La Gazette de la grande ile

Crimes de sang

Publié le 24 octobre 2017

Faut-il rétablir la peine de mort ?

Trop occupée par l’épidémie de peste, Madagascar a célébré discrètement le 10 octobre, la journée mondiale de l’abolition de la peine de mort. Dans les textes, comme dans les faits, la peine de mort est abolie à Madagascar. Les adeptes de l’abolition de la peine de mort ont donc gagné. Pourtant, de plus en plus de nos concitoyens ne cachent pas qu’ils souhaitent son rétablissement car ils trouvent que les peines d’emprisonnement ferme, quand elles sont prononcées ou même appliquées, sont dérisoires et sans effets sur les auteurs de crimes de sang. Ces derniers ont vite fait de sortir de prison et de récidiver. Face à cette situation injuste, nombreuses sont les personnes qui exigent, ouvertement ou à demi-mot, le rétablissement immédiat et l’application stricte de la peine de mort. Les abolitionnistes ne songent pas un instant au retour de l’application de la peine de mort qui constituerait, selon eux, une régression sociale et morale. Pour ces idéalistes, aucun crime, même le plus ignoble, ne justifie l’application de la peine de mort, laquelle ne réparera jamais le préjudice subi par les personnes endeuillées. D’après eux, il est absurde de punir un crime par un autre crime. Les partisans de la peine de mort pensent tout à fait le contraire. Ils considèrent que l’individu qui donne volontairement la mort à autrui n’est pas digne de vivre. Il doit mourir à son tour et il appartient à la république de rendre et d’appliquer la justice en ce sens. Si la vie d’autrui ne vaut rien pour le criminel qui aime ôter la vie, alors sa vie ne vaut rien non plus. Le débat sur la peine de mort est difficile et sensible car il a vite fait d’exacerber les passions, surtout lorsque des considérations religieuses entrent en jeu. Le dialogue est rompu dès que les défenseurs de l’abolition de la peine capitale soutiennent qu’il faut savoir pardonner à son prochain et que, puisque seul Dieu peut donner la vie, lui seul est autorisé à la reprendre. Avec de telles déclarations, ils pensent avoir tout dit et tout compris et ils refusent de prêter l’oreille aux arguments contraires. Les zélateurs de l’abolition de la peine de mort ont le droit de défendre ardemment leur point de vue mais ils sont moins cléments quand on leur demande comment ils réagiraient face à l’assassin de leur propre enfant. Même si le droit international va dans le sens d’une abolition de la peine de mort, ses militants à Madagascar ne doivent pas s’endormir sur leurs lauriers. Ils ont intérêt à se battre pour que nos concitoyens reprennent confiance dans la justice républicaine. Si celle-ci était juste, efficiente et exemplaire alors les peines d’emprisonnement ou de travaux forcés à perpétuité seraient suffisantes et dissuasives. Ce n’est pas le cas. C’est la faillite du système judiciaire malgache, corrompu jusqu’à la moelle, qui encourage une majorité de l’opinion publique à solliciter le rétablissement de la peine de mort. Certains individus ne se contentent plus de réclamer cette mesure puisque personne ne les écoute. Excédés et désespérés, ils appliquent eux-mêmes la peine de mort, à travers la vindicte populaire, avec tout le déchaînement de violence collective que cela comporte.

Ranary et Folojaona

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