La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE: La démocratie confisquée: Ce n’est pas bon signe !

Publié le 04 novembre 2017

Le sentiment  inspiré par l’esprit même de la Constitution quant à la souveraineté du le Peuple  est partagé par tous.  En  réalité dans le cadre du partage des richesses, il n’a droit qu’à des miettes ou rien du tout pour  certains citoyens des  taudis et des  régions lointaines enclavées. Tout le monde est maintenant conscient que la population doit  se résigner à vivre sous la coupe d’une minorité dominante composée par des décideurs  étatiques, une bourgeoise affairiste d’une cupidité rapace ancestrale à la solde de fortunés étrangers locaux et des  envahisseurs retranchés dans leur  statut d’investisseurs incontestables. Les habitants sont  seulement  divisés sur la question de la soumission politicienne à l’endroit d’un régime de verrouiller les libertés et les fonctionnements des institutions de la République. Au milieu des agitations tumultueuses de la politique politicienne du moment, le silence de Madame Albert Zafy cette veuve respectable face aux tapages vindicatifs de quelques groupuscules nous donne une image en grandeur nature des réalités d’un pays sous le joug de la récupération politique. Le sort juridique de la Villa Elizabeth c’est son affaire désormais. Comme  dans  cette phrase bien connue des mateurs de  films  anglo-saxons, « si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à  elle, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais » ! Avis à tous ces prétentieux héritiers …

Dans « le souci du  bien commun », les évêques catholiques n’ont pas peur d’exhorter le pouvoir temporel en disant ceci : «N’utilisez pas le peuple comme de simples moyens pour accéder à des postes. Parvenus à vos aspirations, le peuple devient le dernier de vos soucis. Souvent oubliant les différentes promesses, vous ne pensez qu’à vos proches, aux membres de votre parti ou de leur famille ou de votre région. Ce sont ces derniers qui tirent tous les profits.» Vous voyez tous qu’actuellement, le système  en place conformément à cette vérité lapidaire propre à une équipe sportive dirige Madagascar selon la formule : on ne change pas une  équipe qui gagne. La seule et  navrante nouveauté est qu’on ne  change qu’un seul élément, celui qui mène le jeu politique : le président de la République. On change aussi de Premier ministre selon l’humeur du  Chef de l’Etat. On en a déjà usé  deux depuis l’an 2014. Le troisième vit ses  derniers mois de  séjour au Palais de Mahazoarivo s’il n’en  tenait qu’aux député Nicolas Randrianasolo et compagnie. Pour occuper les leviers des décisions dans les institutions, les coulisses de l’Etat, il y a les  quarante voleurs et les zélés courtisans dans tous les  départements ministériels toujours là,  fidèles  aux postes, inamovibles mais interchangeables. Au grand  désespoir de  tout le pays qu’ils maintiennent en coupes réglées. Au nom des intérêts supérieurs du parti HVM et du président fondateur, l’Assemblée Nationale et  le Sénat obéissent au doigt et à l’œil aux bons plaisirs de l’Exécutif. La dernière manifestation en date de  ce forme despotique de l’usage des pratiques démocratiques dans la conduite des  affaires publiques est ce limogeage programmé d’un président du  Sénat qu’on avait poussé vers la sortie pour mettre à sa place, dans des  conditions pas très à la Constitution et  aux  règlements intérieurs  de la Chambre Haute. L’opinion a beau se  rebiffer à la suite de l’objection pertinente d’un sénateur. Comme si de rien n’était, le nouveau titulaire  du perchoir ne  s’en soucie guère. A l’heure  qu’il est le président de parti se  croyant investi des pouvoirs parlementaires, est  en train  de  festoyer sous le chaud soleil de Mahajanga. Appelé à assurer l’intérim de la Présidence  de la République en prévision de la prochaine  échéance électorale ou dans le pire  des  cas en cas  de malheur, il inaugure aujourd’hui les fastes et les honneurs rêvés par tous les  arrivistes du monde de la politique. Lorsqu’un hebdomadaire de la place hier avait insinué à propos  de Rivo  Rakotovao dans l’allusion ironique d’un  calembour  que l’ «L’apathie vient en mangeant » bêtement on a froid dans le dos. Savez-vous pourquoi ? En ce qui concerne Rivo  Rakotovao l’emprisonnement vécu par deux journalistes du quotidien Madagascar-Matin reste et  demeure toujours une référence malheureuse dans la manière de  réagir d’une personnalité politique occupant un poste c de très haut niveau.

S’est assagi par la suite ? Difficile de le dire si l’on en juge par les options tactiques et hautement stratégiques  du parti dont il est le chef de file. Au fond  d’eux-mêmes les  acteurs politiques  et  ceux qui auraient la prétention de se présenter contre le  candidat pressenti par le parti HVM, Hery Rajaonarimampianina  ne  sont  guère rassurés surtout que le Sénat représente une institution-verrou au cas où quelque part on aurait l’intention de  faire preuve d’une assez large vision démocratique dans la mise en chantier des  refontes  du Code électoral. Selon les partis politiques et la société civile exprimée sous la plume d’Eric Ranjalahy, une certaine forme de  fanatisme est toujours  à craindre dans l’élaboration « des règles  du jeu restrictives et  contraignantes vis-à-vis  des dogmes  de la démocratie et de la liberté d’expression ou d’opinion. » Mais il n’y a pas  que cela. A l’allure que prennent les  évènements en gestation (vraie ou fausse tentative de mettre à exécution une motion de censure au niveau  de Tsimbazaza, risque de contestation institutionnelle de  l’élection de Rivo Rakotovao à la tête des  sénateurs et les effets pervers qui découleraient de l’issue d’une  pareille intention, les contestations  diverses qui semblent  prendre corps dans  certains  secteurs de la  vie nationale, le sort qui sera  réservé au président de la République au cas où ces  quiproquos juridiques sur ses  derniers jours au pouvoir vire  se compliquent),  qui nous dit que Rivo  Rakotovao qui  a toujours  été l’éternel  second, l’exécutant obéissant et soumis ne profiterait pas des circonstances pour vouloir devenir Calife à la place  du  Calife. On dit souvent que c’est l’occasion qui fait le  larron. Entre Andry  Rajoelina et Marc  Ravalomanana  qui se prennent  déjà pour les favoris des prochains  votes,  il n’est pas à écarter qu’avec les pouvoirs qu’il  détient, celui qu’on a promené  d’un  département ministériel à l’autre rien que par frustration n’aurait pas envie de s’imposer en  troisième larron de facto pour être réellement l’homme fort du pays. Dans des  conjonctures  aussi vicieuses que celles  qui prévalent sur tout le  territoire de Madagascar, avec les  alliances, les  soutiens  financiers  qu’il faut,  rien ne peut  empêcher un président du  Sénat d’occuper un palais présidentiel. Norbert Ratsirahonana  a déjà réussi un exploit  de  ce  genre rien qu’en étant que Premier ministre. Il ne s’agit ici  que d’élucubration parce qu’à propos des contours probables  des prochaines élections  sous le titre  « Le président, seul (ou presque) dans  sa tour d’ivoire »  La Lettre de l’Océan Indien du 20 octobre  dernier  affirme : « Alors que le scrutin présidentiel doit normalement se tenir l’an prochain, bien qu’aucune date n’ait encore été déterminée, le pouvoir

du président Hery Rajaonarimampianina est gagné par une fébrilité tous azimuts. » Comment se fait-il que la  rédaction  d’une lettre  confidentielle publiée à  Paris puisse  faire  état de la solitude de notre président et faire  semblant d’en douter, alors que nous autres  sur place, nous trouvons  qu’il a même autour  de lui une  foule de  loups affamés, de voleurs notoires entrés par effraction dans la bergerie de la République ?

« Misitery izany ry zanako », aurait dit un curé à cours  d’argument pour répondre à une colle posée par un catéchumène…

ça manque d’élégance!

On l’a vu gros comme un nez au milieu de la figure, la nomination de Rivo Rakotovao au Sénat avait comme seul objectif de le mettre à la tête de la chambre haute. Sauf qu’à la tête de la Chambre Haute, il y avait une personne qui y siégeait, qui a priori a servi le régime correctement et qui était censé être là encore pour un moment ; une personne compétente et loyale mis à part qu’elle ne portait pas de cravate bleue 7 jours sur 7  ; une personne déjà d’un certain âge certes mais qui peu importe l’âge peut être victime comme beaucoup d’autres d’hypoglycémie.

Sans crier gare, une fois que ce régime et plus précisément le président n’a plus besoin de la personne ou plutôt une fois que le président s’est rendu compte que 2018 est demain et qu’il faut coûte que coûte pouvoir rester à la tête du pays malgré des résultats catastrophiques, ni une ni deux il pousse Honoré Rakotomanana à la démission et cela manque cruellement d’élégance!

En même temps, le président n’en est pas à son premier acte d’inélégance. Ce fut le cas du premier ministre Ravelonarivo poussé à la sortie dès lors qu’il a osé convoquer l’intouchable Claudine Razafimamonjy.

D’autres personnes qui pour l’heure sont tranquilles ne devraient pas dormir sur leurs lauriers. On sait désormais que comme d’autres, celui qui est à la tête de l’Etat aujourd’hui fera le tout pour le tout pour pouvoir  rester à la tête de l’Etat, alors si pour ce faire il lui faut pousser à la sortie des personnes serviles aujourd’hui, cela n’étonnera personne loin de là! Une fois de plus ça manquera d’élégance.

Claude Rakelé

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