La Gazette de la grande ile

En vue de 2018

Publié le 02 novembre 2017

Les combines ont commencé !

 

Les tripotages destinés à s’adjuger la victoire en 2018 ont commencé. Du moins du côté du régime qui veut un second mandat à tout prix, même si le premier a toutes les allures d’un fiasco. Le premier pas dans le verrouillage du scrutin de 2018 fut réalisé mardi à Anosikely, avec la mise à l’écart du président du Sénat Honoré Rakotomanana et l’intronisation à la sauvette de son remplaçant, Rivo Rakotovao, par ailleurs président du parti gouvernemental Hvm. C’est donc ce dernier qui sera en 2018 le chef d’Etat par intérim quand Hery Rajaonarimampianina, candidat, aura démissionné (deux mois avant le scrutin selon la Constitution). Le régime a l’intention d’user de la puissance de l’Etat pour faire triompher le président sortant, et Rivo Rakotovao aura donc pour tâche d’orienter l’Armée et l’administration dans un sens favorable à la réélection. Juriste de talent qui a l’estime de l’actuel chef d’Etat, Honoré Rakotomanana eut le tort d’avouer son attachement au parti Arema, le jour de son installation au perchoir en 2016. Ce qui a suscité de vives suspicions du côté du Hvm. Car si l’amiral, chef et fondateur de l’Arema, se présentait en 2018, Honoré Rakotomanana, président de la République par intérim, pourrait travailler à son élection. Le sort du juriste était donc scellé, et les péripéties de mardi n’étaient plus qu’une formalité. Résultat du vote des sénateurs alors que Rivo Rakotovao était le seul et unique candidat au perchoir : oui : 52 voix, blancs et nuls : 3, absents : 7.

On notera un fait : poussé par Hery Rajaonarimampianina et les sénateurs Hvm à motiver son départ du perchoir, Honoré Rakotomanana a jeté son choix sur l’expression « cessation de l’exercice des fonctions de président du Sénat ». L’homme refuse avec véhémence le terme « démission » qui, selon lui, ne correspond pas aux contraintes qui l’ont poussé vers la sortie. La grande question est de savoir si la Haute Cour Constitutionnelle (Hcc) se contentera de cette formulation, alors que selon la Constitution, le président du Sénat « peut être démis pour faute grave ». On pourrait penser que la Hcc va encore une fois avaliser le vote, en vertu de son penchant de toujours qui est de favoriser le régime. Mais cela n’est pas sûr car pour une fois, l’institution d’Ambohidahy pourrait rappeler à l’ordre les sénateurs et les obliger à se conformer aux termes de la Constitution. Car pour se dépouiller de sa réputation de servilité, elle pourrait faire une concession sur ce détail sans portée sur la survie du régime. Quitte à se rattraper plus tard sur l’essentiel, c’est-à-dire en faisant basculer les résultats en faveur du candidat d’Etat en 2018. Obligé d’obtempérer, Honoré Rakotomanana pourrait s’inventer un délit typiquement Hvm, par exemple « avoir pioché dans les caisses du Sénat »…

 

En tout cas, le régime est déjà bien parti dans sa quête effrenée d’un second mandat. La première machination fut le mois dernier la fermeture de l’usine de produits laitiers d’Andranomanelatra, appartenant à l’ex-chef d’Etat Marc Ravalomanana. Il convenait de supprimer ainsi les ressources financières de ce concurrent coriace en 2018. Déjà pour le priver de tout avantage, ses demandes réitérées de rouvrir les chaînes de radio et de télé Mbs furent refusées par le régime. La deuxième manœuvre fut l’éviction de Honoré Rakotomanana du perchoir du Sénat. La troisième astuce, en cours actuellement, est de couler les desideratas de l’opposition et de la société civile sur l’organisation du scrutin de 2018. Pour cela, il suffit au régime de privilégier les résolutions du comité interministériel au détriment de celles du Ceni, ce dernier avait pourtant collecté tous les avis pour étoffer le futur code électoral.

 

On observera avec intérêt l’appétit de pouvoir de ce régime, car dès le hors d’œuvre, il engloutit du …yaourt.

 

Adelson RAZAFY

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