La Gazette de la grande ile

regards croisés: La réserve d’or ou les fonds souverains de Madagascar

Publié le 20 novembre 2017

L’état des lieux : la Banque Centrale malgache détient 835 kilos au cours du premier trimestre 2017 ;

Sachant qu’une réserve d’or est une quantité d’or conservée par une Banque Centrale ou une institution financière, dans le but de sécuriser une transaction, un accord de crédit ou de constituer un fonds de garantie pour le pays ;

Sachant que l’économie malgache  n’arrive toujours pas à se passer des emprunts  extérieurs, « que la prévarication de la gestion des finances publiques et la mauvaise gouvernance continue à être un vrai problème » ;

Sachant que « les emprunts extérieurs importants contractés même par le secteur privé agissant à Madagascar sont sous garantie souveraine de l’État malagasy via le Trésor Public » ;

Sachant que les objectifs  de la Banque Centrale sont de veiller à la stabilité interne et externe de la monnaie, de contribuer à la stabilité financière et à la solidité du système financier de la République de Madagascar, de soutenir la politique économique générale du Gouvernement, sans qu’il y ait  préjudice entre ces trois objectifs ;

Sachant que les retombées économiques de l’exploitation de ce produit aurifère pour les Collectivités Territoriales Décentralisées comme pour l’Etat restent dérisoires : la production est  estimée à 1 tonne mais  800 kg sont déclarés à l’exportation.

Malgré cela, la mobilisation prioritaire du gouvernement devient la mise en action de la stratégie de la campagne électorale pour assurer un deuxième mandat pendant que l’élaboration de la stratégie de gouvernance du secteur aurifère reste au stade de la consultation. Ce grand écart de volonté politique ne serait-il pas du temps gagné pour les dirigeants et du temps définitivement perdu pour le devenir du patrimoine aurifère et du pays ? Ce constat amène le peuple malgache, bien malgré lui,  à continuer à se poser des questions sur le bien-fondé des rumeurs persistantes sur les bénéficiaires des trafics et des exploitations illicites.

La presse écrite relaie les saisies en douane à l’aéroport d’Ivato, une goutte d’eau dans l’océan, puisque le gros du trafic a trouvé la « voie royale » pour soustraire l’or du marché légal :

En 2015 : 1,4 kg d’or ont été interceptés…, 20 kg d’or placés sous le siège d’un avion en partance pour l’Asie ont été appréhendés…

En 2017 : 2,240 kg d’or ont été saisis sur deux passagères du vol Air Mauritius en partance pour Mumbay…,trente et un lingots d’or pesant en tout 4,2 kilos cachés et attachés dans deux valises ont été sur un passager de la compagnie Air Seychelles…, dix-huit lingots d’or d’un poids total de 24,760kg ont été saisi sur un passager en embarcation sur un vol de Kenya Airways…

Les fonds souverains officiels de quelques pays partenaires ou en devenir de partenariat, pour illustrer le chiffre dérisoire des 835 kg d’or détenus par la Banque Centrale malgache, sachant que certaines réserves nationales sont entièrement ou en partie détenues par d’autres pays ou que les réserves sont supposées  ou non vérifiées – c’est le cas de la Réserve fédérale des Etats-Unis- ; dérisoires car les ressources minières d’un pays, les variétés et la rareté des métaux, minéraux ou énergies fossiles ont un poids considérable dans son développement économique et par conséquent sur son rayonnement politique. (USA 8 133,5 ; Allemagne 3 387,1 ; France :2 451,8 ; Chine 1 054,1 ; Japon 765,2 ; Inde 557,7 ; Turquie 506,3 ; Afrique du Sud 173,6 ; Egypte 75,6 ; Maroc 22 ; Maurice 8,9  (l’évaluation est en tonne d’or et non en kilo, bien évidemment) et sachant que les négociations se mesurent à l’aune des Fonds souverains.

À ce titre donc, l’or revêt un enjeu économique et géopolitique majeur, et la quantité d’or qui sort de ses mines chaque année est ainsi décisive.

A niveau d’illustration, citons le Botswana. Grâce à l’industrie de l’or couplée à celle du diamant, le pays aujourd’hui fait partie des Etats sur la voie d’atteindre l’émergence, passe pour un modèle de réussite économique en bâtissant son avenir sur une administration démocratique, stable, compétente et peu corrompue (classement de Transparency International : le pays le moins corrompu d’Afrique). Ainsi depuis son indépendance en 1966 ce pays enclavé dont seules 5% des terres conviennent à l’agriculture est passé d’un des 25 pays les plus pauvres du monde à l’un des plus prospères du continent africain.

Il est également à noter qu’au Ghana où des joint- venture existent entre privés étrangers et nationaux comme au Mali où l’Etat détient une participation au capital des mines, l’Etat recouvre plus de 30% du chiffre d’affaires des sociétés minières (taxe, impôts et royalties).

Or à Madagascar, la redevance comme la perception due sur la valeur des produits des mines à leur première, effectuée au profit de l’Etat et des institutions sectorielles nationale est de 0,6%  et, la ristourne comme la perception due sur la valeur des produits des mines à leur première vente au profit de collectivités décentralisées est de 1,4% ; en application de l’article 2 du Code minier (1999), modifiée par la loi n°2005-021.

Il est vrai que le Gouvernement a cité la refonte du code minier comme l’une de ces priorités dans le cadre du Plan national de développement (PND). Après deux ans de sommeil, 2017 voit poindre les premiers ateliers de réflexion et sensibilisation sur le nouveau code minier. Le ministère des Mines et du Pétrole a organisé un brainstorming avec l’ensemble des techniciens du secteur minier et pétrolier aux fins de définir les grandes lignes des amendements à apporter au code en vigueur pour le soumettre au vote du Parlement, calendrier arrêté pour la même année. Novembre 2017, d’autres priorités s’inscrivent sur le calendrier du gouvernement (réforme de la Constitution, « éviction » du Président du Sénat, installation des bureaux HVM dans la région sud par le nouveau président du Sénat, en qualité de chef du parti HVM, bien évidemment…).

En plus, selon la déclaration de monsieur Carl Andriamparany, secrétaire général du ministère des Mines et du Pétrole, dans une interview avec Xinhua ;la performance n’a-t-elle pas été atteinte ? (l’exportation d’or  en 2016 a enregistré 587 kilos d’or supplémentaires et pour les seuls 4 premiers mois de 2017, 900 kilogrammes d’exportation d’or ont été enregistrés, défini comme « le poids le plus élevé enregistré dans le pays depuis son indépendance en 1960, résultat de la réforme faite par le gouvernement dans le secteur de l’or »).Quant à la Cnuced, elle a annoncé pour 2005 une valeur des exportations d’or équivalent à  913 000 USD et a affirmé que l’exportation d’or de la Grande île n’a pas  cessé d’augmenter depuis cette année de référence 44 millions USD en 2010 et 56 millions USD en 2011. Mais soyons assurés que  l’entrée en lice des opérateurs chinois fera évoluerle marché !…

En effet, la réserve en or de la Chine est estimée en 2015 à 1 054,1 tonnes avec une production locale de 462 tonnes, soit 14,74% de la production mondiale. Il est important également de souligner même si la Chine n’occupe que la 6ème position dans l’évaluation de la réserve en or, elle occupe le 1er rang en qualité de producteur et importateur d’or au monde. Par ailleurs, les spécialistes estiment que la Chine serait le deuxième plus gros détenteurs d’or au monde. La présence de plusieurs milliers de tonnes d’or devrait consolider la confiance qu’auront les investisseurs du monde entier dans leur monnaie-le yuan-, Pékin ambitionne d’imposer sa monnaie comme monnaie de réserve au même titre que le dollar. Ceci explique pourquoi les opérateurs chinois sont si présents sur les sites aurifères, tels que : Vohilava Mananjary (site d’exploitation d’Ambodinato, Antaniditra, commune de Mandialaza district de Moramanga ; Antsampanana, sur la RN2; Betsiaka près d’Ambilobe ; Ambanja Antsiranana ; Tsarazaza, Fianarantsoa ; du côté d’Ambatondrazaka dans la région Alaotra, Betsiaka, une communesituée à 30 km d’Ambilobe, sur la route nationale menant à Vohémar l’exploitation d’Andrafialava, Soamahamanina (la Société Jiuxing Mines continue toujours de détenir son permis d’exploitation), Bealanana…La Chine comme les Etats Unis refusent de publier un chiffre sur l’état de leurs stocks, sur leurs achats d’or sur le marché. La réserve des Etats Unis est estimée à 8 133,5 tonnes -sachant que ces réserves sont supposées et pour certaines non vérifiées, la Réserve fédérale des États-Unis (FED) refuse également que ses stocks soient vérifiés par des experts indépendants ou même par les pays propriétaires d’or.

C’est ainsi que les chiffres de la production et de l’exportation d’or restera dans « l’opacité» pour le citoyen lambda, que la refonte du Code minier malgache restera une priorité rangée au fond d’un tiroir et que la douane continuera à pourchasser les « petits » trafiquants pour alimenter bon an, mal an  notre Réserve Nationale d’or.

Un peu d’histoire: monsieur Henri Besairie, géologue – Ancien chef du Service géologique de Madagascar- affirme que : de 1897 à 1959 la production totale en or de la grande île est de 51 tonnes ; entre 1904 et 1915 elle passe à plus de deux tonnes par an, grâce à l’exploitation de l’Andavakoera dont la production entre 1907 à 1910 dépasse les trois tonnes.

Enfin  pour conclure faisant « sonner » la réplique d’Yves Montant dans la Folie des grandeurs  pour réveiller Louis de Funès: « c’est l’or, il est l’or, l’or de se réveiller, mon seign’or, il est huit’or ».

Nancy Razanatseheno

 

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