La Gazette de la grande ile

Madagascar

Publié le 25 octobre 2017

Traite des blanches «new look» vers la Chine: ce n’est plus du cinéma

Je ne sais pas si vous avez vu le film «L’Afrique est belle» du Mauritanien Timbuktu, mais, à présent, à Madagascar, la démarche n’est plus du cinéma. Contrairement à la «traditionnelle» traite des blanches -qui est un «trafic de femmes d’origine européenne ou autres, correspondant à une prostitution forcée»-, le mariage forcé -subtilement déguisé en offre d’emploi, ici- se substitue à la prostitution vieille comme le monde… Ce qui est du pareil au même au final.

 

Le 18 octobre 2017, quatre jeunes filles sont appréhendées à l’aéroport d’Ivato, en partance pour Guangzhou (ex-Canton) en Chine. Après une enquête effectuée par le Service central des enquêtes spécialisées (S.E.S.) de la Police de l’air et des frontières, il s’est avéré qu’elles font partie d’un «lot» d’un réseau de jeunes filles à marier, dont les cerveaux sont deux Malgaches résidant en Chine. Le même jour, suite à des renseignements précis et précieux, deux hommes sont également arrêtés, l’un s’occupant des passeports et visas des jeunes filles, l’autre les hébergeant en attendant leur départ. Et c’est au domicile de ce dernier qu’ont été découvertes trois jeunes filles originaires de Sambava qui attendaient d’être embarquées vers la Chine.

 

Mais ce coup de filet n’est qu’un «imprévu» dans cette traite des blanches «new look» qui, pourtant, a été signalée depuis plusieurs dizaines de mois auparavant à Madagascar. Précisions. Le 1er octobre 2014, Norotiana Jeannoda, présidente du Syndicat des professionnels diplômés en travail social, avait annoncé avoir reçu un S.O.S.de l’une de ces femmes «exportées», qui se trouvait toujours en Chine; femmes qui avaient cru quitter la pauvreté de Madagascar pour trouver un emploi comme domestiques de maison, vendeuses ou serveuses. Mais une fois sur place, la misère a fait place à… pire: leur passeport a été confisqué et plusieurs d’entre elles ont été vendues à des Chinois pour plusieurs milliers d’euros, le vrai montant dépendant de la couleur de leur peau.

 

Le 8 novembre 2014, voici ce qui a été entendu sur radio Vatican. Oui: «Un réseau de trafic de jeunes femmes sévit depuis quelques années entre Madagascar et la Chine. Plusieurs femmes malgaches sont tombées dans le piège, ne se doutant guère qu’elles étaient destinées à être vendues puis mariées de force. Selon un rapport sur la traite des êtres humains publié récemment par le Département d’État américain, Madagascar figure parmi les pays d’origine pour la traite des femmes et des enfants soumis au travail forcé et au trafic sexuel. Le principe est simple: par l’intermédiaire de complices malgaches, des femmes sont envoyées en Chine sous le prétexte de travailler pour gagner dignement de l’argent alors qu’en réalité elles alimentent le marché du trafic d’êtres humains. Les victimes de la traite sont sujettes à des abus de toute sorte: viol, torture, servitude pour dettes, séquestration, menaces à l’encontre de leurs familles ou à des proches etc. ».
Mais pourquoi une recrudescence de ce genre de trafic humain dans lequel seul le menu fretin est attrapé et médiatisé? Du côté de la Grande île de l’océan Indien, il faut dire les choses telles quelles sont: depuis l’accession au pouvoir de ce régime Hvm/Rajaonarimampianina, la pauvreté s’est aggravée, mettant Madagascar à la 5è position des pays les plus pauvres du monde (source : Banque mondiale 2017). En fait, la paupérisation de tout un peuple est devenue le système de gouvernance à travers la corruption au plus haut niveau et le non-respect des droits humains à commencer par la violation répétée de la constitution. D’où cette fuite en avant de la gente féminine malgache vers des paradis artificiels devenant enfers réels une fois sur place.

 

Du côté de la Chine, nous entrons de plain-pied dans le système de la demande et de l’offre. Vous n’êtes pas sans savoir que la population chinoise compte beaucoup plus d’hommes que de femmes. Cela est du à l’élimination avant naissance des fœtus féminins. Et, par tradition, un Chinois qui va se marier doit verser une dot faramineuse à la famille de sa future épouse. Aussi, beaucoup de Chinois moins nantis (ils sont extrêmement plus nombreux qu’on ne le croit) préfèrent se marier à moindre coût avec des jeunes filles d’ailleurs présentées par des trafiquants notoires.

 

Ainsi, le phénomène de cette traite des blanches «new look» vers la Chine, est comparable aux vols de zébus par les dahalo. Seulement, ceux-ci vont s’arrêter lorsqu’il n’y aura plus aucun bovidé à Madagascar. Ce qui ne saurait tarder au rythme où vont les… choses. Cependant, ces mariages forcés iront en s’amplifiant, étant donné qu’il y a plus de femmes que d’hommes qui forment la population malgache. Et plus de pauvretés encore (pauvreté monétaire, pauvreté de l’esprit…). Que fait, justement, le ministère de la… Population? Strictement rien. Et depuis que la ministre Onitiana Realy s’est mariée avec Andrianirina Briand, elle brille par une absence totale sur le sujet. Où diable est passé la célèbre journaliste animatrice incisive et crédible (enfin, un peu) de l’émission-phare «L’invité sur Zoma» sur Tv Plus? Le virus Hvm (Haute Volonté de Manipuler) est extrêmement dangereux dans nos contrées. Pire que le bacille de la peste qui, désormais a toute une saison bien à elle, et il y a même des «vacances de peste» à présent. Passons après avoir pesté.
Voici un avertissement pour les jeunes filles sur les dangers de facebook s’il est mal utilisé et mal interprété. Témoignage authentique d’une Malgache d’une vingtaine d’années. « J’ai connu une Malgache à travers facebook. Elle m’avait proposé d’aller travailler en Chine pour un contrat de trois mois avec un salaire que je n’avais jamais imaginé exister… Ensuite, je suis arrivée à Guangzhou avec deux autres filles de mon âge. Là-bas, avec la Malgache connue sur facebook, nous avons été emmenées en voiture dans une campagne lointaine, pour un trajet de 15h de route. Je pensais alors qu’elle allait nous présenter à nos patrons lorsque, soudain, elle nous a demandé de changer de vêtements et de nous maquiller. Puis, elle nous a amenées dans une salle où des hommes chinois et leur famille respective nous attendaient ». En fait, elle a été vendue purement et simplement. Heureusement donc qu’elle a pu s’en sortir sinon, il n’y aurait pas eu ce témoignage. Mais quid de ses deux compatriotes d’infortune ?

 

Enfin, il faut savoir qu’il n’y a pas que la Chine qui constitue un miroir aux alouettes pour la jeunesse féminine malgache. Ce n’est pas pour rien (mais çà a fini par l’être avec l’arrivée au pouvoir du Hvm) si en 2013, le régime de transition avait interdit aux Malgaches de partir travailler au Liban et au Koweït. Mais depuis janvier 2014, de véritables réseaux mafieux sont parvenus à contourner la loi et continuent toujours à répondre à la demande de pays du Moyen-Orient, en envoyant des jeunes malgaches là-bas, de manière illégale donc. Début avril 2016 déjà, le même coup de filet que le 18 octobre 2017 a eu lieu. Seule la destination a changé. Ainsi, treize femmes âgées entre 20 et 25 ans, originaires d’Andapa, ont été appréhendées à l’aéroport d’Ivato. C’est l’authenticité douteuse de leurs passeports qui a été à l’origine de la découverte de ce pan du trafic humain. Or, elles avaient payé un million d’ariary chacune dans le but de quitter le pays, fuir la pauvreté et la misère ambiantes pour aller «travailler» au Liban ou au Koweït.

 

Par la suite, elles ont été relâchées car la justice les avait considérées comme des victimes d’un réseau. Par contre, si des membres de ce réseau ont été placés sous mandat de dépôt (on ne connaît pas la suite à l’heure actuelle. Relâchés sans nul doute), le cerveau demeure introuvable. Il doit avoir le bras aussi long qu’un jour sans pain.

 

Moralité de ce conte des mille et un ennuis? Tant que l’actuel Etat malgache et son gouvernement de combat pratiqueront leur politique de l’autruche et de mendicité internationale sous couvert de recherche d’une «reconnaissance» aux frais du pauvre contribuable malgache, c’est toute la population de cette Grande île de l’océan Indien qui risque d’être exportée au diable vauvert en tant que masse robotisée de travailleurs immigrés. Nous entrons dans la fiction? Sachez que toute fiction émane de la réalité, les gars! A samedi !

 

Jeannot Ramambazafy

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