La Gazette de la grande ile

Chronique de N Razafilahy du 02/11/2017

Publié le 02 novembre 2017

Sénat : Honoré Rakotomanana s’en va honoré, détrôné …

 

Est-ce la fin de ce mauvais feuilleton institutionnel politico-financier ? Sûrement pas, si l’on en juge par les réactions recueillies sur place et parues sur les réseaux sociaux. Même si aux yeux des grosses légumes du parti présidentiel HVM, l’incident est clos, la série n’est pas encore à la fin du bras de fer entre le magistrat en poste comme président du Sénat Honoré Rakotomanana et le parti majoritaire à la chambre haute. Il a été sérieusement malmené en coulisse avant d’être largué comme un malpropre. On avait insisté jusqu’à exiger pour qu’il démissionne. Rien à faire. Droit dans ses bottes, l’ancien juge du Tribunal Pénal International pour le Rwanda finalement plie mais ne rompt pas. Il se contente de passer la main avec finesse et élégance sans pourtant considérer son renoncement volontaire comme une « démission » qui, de son propre aveu, est une porte de sortie qui n’est prévue ni dans la loi organique, ni dans le règlement intérieur sur le fonctionnement du Sénat. Il a pris la décision de se retirer de la présidence du Sénat, ce mardi 31 octobre 2017 en fin de matinée. Pour comprendre ce qui s’est passé au cours de cette séance plénière que les annales retiendront sûrement, il ne faut pas se baser sur ce que Honoré Rakotomanana et Rivo Rakotovao avaient chacun dit dans leurs discours respectifs. La vérité n’était pas dans ce que l’assistance avait entendu…

 

Personne n’est dupe. Même les organes de presse internationaux comme RFI avaient déjà deviné ce qui allait se passer en affirmant dans une dépêche du 31 octobre 2017 que «la démission d’Honoré Rakotomanana était pressentie par de nombreux observateurs depuis la nomination au poste de sénateur de l’ancien ministre de l’Agriculture par le président de la République. Un pressentiment confirmé aujourd’hui. » Pour Honoré Rakotomanana selon la même source « sa décision avait été prise après mûre réflexion et pour préserver la solidarité et l’intérêt supérieur de la nation ». Il s’agit là d’un aveu qui cache mal les allusions bibliques si chères à cette personnalité qui justement faisait référence ce jour-là aux passages des Psaumes sur «l’homme qui craint Yahvé, qui met toute sa joie à observer ses préceptes!(…) ne craint pas les funestes nouvelles, son cœur est ferme, confiant (…)» De telles citations étaient de circonstance surtout que les intentions initiales du parti présidentiel étaient perceptibles bien avant que cette nomination programmée n’ait été balancée de but en blanc alors que Rivo Rakotovao se trouvait encore hors de nos frontières. Pour certains observateurs il «aurait été poussé vers la sortie par les sénateurs HVM. » Quoi qu’il dise dans la version et quel que soit le credo livré à la presse après cette élection déjà controversée tout de suite après, il faut le reconnaître par le sénateur Velontsara Paul Bert, ce membre du sénat élu sous la liste Mapar d’Andry Rajoelina a ouvert la boîte de Pandore. Manifestée en solo avant et après les votes, cette remise en cause des circonstances de l’élection ne manquera pas de créer des remous dans l’exercice futur du mandat de ce nouveau président du Sénat. Ce qui se trame du côté des locataires de Tsimbazaza chez les voisins des Babakoto n’a rien de rassurant. Même si les motifs des intentions restent encore inavoués, il faut reconnaître que le ver est dans le fruit. A qui profitera le crime, si crime de lèse-majesté envers l’exécutif il y aura de la part de quelques députés agris et réellement dépités ?

 

Avec cette série d’effervescences qui secouent depuis quelque temps l’opinion déjà suffisamment irritée et indignée par les agissements condamnables de personnalités hauts placées au sein du pouvoir, les prochains jours promettent des moments agités. Une telle dégradation du climat politique est à la mesure de l’indifférence accordée par nos responsables aux préoccupations des administrés. Les doléances des communautés sur cette insécurité généralisée que le pouvoir n’arrive pas à maîtriser restent et demeures déçues par les carences des autorités administratives locales soumises au pouvoir de l’argent des corrupteurs. Ajoutées à cela les erreurs stratégiques d’un Exécutif qui ne bouge que pour se faire bien voir par les partenaires étrangers en oubliant les incontournables « aspirations populaires » si chères à feu le président Albert Zafy. Il est indéniable que pour justifier la pérennité injuste de son règne, le système HVM n’hésite pas à faire feu de tout bois en mettent en avant et exergue l’ampleur des réalisations ponctuelles pas du tout convaincantes. Il n’y a que les bailleurs de fonds et les partenaires institutionnelles qui se fient aux statistiques officielles. Le petit peuple ne voit que les problèmes liés au panier de la ménagère. Au fait, le tollé provoqué par cette vente de la propriété dite Villa Elisabeth n’est pas près de s’apaiser. Les mesures officiellement prises sur cette affaire ne font que confirmer que les éléments constitutifs d’un délit existent bel et bien et qu’il ne reste plus aux juges qu’à prendre l’affaire en main. L’assurance et l’autosatisfaction affichée avec fierté par le président Hery Rajaonarimampianina ne permettent et n’incitent pas les habitants à oublier les injustices, les fréquentes violations des lois délibérément commises par des courtisans sous protection d’une impunité de fait. Résignée la population voit mal l’avenir s’améliorer dans le cadre d’une dictature qui montre d’année en année son vrai visage dans les actes et agissements étatiques contraires à l’actuelle loi fondamentale. Les préoccupations légitimes de tous les administrés tournent toujours autour de cette politique de développement axée visiblement et à tort sur les appuis dévastateurs et préjudiciables des grandes compagnies minières internationales. Au détriment des intérêts supérieurs de la nation ces investisseurs qui se comportent en pays conquis exploitent et agrandissent leurs extensions sans aucun respect des réalités écologiques, sociales et économiques locales des indigènes. Aggravé par la pratique non officielle des avantages en nature, autres privilèges, dons et les véritables formes de corruption, le côté obscur des implications des décideurs centraux n’arrangent guère les conflits non résolus entre les dirigeants et les habitants. Condamnés à toujours subir pour une existence de survie ils s’impatientent à force de se soumettre au diktat des nouveaux riches alliés et soutiens d’un système qui vend et brade sans vergogne, sans crainte d’être inquiété les biens publics, le patrimoine et les ressources nationales. Et pour avoir bonne conscience, ces parvenus de l’enrichissement illicite ne craignent pas de traiter ceux qui les critiquent d’envieux et de faire preuve de populisme primaire.

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