La Gazette de la grande ile

Lourde peste, quand tu nous tiens…

Publié le 24 octobre 2017

Cela fait 2 mois que l’épidémie de peste sévit à Madagascar. Rappelons que la saison pesteuse commence généralement chez nous au mois d’octobre pour ne se terminer qu’au mois d’avril de l’année suivante et ne touche que 3 ou 4 régions seulement (dont entre autres Analamanga, Alaotra Mangoro, Bongolava…), mais cette année, ci, elle a commencé beaucoup plus tôt et touche actuellement 17 régions.

 

Un bref rappel des années précédentes : 86 cas recensés et 39 morts en 2013, puis 263 cas et au moins 71 morts de septembre à février 2014.

 

A la date du 21 octobre 2017, le nombre de cas recensés est déjà de 911 dont 612 de forme pulmonaire, 175 de forme bubonique, avec 95 décès déclarés, dans 39 districts sur 119 et 17 régions sur 22. Habituellement, c’est la peste bubonique (la moins dangereuse et la moins contagieuse) qui est plus nombreuse. Depuis sa réapparition fin Août 2017, le nombre de cas ne cesse d’augmenter d’une façon considérable et dire qu’on est seulement en début de saison. La forme pulmonaire, la plus virulente, une des maladies infectieuses les plus meurtrières peut être fatale en seulement 24 heures et peut se transmettre très facilement d’homme à homme à travers la salive. Sa période d’incubation peut durer 3 jours. Pendant ces 3 jours, la personne a déjà contracté la maladie, elle se sent encore en forme, mais elle peut déjà transmettre la maladie à son entourage immédiat, à ses contacts, car elle va continuer à vaquer à ses occupations quotidiennes. Les mesures prises jusqu’à présent «étaient peut être nécessaires mais insuffisantes », vue que l’épidémie continue de se propager de façon exponentielle. Le cap de 100 décès et de 1 000 cas va sûrement être atteint d’ici quelques jours. L’Etat Malagasy, au lieu de tergiverser, doit prendre maintenant des mesures urgentes, drastiques pour essayer de limiter les dégâts car il est vrai, on ne pourra pas éradiquer facilement cette maladie souvent « fatale », si non traitée à temps.

 

Une des mesures à prendre est de décréter une cessation des activités dans les villes touchées par la maladie pendant 3 jours, une sorte de « VILLE MORTE », à commencer un vendredi pour ne se terminer que le dimanche suivant. C’est peut être ANTIECONOMIQUE mais chacun doit faire un sacrifice ; les fermetures sporadiques des écoles (alors que les adultes travaillent encore), les annulations, reports et interdictions des manifestations publiques ne suffisent plus à ce stade. Il faut fermer tous les bureaux, les boutiques, les sociétés privées, les églises, interdiction de sortir de la maison, interdiction de circuler pour tous les véhicules, bref arrêt de toute activité. Prévenir la population des jours à l’avance pour les provisions éventuelles. Il n’y a que les membres des forces de l’ordre, le personnel soignant, les pompiers et les agents nettoyeurs qui pourront sortir dehors. Pendant ces 3 jours, on fera une désinfection totale des lieux publics, des transports en communs, des écoles, des bureaux, etc…. Pendant ces 3 jours (correspondant au délai de la période d’incubation), les personnes ayant contracté la maladie, présenteront les symptômes de la peste et là, elles n’ont qu’à appeler le 910 pour qu’on s’occupe d’elles et de leur entourage. Le lundi, reprise des activités, on serait à peu près sûr que chaque personne qui sort est indemne de la maladie.

 

Là déjà, la DIDEC a pris une décision contradictoire d’avancer la rentrée scolaire des écoles catholiques au mercredi 24 octobre, alors que le MEN a décrété le 06 novembre comme date d’entrée officielle. Les parents ne savent plus à quel saint se vouer. Mais à ce rythme, si on ne prend pas une décision ferme en changeant de stratégie pour essayer de stopper la propagation actuelle de la maladie, le bilan va s’alourdir jusqu’à avril 2018 et personne ne sera à l’abri, le stade 3 pourrait être prononcé par l’OMS, les antibiotiques pourraient manquer et ce sera un cercle vicieux.

 

Docteur DAHERY, Ankadivato

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