La Gazette de la grande ile

Hery Rajaonarimampianina: L’angoisse des 60 jours

Publié le 08 novembre 2017

L’article 46 alinéa 2 de la Constitution dispose que « Le Président de la République en exercice qui se porte candidat aux élections Présidentielles démissionne de son poste soixante jours avant la date du scrutin Présidentiel. Dans ce cas, le Président du Sénat exerce les attributions Présidentielles courantes jusqu’à l’investiture du nouveau Président. » Pour éviter que l’exercice du pouvoir échappe au régime actuel durant cette période de flottement de 60 jours, Hery Rajaonarimampianina s’est empressé d’entamer un débat sur cet article de la Loi Fondamentale, qui devait précéder un référendum constitutionnel qu’il comptait imposer. On comprend les motivations du Chef de l’Etat qui prévoit toutes les éventualités pour ne pas perdre la main. Cependant, son approche a été maladroite. En effet, pendant des années, il a commis des violations graves et répétées de la Constitution. De plus, il n’a pas mis en place la Haute Cour de Justice (HCJ). Tout d’un coup, parce qu’il se sent menacé, Hery Rajaonarimampianina voudrait que ses concitoyens apaisent son angoisse et abondent dans son sens, en modifiant l’article 46 alinéa 2 de la Constitution. Cependant, quand on a insulté ses compatriotes pendant des années, on ne leur demande pas un service. La pilule a dû mal à passer, surtout en cette période où les priorités des priorités devraient être l’éradication de la peste, la lutte contre l’insécurité et la stabilisation du prix du riz. Face à la levée de bouclier suscitée par une réforme constitutionnelle illégitime et incongrue, Hery Rajaonarimampianina a changé son fusil d’épaule. Il a mis en œuvre son plan B consistant à remplacer un Honoré Rakotomanana vieillissant par un Rivo Rakotovao conquérant, en tant que Président du Sénat. Il a privilégié cette voie à ses risques et périls. A supposer que Hery Rajaonarimampianina remporte l’élection présidentielle, il ne pourra s’en prendre qu’à lui-même si, au terme des 60 jours, il est trahi par Rivo Rakotovao. 60 jours, ça paraît court mais c’est suffisant pour que Rivo Rakotovao prenne goût au pouvoir et veuille prolonger l’intérim. En tant que comptable, Hery Rajaonarimampianina est conscient que 60 jours d’interruption du pouvoir ne sont pas grand-chose, par rapport à plus de 1.700 jours pleins et entiers d’exercice du pouvoir. Pourtant, pour lui, ce seront sans doute les 60 jours les plus longs de sa vie, 60 nuits sans sommeil ou 60 nuits de cauchemar. En effet, qui peut garantir que Rivo Rakotovao restituera le pouvoir à Hery Rajaonarimampianina si ce dernier est réélu ? On sait bien que la politique est le monde des amitiés éphémères et des grandes trahisons.

Ranary

 

 

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