La Gazette de la grande ile

Remis à Hery Rajaonarimampianina: Un honoris causa… bidon !

Publié le 06 novembre 2017

Lors de son récent séjour à Rome (Italie), le président Hery Rajaonarimampianina s’est vu décerner le titre de « docteur honoris causa » par l’Université Populaire de Milan. C’était le 17 octobre dernier dans les locaux de l’ambassade malgache à Rome. Les organes de propagande du régime ont fait grand cas de cette distinction « prestigieuse » et ont célébré les mérites du récipiendaire. Pour notre part, nous avions mis en doute la valeur et l’authenticité de ce diplôme, notamment car il a été remis selon un protocole qui n’était pas conforme aux normes. Suite à cet article empreint de scepticisme, nous avions reçu des témoignages et des documents, ainsi que des références sur internet, qui contestent la validité de ce doctorat honoris causa.

Ces écrits indiquent notamment que l’établissement donateur est « tristement célèbre » et est même traité de « canular universitaire ». L’Université Populaire de Milan n’est pas reconnue par le ministère italien de l’Education Nationale et est présentée dans ces documents comme « une des plus grandes escroqueries de l’histoire de l’éducation italienne ». Il semble que cet établissement indélicat ait surtout voulu jouer avec la vague similitude de dénomination avec la vraie Université de Milan, fondée en 1901. L’Université Populaire de Milan, indique-t-on, a été sanctionnée pour publicité mensongère par l’Agcom (Autorité pour les garanties des communications et informations) et a été contrainte d’effacer les diplômes imaginaires qui figurent sur ses dépliants, comme la maîtrise ou le doctorat de recherche. Cet établissement a été baptisé « fake news University » en raison de ses activités de tromperie et celles relatives à la vente de faux diplômes.

Voilà qui confirme nos alarmes d’octobre dernier. Nous avions en effet trouvé curieux que Hery Rajaonarimampianina n’ait pas été reçu dans l’enceinte de l’établissement donateur, comme cela est d’usage, mais que le recteur italien ait fait le voyage de Rome et ait donné le diplôme dans les locaux d’une ambassade. D’ordinaire, lors de la cérémonie solennelle de remise, tous les enseignants de l’Université sont en toge, de même que le récipiendaire, et des discours sont prononcés pour mettre en relief la qualité des travaux universitaires du récipiendaire. Rien de tel à Rome où la donation a été faite à la sauvette entre gens vêtus de complet-veston. Bref, de toute évidence, le diplôme remis à Hery Rajaonarimampianina était du toc et n’avait aucune valeur. Reste à savoir si le titre a été obtenu contre espèces sonnantes et trébuchantes. Ou si le chef d’Etat malgache a été surpris dans sa bonne foi et a été berné par un établissement fictif qui avait intérêt à bien disposer les autorités malgaches. Signalons simplement que beaucoup de ces « awards » qui couronnent des unités industrielles ou commerciales sont attribués contre de fortes sommes d’argent. Pour donner du crédit à la cérémonie de remise, les acteurs sont en redingote et nœud papillon, et les flashes des photographes crépitent beaucoup en direction du récipiendaire…

En tout cas, la mésaventure de Rome conforte l’impression d’un Hery Rajaonarimampianina naïf et facile à duper. Notons que lors de sa prestation de serment en janvier 2014, ses collaborateurs lui ont remis un discours qui ne fut qu’une copie d’une précédente allocution du chef d’Etat français Sarkozy. Le plagiat a secoué la toile et a provoqué le rire même à l’étranger. Citons également l’épisode du « trésor du capitaine Kidd », pirate anglais du XVIIème siècle. Des archéologues et cinéastes américains ont déclaré avoir découvert ce trésor au large de l’île Sainte-Marie, et Hery Rajaonarimampianina y a accouru afin de faire rejaillir la trouvaille sur sa personne. Les archéologues lui ont alors remis solennellement une pièce du trésor, un « lingot d’argent pur » de 50 kilos. Mais suite à une analyse réalisée par les services de l’Unesco, le bloc précieux s’est avéré être à 95% du… plomb.

Face à ce chef d’Etat, qui se fait berner un peu trop souvent, au pays comme à l’étranger, il y a de quoi… péter les plombs.

Adelson RAZAFY

 

 

 

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