La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE

Publié le 25 octobre 2017

La République des combines

Si ailleurs Pierre Péan avait dénoncé dans un de ses ouvrages les méfaits de « la République des mallettes », avec cette effervescence troublante au sein même du Sénat, le pouvoir actuel vient de montrer finalement le vrai visage d’un système pratiquement sous l’empire des pratiques et des moyens illicites pour arriver à des fraudes financières et à des fins ploutocratiques par le biais des prérogatives étatiques. Dans sa naïveté populiste désireuse de voir enfin la fin d’une paupérisation galopante de sa vie quotidienne, la population de cette île avait cru que l’avènement d’une 4ème République imposé par la communauté internationale allait apporter ce changement tant attendu, d’un régime à l’autre. On s’attendait tous sans beaucoup de conviction bien entendu à ce que les activités malfaisantes qui datent de l’ère Marc Ravalomanana reprises par les barons de la Transition disparaîtront dès le début du mandat du premier président de la 4ème République.

 

Hery Rajaonari-mampianina avait juré que l’année 2014 « sera celle de notre renouveau collectif, sous l’emblème de la Force nouvelle qui vient de s’insuffler à Madagascar. Je forme le vœu qu’ensemble nous libérions les énergies pour renverser la fatalité de la misère et de la maladie qui ont tant touché notre pays, » avait déclaré le nouvel homme fort aux pieds d’argile qui n’a aucun député élu à l’Assemblée Nationale, lors de son investiture.. Après presque quatre ans d’un mandat qui ne peut se vanter d’un bilan objectif et rassurant à cause de quelques courtisans impliqués dans des trafics (d’or, des minerais et des ressources précieux) des pillages purs et simples des deniers de l’Etat. Faisant fi du respect de la Constitution et des lois de ce pays, les institutions ne tenaient guère compte des stipulations les plus sacrées des textes législatifs. Avant d’arriver à cette intrigue de palais qui vise « la démission forcée » du président du Sénat au profit d’un ministre qui naviguait d’un département à l’autre (pour des raisons obscures inexplicables et surtout rarement expliquées). Et pour cause…Là où il est passé, chose aberrante, les ragots font souvent état de magouilles, de prises de possession de propriétés foncières et récemment de suspicions sur des exportations obscures de bovidés avec la complicité d’élus et de notables locaux dans le sud. Il y a plus de 45 ans suite aux évènements de 1972 et de ce premier complot militaire très vite sacré lutte populaire, la société malgache a connu un chambardement chaotique total qui se poursuit encore de nos jours. L’insécurité au fil des ans s’est installée un peu partout et l’exode rural prendra des proportions grandissantes jusqu’à submerger les agglomérations urbaines de ses bras valides réduits à vivoter d’expédients et à se résigner à une existence de survie… Comme sous l’effet d’une malédiction, tout va aller de travers. Les pratiques politiques connaîtront une dégradation inquiétante qui se traduit d’année en année par des alternances déshonorantes qui n’ont rien à voir avec la vérité du verdict des urnes. Il est vrai que dans tous les pays du monde, de tous temps les successions au pouvoir se passaient toujours dans des conditions sanguinaires et cruelles. Même chez nous, presque dans toutes les régions, du temps de la monarchie surtout, les souverains pour parvenir à la maîtrise de leurs territoires faisaient toujours appel à des complots sans pitié…

 

Quand les acteurs politiques de nos jours semblent revenir à ces machinations d’un autre temps pour déshabiller Honoré et habiller Rivo ou pourquoi pas Andriamandavy VII qui n’attend que la bonne occasion pour mettre les pieds à l’étrier, on en est scandalisé. Rien qu’à voir comment se comportent des personnalités pourtant considérées comme les sages de la nation, le commun des mortels ne peut que s’inquiéter du sort que risquera de connaître le pays si de telles attitudes indignes des membres d’une institution républicaine perdurent. Non seulement, ils sont presque tous mêlés à des affaires pas très honorables, mais il se trouve qu’au lieu de rechercher le bien-être de leurs électeurs, ils s’obstinent à ne s’accrocher qu’à combines fort lucratives à partir des octrois des marchés publics au profit de quelques amis et parents liés par les influences nocives de la corruption. Pendant ce temps, la peste fait des ravages dans les chaumières et même en pleine ville. Les bandits armés terrorisent, saccagent, dévalisent et violent les braves gens sans défense. Pour couronner le tout, ne sachant plus à quel saint se vouer, les justiciables sont à la merci de l’instrumentalisation de la justice. Les dossiers pourris comme le hold-up de la Banque Centrale de Manakara, les indélicatesses et facturations abusives d’une haute personnalité de l’ACM et de son compère devenu depuis ministre, non seulement étonnent mais indignent les simples citoyens. Les combines les plus sordides enrichissent un peu plus de fortunés affairistes qui accaparent les propriétés des gens. Moyennant des avantages en nature assez impressionnants, pour l’obtention des biens immobiliers de simples citoyens incapables de se défendre devant les moyens pécuniaires énormes, les acquéreurs filous finissent toujours par ériger ces tours pharaoniques dans tous les arrondissements de la capitale et les villes de province. Le problème foncier en général et l’accaparement des terres en particulier au profit de ces investisseurs qui se conduisent comme en pays conquis, provoquent encore et toujours des conflits d’ordre politique qui risquent de se terminer comme l’affaire Daewoo, faute de transparence dans les contrôles et le suivi des projets agricoles et miniers.

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