La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY du 30/10/2017

Publié le 30 octobre 2017

Le chaos institutionnelle et la gouvernance

Madagascar vit encore et toujours sous les effets nocifs d’une situation économique très marquée par les convulsions institutionnelles périodiques et une mauvaise gouvernance visiblement très affairiste dominée par ce que les experts définissent derrière l’euphémisme indulgent de « partage inégal des richesse ». Les nouvelles de dernière nous apprennent la partie immergée de l’iceberg sur la vente de la Villa Elisabeth, un terrain faisant partie du patrimoine de l’Etat géré par le ministère des Finances et affecté officiellement à la jouissance de droit de l’ancien président de la République Albert Zafy. Les cachoteries administratives et cette manie de toujours vouloir tout dissimuler aux contribuables étant ce qu’elles sont dans les coulisses des dirigeants en place, c’est finalement la famille de l’honorable disparu sûrement qui ne manquera pas de faire la lumière sur cette transaction qui pue la combine à plein nez. Celle-ci se réverse le droit de dire la vérité pour éviter que le nom de ce prestigieux ennemi de la roublardise étatique ne soit éclaboussé par ce énième scandale commis par des magouilleurs institutionnelles avides et d’une cupidité ancestrale reconnue.

 

Il n’y a pas longtemps encore, les médias n’arrêtaient de dénoncer ces périmètres dans la capitale et en province cédés à des investisseurs étrangers dans des conditions qui frisent l’illégalité. On raconte même que du côté Laniera, un très fortuné acquéreur de presque 1.000 Ha se préparerait à occuper cette immense superficie. Pendant tout ce temps, le public comme des nigauds sont bernés par le mauvais feuilleton d’une destitution programmée d’un Honoré Rakotomanana le président du Sénat (tout d’un coup et brusquement) jugé trop vieux pour occupé le poste. Après avoir sauvé la mise au système (en toute discrétion et avec finesse) lors des convulsions parlementaires du bannissement du Bureau Permanent à majorité Mapar et la tentative de mise à l’écart du président Hery Rajaonarimampianina. Exemple typique et annonciateurs de ces crises cycliques qui jusqu’ici n’on jamais permis « ni d’inverser la dégradation du niveau de vie de la population, ni de stabiliser la vie politique» ce remous dans la chambre basse, une tempête dans un verre d’eau, ne manquera pas donner des idées aux députés de Tsimbazaza qui n’attendent que l’occasion pour mettre leurs grains de sel dans le mécanisme de la boîte de vitesse privé de marche arrière d’un régime en détresse. Rudolf Elmer ce cadre supérieur à la filiale de la Banque Julius Baer dans les îles Cayman a transmis des informations confidentielles secrètes au site Wikileaks montrant que son employeur «avait mis sur pied des structures bancaires destinés à aider ses clients à échapper au fisc via des comptes offshore.» Arrêté et condamné par un tribunal pour violation de la loi suisse sur le secret bancaire, pour justifier son acte courageux, il avait clamé haut et fort « A un certain point, vous avez une responsabilité sociale. En tant qu’homme, vous devez prendre position et dire : ce n’est pas bien et le public doit savoir. A un stade, l’intérêt du public surpasse les intérêts de l’entreprise. » « La corruption est partout, affirme Rudolf Elmer. « Vous trouverez des gens corrompus en Allemagne et aussi en Suisse, » a-t-il ajouté. Et bien entendu dans notre pays où les services de contrôle et de répression, sous pression et coincés par l’instrumentalisation des juridictions des tribunaux fonctionnent très mal.

 

Les experts et analystes au cours d’une conférence-débat à l’Auditorium Nelson Mandela le 25 mars 2015 n’hésitaient pas à confirmer qu’un « fossé permanent subsiste entre la population et une oligarchie dirigeante armée d’un pouvoir autoritaire régulièrement à bout de souffle. Le pays, malgré le processus électoral, est aujourd’hui toujours dans l’impasse. » A quelques mois de la fin du quinquennat de ce premier président de la 4ème République, cette réalité déplorable n’a pas beaucoup changé pour permettre à qui que ce soit de crier sur tous les toits que tout va bien dans le pays. Les scandales financiers et fonciers se suivent à un rythme exaspérant. Et que de telles pratiques ne datent pas seulement d’aujourd’hui. La population n’arrête pas de s’appauvrir depuis que Marc Ravalomanana s’est mis en tête de confondre les intérêts publics avec la prospérité de son empire industriel à partir 2002. Il a livré aux firmes multinationales des riches périmètres miniers sans que l’économie, la population malgache en tirent réellement profit des ressources nationales. Pire, dans les zones exploitées par les grandes compagnies telles que QMM et Sherrit International et Dynatec les familles indigènes ont été délogés manu militari avec des compensations symboliques. Alors que les rizières, les surfaces cultivées et les tombes ancestrales furent détruites. Les exportations des produits (cobalts, nickels et ilménites) quittent le territoire national et les exploitations se passent dans l’opacité la plus totale sans que les responsables puissent assurer des contrôles efficaces et profitables pour le pays. En 2008, avant que Marc le président magouilleur quitte pouvoir le niveau de la dette par habitant sera de 95 dollars pour culminer à 140dollars. Si l’on croit les constats de l’historien Jean Fremigacci à propos de la crise de 2009 c’étaient les « maîtres traditionnels du pays depuis l’oligarchie du XIXème siècle jusqu’à l’oligarchie coloniale et à celle des Républiques qui ont suivi, qui se sont régulièrement taillées des rentes de monopole en profitant du pouvoir pour s’emparer des meilleures affaires. Si au lieu de verrouiller, Marc Ravalomanana avait libéré l’esprit d’entreprise comme il avait promis, Andry Rajoelina n’aurait peut-être jamais fait de politique… » Et on n’aurait pas eu droit à cette Transition de tous les trafics et toute cette ribambelle d’abus et d’utilisations abusives des prérogatives étatiques concernant les octrois de marchés publics, les détournements de deniers publics, les combines financières qui, même en 2014 et jusqu’à nos jours, à cause de ce fléau de la mauvaise gouvernance ronge les potentiels économiques de Madagascar. Le comble a été atteint lorsque dans la parution de Jeune Afrique du 18 juillet 2017 sous le titre « l’incorruptible ministre des Finances jette l’éponge (…) La différence de vision et de manière de travailler avec l’exécutif » était dénoncée pour expliquer son départ du gouvernement. Selon la même source, Gervais Rakotoarimana, le ministre en question avait « le sens de l’orthodoxie budgétaire, alors que le reste des membres du gouvernement ont une gestion approximative des finances publiques. » Son intransigeance et puis aussi selon un article de Le Monde « Les circonstances dans lesquelles intervient sa démission s’inscrivent dans un contexte marqué par de nouveaux scandales de corruption impliquant des proches du chef de l’Etat. (…)

 

Il avait publiquement dénoncé la gestion de deux entreprises publiques, la Jirama, société de production d’eau et d’électricité et la compagnie aérienne Air Madagascar. Mais ce sont les contrats signés avec la Chine lors d’un voyage présidentiel en mars, puis un accord financier conclu avec Pékin à son insu, il y a quelques jours, qui auraient scellé sa décision.» Hélas ! Mille fois hélas, « l’approche marquée par la prévarication et l’accaparement » fustigée par un diplomate nommé François Goldblatt est toujours en bonne place dans cercle fermé de ceux qui croient diriger et servir cette île. Dommage !

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