La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY: Un budget pour revenir au pouvoir

Publié le 17 novembre 2017

Si l’on en juge par la hâte avec  laquelle les  députés cette  fois-ci ont manifesté pour adopter la Loi  de Finances 2018, on peut être certain qu’ils  étaient plus  que bien motivés pour  agir de la sorte. Côté Tsimbazaza, il ne fallait pas  beaucoup de motivations pressantes pour se débarrasser au plus  vite de cette  patate chaude de l’Exécutif qui n’attendait qu’une  telle réaction de la part des parlementaires suffisamment coincés le calendrier électoral pour traîner les pieds. Avant même que les  volumineux dossiers budgétaires n’atterrissaient à l’Assemblée Nationale, dans les  travées on ne rêvait que  des véhicules payés avec les deniers de l’Etat, quelque  sera l’astuce financière avancée pour  berner  l’opinion. La majorité de ceux qui sont  venus voter ce budget qui sent le souffre des  combines en vue de l’utilisation des lignes de dépenses  CLD, avant même de voir ne serait-ce que la première ligne de l’exposé de  motif de cette  loi de  Finances avait  déjà pratiquement conclu des  accords  sournois en vue des octrois des marchés. Moyennant des  dessous  de table assez conséquent pour voir venir la prochaine campagne électorale dans l’espoir de revenir pour le prochain mandat. Au Sénat, il fallait  bien être  sur la même longueur d’ondes pour ne pas rater l’occasion de satisfaire tel ou tel partenaire capable de fournir des pièces justificatives pour les  liquidations des  dépenses budgétaires mises à disposition des  collectivités. Et le tour est joué.

La population  croit faire l’objet des préoccupations principales des parlementaires  alors qu’en réalité elle n’est que le dindon d’une farce politico-financière programmée par un régime qui ne vise que la réélection du fondateur d’un parti présidentiel qui ne peut même ne pas se targuer d’avoir un seul député élu sous  sa bannière. Lorsque      «la Loi des Finances pour l’année 2018 a été adoptée à l’unanimité par les députés, réunis en séance plénière le mercredi 15 novembre 2017 à 14h30 » et qu’une certaine  presse  a cru bon de préciser «  sans  critique »,n’importe quel observateur ne manquerait pas de mettre  en doute la bonne  foi  et  la capacité d’analyse des parlementaires pour  ce qui est  d’apprécier le contenu d’un dossier financier de ce calibre. Peut-on imaginer un seul instant  cet élu qui sait à peine  faire la différence  entre les objectifs d’une « politique fiscale et douanière incitative » et les actions frauduleuses pratiquées par certains  cabinets pour que les  grandes  sociétés commerciales, industrielles et minières passent à travers les mailles  des  filets des taxes prévues  et  votées par l’Assemblée Nationale. Dans la  pratique des  relations  avec les  institutions, il se trouve toujours qu’avant les moments importants comme les  votes  du  budget, des travaux  en coulisse sont  effectués  dans la discrétion la plus  totale pour amener les  élus  du peuple à voter  en  faveur des  directives prévues et dictées par l’Exécutif (souvent  au profit  et  en faveur des intérêts égoïstes politiciens, privés et lucratifs de tels ou tels partenaires très influents). Inutile de s’en offusquer outre mesure, le lobbying se pratique même  dans les pays les plus à cheval  sur la  démocratie appliquée au service de l’Argent- roi.

La grande  différence  réside pour notre pays  dans la manière de  contrôler la  gouvernance depuis les  collectivités  jusqu’au  très haut niveau de l’Etat. A Madagascar, il  est  d’usage  courant de  se servir dans les  caisses  de l’Etat pour  faire  face   à des  dépenses ostentatoires et  surtout pour les  besoins des  basses  causes de la politique politicienne pure  et  simple. En clair,  en décortiquant les lignes  budgétaires  qui viennent  d’être  adoptées sans  avoir peu de  se  tromper et  d’abuser  de la crédulité de nos lecteurs, n’importe quel profane peut affirmer que  quelque part une  grande partie des  deniers publics  iront gonfler les  comptes discrets  de quelques  groupes proches  du pouvoir dans le  cadre des octrois  de marchés publics. De la manière la plus légale  du monde  et surtout aussi en toute illégalité. C’est la loi du  délit  d’initié  dans toute  sa splendeur qui  s’applique au nom  du pouvoir  discrétionnaire  de  n’importe quel décideur investi du droit de favoriser les  comptes  en  banque de quelques  fournisseurs,  entreprises-écrans et même de quelques courtisans qui ne sont même pas  titulaire de  ce fameux « NIF » tant exigé par les services  comptables  et financiers  des ministères. Ce n’est point  du tout préjugé  de quoi  que  ce soit que d’affirmer les mauvaises manies qui ont  fait leur preuve par le passé ne disparaîtront pas  encore surtout pour  ce  budget  2018 condamné à  subir les ingérences  et les  contraintes politico-électorales d’une machine de propagande qui avance  comme un rouleau compresseur prêt à tout aplatir  sur  son passage à la moindre intention de  faire objection aux injonctions venues  de  très haut. Allez  dans les  circonscriptions électorales  de l’arrière-pays et  vous  verrez que le mécanisme  a déjà démarré  depuis longtemps et le limogeage d’un  Honoré Rakotomanana n’est que le  début d’une  vaste opération enveloppante  destinée à drainer des  votes pour le  compte de  ceux  qui  rêvent  de  siéger  encore  à  Tsimbazaza dans un prochain mandat et surtout pour  faciliter le retour au pouvoir d’un président de la République que « les  représentants du peuple » avaient  déjà désavoué mais que les hauts magistrats  d’Ambohidahy avaient  remis  en selle par le biais d’un pacte de responsabilité qui ne liait que ceux qui en  avaient eu l’idée  saugrenue d’imposer à des élus  du peuple.  Ce n’est pas pour le plaisir de sermonner  que  des  évêques n’hésitent pas déclarer en chaire : « N’utilisez pas le peuple comme de simples moyens pour accéder à des postes. Parvenus à vos aspirations, le peuple devient le dernier de vos soucis. (…) Vous les politiciens aussi bien de l’opposition que du pouvoir_: Dans vos agissements, on voit bien que la politique que vous menez, loin d’être la recherche du bien du peuple n’est par contre qu’une recherche effrénée d’intérêts personnels et désir de se maintenir au pouvoir à tout prix.» Que peut-elle espérer encore

d’« un  Etat de  non  droit une population n’ayant plus confiance aux représentants  des institutions étatiques, civiles et militaires », surtout avec un Budget 2018 adopté presque les yeux  fermés ? Le miracle qui, à chaque fois avait permis au peuple opprimé de voir un matin radieux une fois  de plus, et cette fois-ci conformément au  refrain de  notre  hymne national :

«Protège et garde, ô Créateur

Cette île de nos ancêtres.

Dans la sérénité et dans la joie

Et nous serons bienheureux

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