La Gazette de la grande ile

Diplomatie malgache

Publié le 28 octobre 2017

Les ambassadeurs trop coûteux !

 

Lors des travaux du Forum de la Diaspora qui se déroulent actuellement au Village Voara, à Andohatapenaka, la nomination des ambassadeurs malgaches à l’étranger a été évoquée par l’un ou l’autre des participants. Selon ces derniers, en effet, la présence d’un ambassadeur titulaire est nécessaire pour faciliter les rapports de la diaspora (et des personnalités étrangères sur place) avec la représentation diplomatique. Car dépositaire de l’autorité de l’Etat, l’ambassadeur en titre est un interlocuteur valable, au contraire du chargé d’affaires qui n’est qu’un haut fonctionnaire. Notons qu’en gros, nos derniers ambassadeurs ont été nommés sous Marc Ravalomanana. En dehors de quelques rescapés (en Chine, au Canada et au Sénégal) tous ont été retirés sous la Transition et remplacés par des chargés d’affaires par intérim. Le régime transitoire, non reconnu au plan international, n’en a pas nommés. L’actuel régime annonce invariablement que les nominations vont survenir «bientôt », mais l’attente dure. Pour cette raison, des postes stratégiques comme Paris, Washington, Londres ou Moscou ne sont pas encore pourvus.

 

Un retard considérable quand on sait que l’actuel régime a dépensé quatre ans et n’a plus devant lui qu’une année de mandat. A quoi attribuer ce fait ? En premier lieu certainement, au manque de personnel de qualité attaché à ce régime. On le voit bien lors des remaniements quand pour remplacer un ministre défaillant, on a recours à un précédent ministre déjà… défaillant. Or le poste d’ambassadeur doit être occupé par une personnalité qui a du charisme, de la compétence, de l’esprit d’initiative et surtout de l’imagination, surtout à un moment où on veut donner aux ambassades une orientation plus économique qu’administrative. L’homme en plus doit être honnête et droit, car la nomination d’un ambassadeur qui traîne des casseroles ne peut que susciter rires et sarcasmes… Un oiseau rare donc qui ne court pas les rues dans les rangs des partisans du régime.

 

Mais il se trouve surtout qu’à un moment où le pays est presque en cessation de paiement, il ne peut se payer le luxe de nommer un ambassadeur, opération au coût exorbitant. Notons qu’actuellement, faute de liquidités, l’Etat ne paie plus les avancements en grade dans la Fonction publique, ni les indemnités des fonctionnaires déplacés. De même, le recrutement d’agents de l’Etat, en remplacement de ceux admis à la retraite, a été gelé et remis à une date indéterminée, alors que les dossiers des concernés ont déjà été approuvés. Comment dans ces conditions financer la nomination d’un ambassadeur qui, en raison de son titre, bénéficie de divers avantages dans nos textes ? D’abord, son Excellence et les membres de sa famille doivent être expédiés par avion. Le transport gratuit, courant naguère, n’est plus de mise dans la situation actuelle d’Air Madagascar. Son Excellence bénéficie aussi de diverses indemnités dont le total dépasse le salaire qui est déjà faramineux: indemnités de logement, d’installation, de représentation, d’éloignement, de charge de famille, etc. Sur place, c’est l’Etat qui prend en charge l’achat du véhicule de fonction, les frais de carburant, de téléphone, de protection sociale, de scolarité des enfants, etc. Notons d’ailleurs que les ambassadeurs limogés sont souvent restés sur place avec leurs familles, et attendent que l’Etat prenne en charge (conformément aux textes) leurs billets d’avion, les indemnités de déménagement, le transport de leurs meubles et véhicules… Toutes ces prestations doivent être libellées en euros ou en dollars et en plus, le salaire, les indemnités et les primes sont indexés sur le coût de la vie local, surtout dans des métropoles chères comme Londres ou New York.
Bref, le régime veut bien nommer des ambassadeurs, mais il ne peut le faire car au plan des résultats économiques, il n’a pas obtenu le prix… d’excellence.

 

Adelson RAZAFY

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