypter à travers des discours hermétiques qu’il faut déchiffrer à partir des citations évangéliques du président du Sénat tirées de l’Epître aux Romains sur le «devoir d’amour envers leurs frères chrétiens et envers les autres hommes » Passages où il est également écrit qu’ «Ils sont soumis aux autorités institutionnelles qui visent le bien commun . Revêtus du Christ, l’amour du prochain est leur Loi »L’Apôtre Saint Paul « termine sa lettre par des salutations à ses frères et sœurs en Christ (16,1-16) et un avertissement contre ceux qui sont la cause de scandales et de divisions (16,17-18).
L’allusion est on ne peut être plus claire quand on considère le complot ourdi dans les travées afin d’offrir la tête d’Honoré Rakotomanana sur un plateau d’argent à ce chef de parti qui sera appelé à gérer les enjeux tactiques (et pourquoi pas financiers) de la prochaine élection présidentielle. Des indiscrétions sûrement malveillantes font état de l’existence d’une affaire des gros sous utilisables dans le budget réservé à l’institution d’Anosy. Tout le reste n’est que ruse de sioux pour endormir l’opinion et les opposants potentiels. L’objectif final du parti HVM majoritaire dans cette institution était de récupérer un poste stratégique (actuellement occupé par un intrus aux yeux des barrons du régime) mais qui lui revient par la force des choses. A force de finasser pour ne pas éveiller les soupçons d’Honoré Rakotomanana, le parti présidentiel a jeté le masque pour étaler ses atouts. Malgré une réticence logique de celui à qui on avait confié le rôle d’éteignoir lors des jours sombres des effervescences postélectorales et les joutes juridictionnelles des premiers pas dans l’arène politique d’un président élu dépourvu d’un minimum de base parlementaire, les dés sont jetés. A partir de ce jour, la roublardise de ce régime sera l’alliée d’une guerre d’usure à l’endroit de ce magistrat expert dans l’art de convaincre en faisant appel à ses très hautes connaissances des textes de nos lois. Pour l’obliger à lâcher prise ceux d’en-face vont être obligés de recourir aux vils artifices de la politique de bas étage. Ils n’hésiteront sûrement pas à s’abaisser à des propositions d’une bassesse d’esprit qui aboutiront finalement autour d’une mallette ou pourquoi de cartons lourdement harnachés de ces nouvelles coupures sonnantes et convaincantes à cinq chiffres de la Banque Centrale. Avec en primes on ne sait plus quels privilèges que l’Etat peut très bien octroyer à un éminent Chef d’Institution largué comme un malpropre et qu’on a obligé à démissionner. Pour habiller Rivo Rakotovao des nouveaux habits du seul maître à bord de ce navire destiné à conduire le candidat à sa propre succession à bon port.

 

Alors qu’il était prévu officiellement que l’élection aurait dû avoir lieu ce jour, pour les besoins de la cause sûrement, la consultation a été renvoyée aux calendres grecques. Pour la seule raison que tout le monde sait déjà, même si quelque part le mécanisme de la tromperie a déjà été enclenché avant même que la nomination de Rivo Rakotovao ait été effective. La suite de l’opération se poursuivra selon un scénario qui n’aura même pas besoin de l’approbation du Groupe Parlementaire Présidentiel GPP composé par les sénateurs pro-régime et les sénateurs nommés par le président Hery Rajaonarimampianina. Le piège n’aura plus alors qu’à se refermer sur ce juriste fameux pris dans les filets de la perfidie d’un régime qui ne raisonne qu’en termes de machiavélisme ploutocratiques. Notre ami Adelson Razafy a mille fois raison quand il rappelle que « Hery Rajaonarimampianina n’a rien d’un homme de dialogue (…) Qui nous dit que devant cette fourberie de certains de ses pairs, le sénateur désigné et nommé par le président lui-même ne s’était pas tourné vers lui, non pas pour implorer son secours, mais sûrement pour savoir à quelle sauce il sera braisé par le parti Hery Vaovao ho an’i Madagasikara ? Selon la même source toujours
« Homme fermé qui a tendance à exercer un pouvoir solitaire, l’homme suscite la méfiance, quand subitement il sourit en direction des opposants et les invite à sa table.» Comment dans ce cas ne pas imaginer et surtout ne pas soupçonner que dès le premier jour où il avait siégé à la tête du Sénat, l’honorable vieil homme qui avait consacré son existence au service du Droit devait connaître le triste sort et l’injuste fin de carrière qu’il est en train de vivre dans les prochains jours ? Bassesse d’esprit de la part de ses bourreaux oblige ! Les artisans de ce complot à la chambre basse croient avoir bien agi en jouant les auteurs des basses besognes d’un système aux abois. S’ils peuvent encore trouver le sommeil après le mal qu’ils ont fait, qu’ils méditent d’abord sur cette affirmation de Phil de Fer : « nos responsables sont des bras cassés qui s’estiment trop intelligents pour penser aux détails qui font pourtant toute la différence entre la réussite et l’échec. » Le temps est un grand maître. On verra bien un jour qui a tort et qui a raison ? Osons espérer que le vice-président d’Analamanga au Sénat sera toujours de cette terre parmi pour nous le dire. Pour le moment, ils peuvent très bien sabrer une bouteille de champagne et festoyer pour avoir accompli une mission aussi dégoûtante.

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