La Gazette de la grande ile

Villa Elisabeth

Publié le 30 octobre 2017

Ministres actuels à interroger

On en sait un peu plus maintenant sur les transactions suspectes qui ont abouti à la cession de la Villa Elisabeth, sise à Ivandry, à une société privée. Le 24 janvier 2014, soit la veille de la prise de fonction du chef d’Etat Hery Rajaonarimampianina, le domaine a été vendu par la vice-Primature chargée du Développement et de l’Aménagement du Territoire (de Julien Reboza) à une société dénommée Madater-
rain. L’affaire émeut le grand public, d’abord car elle a étalé au grand jour certaines combines destinées à s’approprier indûment un bien de l’Etat, confirmant les fortes rumeurs de pillage du patrimoine public. Ensuite car elle aurait pu, chuchote-t-on sans preuve avérée, être directement à l’origine du malaise puis du décès du Pr Zafy Albert, ex-chef d’Etat réputé pour sa droiture. La grande question est de savoir si la Justice, par le biais du Bianco ou des tribunaux d’instance, va s’emparer de l’affaire. Car ces micmacs qui ont dépouillé l’Etat d’un domaine de prix devraient faire l’objet d’une enquête approfondie, les auteurs de « l’escroquerie » devant subir les rigueurs de la loi. Le cas de Claudine Razaimamonjy et celui de la Villa Elisabeth devraient être érigées en exemple afin de mettre un coup d’arrêt à la mise à sac des biens de l’Etat et des caisses publiques.

 

En tout cas, si les instances de la justice engagent des investigations sur l’affaire Villa Elisabeth, on connaît les personnages dont l’audition s’impose. La plupart siègent dans les hautes sphères actuellement et on peut même citer leurs noms. En premier lieu, Lantoniaina Rasoloelison, actuel ministre de l’Energie qui fut au moment de la transaction ministre des Finances et du Budget. En effet, les logements administratifs (comme la Villa Elisabeth) relèvent du service de la Logistique et des Bâtiments civils qui est sous la tutelle du ministère des Finances et du Budget. L’homme aurait normalement dû donner son aval pour la vente d’un bien de l’Etat du calibre de la Villa Elisabeth, et une cession de cette taille n’aurait pas dû échapper à sa vigilance. En second lieu Rivo Rakotovao, nommé récemment sénateur, mais ministre d’Etat chargé de l’Aménagement du Territoire, des Infrastructures et de l’Equipement au début de 2014. Avant d’entrer dans ces fonctions, il a réalisé le 22 avril 2014 une passation de service avec Julien Reboza, le vice-Premier ministre qui a signé l’acte de vente. Ce dernier lui a remis publiquement tous les dossiers traités par le ministère. Rivo Rakotovao aurait donc du avoir connaissance de la vente de la Villa Elisabeth, et une transaction d’ampleur opérée la veille de la prestation de serment de Hery Rajaonarimampianina aurait dû éveiller ses soupçons. Au moins il aurait dû s’enquérir de la destination de la somme, si elle avait été effectivement virée dans les caisses de l’Etat ou a été empochée par le « vendeur ». Si Lantoniaina Rasoloelison et Rivo Rakotovao affirment qu’à l’époque, ils ignoraient tout de la transaction, cela veut dire que dans l’exercice de leurs fonctions, ils font montre d’une négligence coupable et ne méritent pas leurs postes actuels. Notons que les deux compères sont des proches de Hery Rajaonarimampianina, tous les trois s’étant connus sur les bancs de la Faculté d’Economie d’Ankatso. Avant d’embrasser une carrière ministérielle d’ailleurs, les deux camarades ont siégé dans le ministère des Finances de Hery Rajaonarimampianina, le premier comme directeur de la Programmation, le second comme conseiller technique. Voilà qui met la puce à l’oreille… On peut aussi entendre comme témoin le chef de l’Etat qui est le conservateur suprême des biens de l’Etat, et qui aurait donc dû faire montre de vigilance à l’endroit des transactions visant à les liquider.

 

Bref, un ancien ministre des Finances, un ancien directeur de la Programmation au ministère des Finances et un ex-conseiller technique du ministre des Finances, cela peut aussi être une piste qui s’ouvre aux enquêteurs. Car en matière de gros sous et de finances, le trio connaît la musique…

 

Adelson RAZAFY

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