La Gazette de la grande ile

Conjoncture

Publié le 25 octobre 2017

Western sans spaghetti

Le western est un genre cinématographique qui a débuté quasiment avec la naissance du cinéma. Le western aime relater la vie des cowboys américains. Les cowboys sont aisément reconnaissables à leur cheval, leur chapeau et leurs bottes. Dans les westerns, les cowboys sont capables d’affronter les peaux-rouges, les voleurs de bétail ou les promoteurs fonciers, de la même manière qu’ils sont aptes à dompter un taureau au rodéo ou à attraper un cheval sauvage avec un lasso. Le soir venu, ils jouent au poker, écoutent de la musique country et s’enivrent de bourbon au saloon qu’ils quittent après une bonne bagarre avant de rejoindre leur ranch.

 

Le western a été immortalisé par des acteurs mythiques tels que John Wayne, Henry Fonda et Gary Cooper. Lorsque l’intérêt pour le western traditionnel a commencé à décliner, on a vu apparaître, à partir de 1960, le western-spaghetti qui est un sous-genre de western. Cette appellation ironique vient du fait que ce nouveau type de western a été mis en scène par des réalisateurs italiens, notamment Sergio Leone. En 2017, Madagascar n’est pas seulement le titre d’un dessin animé. C’est aussi un mélange de western classique et de western-spaghetti.

 

La Grande Ile est un peu comme le Far-West, cet espace aride où les pionniers faisaient régner la loi du colt. A Madagascar, les hors-la-loi font la loi et l’appliquent en fonction de leurs seuls intérêts. Ils ont le pouvoir politique et celui des armes qui leur permettent d’animer les westerns électoraux. Les « règlements de comptes à OK Corral » ne donnent plus lieu à des duels à l’ancienne, mais plutôt à des kidnappings. Les bandits de grand chemin attaquent des minibus et des 4×4 qui font office de diligences sans chevaux. Les fusils d’assaut Kalachnikov se sont substitués aux carabines Winchester. Face à l’explosion de la violence et de la corruption, le citoyen ne sait plus à quel saint se vouer. Condamné malgré lui à une « danse avec les loups », il n’arrive plus à faire la distinction entre « le bon, la brute et le truand » car presque tous les politiciens nommés ou élus se font acheter « pour une poignée de dollars ».

 

Comme « à l’ouest du Pecos », le soleil cogne fort, l’eau est rare et il y a beaucoup de poussière à Madagascar. Il n’y a ni coyotes, ni vautours, ni serpents à sonnettes, mais les montagnes d’ordures ménagères attirent les mouches, les cafards, les rats et les puces. Ces dernières tuent davantage d’hommes et de femmes que des pistolets à six coups et sont plus menaçants que des bisons en furie. Minuscules et sournoises, les puces ont réussi à déstabiliser tout le pays en propageant le germe de la peste.

 

Fuyant ses responsabilités face à une épidémie incontrôlable, le Président de la République est allé en Italie pour un forum économique. Django est rentré avec un doctorat honoris causa décerné par l’Université de Milan. On est content pour lui, mais on aurait préféré qu’il revienne avec des cartons de spaghettis à distribuer à une partie de sa population affamée. Non contente d’avoir provoqué presque une centaine de morts, la peste a occulté la famine et la malnutrition qui continuent à sévir. Les cactus au milieu des contrées désertiques et rocheuses font partie des décors de cinéma du western. Dans le sud de Madagascar, de nombreux miséreux mangent des cactus pour survivre.

 

Au lieu de s’atteler aux réformes structurelles susceptibles d’éradiquer la famine et la peste, les cowboys qui nous gouvernent sont devenus des chercheurs d’or qui versent dans le « bling-bling » à la mode Silvio Berlusconi. Ils sont prêts à offrir à chacun des députés chasseurs de primes, un véhicule 4 x 4 toutes options d’une valeur proche d’une Ferrari, mais ils rechignent à acheter en masse des antibiotiques, des masques de protection et des tests de détection rapide qui aideraient tant à contenir la propagation de la peste.
Piètres acteurs, nos dirigeants ne supportent pas qu’on leur rappelle qu’ils sont corrompus et incompétents. Ils pressent les forces de l’ordre et autres sheriffs de leur rapporter le scalp des opposants, journalistes, syndicalistes, grévistes et bloggeurs dont les opinions dérangent. Aujourd’hui, les gradés des « tuniques bleues » du HVM jouent aux terreurs de l’ouest qui dégainent et tirent plus vite que leur ombre. Demain, ils détaleront de « Fort Alamo » au galop, avant de tomber de leur selle et de s’exiler en Italie pour manger des spaghettis à la sauce bolognaise ou milanaise.

 

Phil de Fer

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