La Gazette de la grande ile

chronique de zafilahy: Quand le ver est dans le fruit

Publié le 23 novembre 2017

Après la diplomatie washingtonienne, le Parlement européen a mis le doigt sur cette  plaie béante de la  mauvaise  gouvernance qui lèse tant ce  pays. On peut en vouloir à  ces étrangers de  se mêler  de nos  affaires internes, mais ils ne peuvent pas  rester  insensibles au naufrage programmé de Madagascar à cause de la cupidité avide et  aveugle de la majorité de ses dirigeants.  Comment  voulez-vous qu’ils  laissent faire des personnalités qui, pour  quelques milliers  de  dollars  de plus, s’accoquinent et  se  compromettent sans  vergogne avec une bourgeoisie financière locale d’une voracité criminelle et des grandes  compagnies internationales sans cœur. Non seulement, le  régime se fourvoie dans ses options politico-économiques sans suite, mais par  dessus le marché,  sous prétexte de faire  bon usage de la loi fondamentale, il se prépare à instaurer dans la conduite des  affaires  étatiques une pérennité oligarchie minoritaire d’un parti présidentiel dirigé par des  affairistes patentés.

Comme pour répondre en  écho au président de la République, Hery Rajaonarimampianina qui s’est dit favorable à une modification de la Loi fondamentale, le Parlement européen récemment avait  clairement exprimé sa position en général sur la  question et les modalités  du déroulement des prochaines élections. Selon le président actuel, rapporté par les médias du monde « cette Constitution comporte plusieurs incohérences et notamment en ce qui concerne l’organisation de l’élection présidentielle qui doit avoir lieu à la fin 2018.» Selon lui, rapporté par les mêmes  sources « cette Constitution comporte plusieurs incohérences et notamment en ce qui concerne l’organisation de l’élection présidentielle qui doit avoir lieu à la fin 2018.» A propos justement de  certaines  dispositions de  cette constitution aussi telle que l’article 46 sur la démission préalable exigée au Président de République sortant  et les  contours de l’intérim par le Président du  Sénat, il y a lieu de  rappeler  qu’avec  cette même constitution avait  servi pour « la précédente élection, c’était l’élection de sortie de crise. Le président en fonction de la Transition n’était pas candidat. Ceci dit, la modification de la Constitution, à mon avis, n’est pas nécessaire », dixit Sahondra Rabenarivo,  juriste et membre du SeFaFi, l’Observatoire de la vie publique à Madagascar. Or,  l’élection présidentielle normalement devrait se tenir entre le 24 novembre et le 24 décembre 2018, selon une  dépêche de RFI c’ « un délai trop court pour organiser un scrutin à deux tours », avance le président de la République qui se dit donc favorable à une modification » Comme les  débats  sont  toujours  d’actualité  et semblent provoquer certains  remous  au sein de l’opinion, même si Bruxelles «salue le rétablissement de l’Etat de droit par les élections d’octobre et de décembre 2013; rappelle aux autorités malgaches, et en premier lieu à son président, qu’il leur incombe de soutenir et de protéger les droits de leurs concitoyens se trouvant dans tout le pays, et notamment de les protéger contre tous les mauvais traitements et les crimes, ainsi que d’exercer leur mission de gouvernement dans le respect le plus strict de l’Etat de droit;  (…), le Parlement européen «espère que les élections prochaines auront lieu dans un climat paisible et serein afin qu’elles puissent se dérouler de façon démocratique et transparente; souligne que l’ordre constitutionnel et la stabilité politique doivent être préservés et que seuls le dialogue et le consensus entre tous les acteurs politiques sont susceptibles de garantir la tenue d’élections crédibles dans les délais prévus en 2018; »

Comme  si le document  rendu public le 15 novembre  dernier ne suffisait, la Délégation européenne  composée des Ambassadeurs de l’UE, Antonio Sanchez-Benedito, de France, Véronique Vouland-Aneini, d’Allemagne, Harald Gehrig, et du Royaume Uni, Philip Boyle  avait  rencontré la partie malgache. Selon un communiqué officiel de la Primature « La discussion a porté sur la situation politique et économique, le commerce, l’aide européenne, la sécurité ainsi que les droits de l’homme. En ce qui concerne la situation politique le Premier Ministre a rappelé les efforts pour augmenter le nombre de personnes sur le fichier électoral et pour réformer le cadre juridique et a annoncé que les textes seront prochainement soumis par le gouvernement au Parlement pour l’adoption. L’UE a souligné que les élections inclusives et participatives offrent une possibilité unique de consolider la démocratie et a encouragé le gouvernement de clarifier davantage le cadre de ces élections ; ce qui augmenterait aussi la confiance de tous les acteurs dans le processus.  Les deux parties ont exprimé leurs préoccupations sur la montée de l’insécurité et affirmé la volonté de soutenir les travaux en cours pour renforcer la sécurité, y compris à travers la RSS et une coopération au niveau des cas de kidnapping. A propos  de la montée de l’insécurité qui, il faut le reconnaître, fait l’objet  d’efforts louables  de la part des nouvelles directives du Ministre  de la Sécurité Publique. Dommage que les intervenants  sur le terrain  se heurtent  encore  et  toujours avec les interférences et les instrumentalisations malsaines de certains  responsables de l’Administration  Territoriale et des juridictions des  tribunaux harcelés par des députés, et des personnalités  vendus aux réseaux  du commerce des  bœufs volés, des  trafics de l’or et des bois précieux. Les  cas des  villes  comme Betroka et son bouillant  député, Ambalavao (où un fonctionnaire en poste depuis plus  de  10 ans fait la pluie  et le beau temps dans ses  activités complices avec les voleurs  de  bœufs à cause d’une protection, en haut lieu) et tant d’autres endroits enclavés sont catastrophiques. Tant que le pouvoir  central ne  se  décide pas à amputer la  tête  de la pieuvre, les  tentacules du crime organisé resteront toujours  très actifs au détriment de la paix  sociale et des paysans producteurs. Est-il bien raisonnable  de prétendre lutter  contre la corruption alors  que  sous le  nez et à la barbe du pouvoir central, il est  visible  et patent  que le  ver est pratiquement  dans le fruit ? Toutes les institutions sont infiltrées et les protégés se  vantent de leur statut d’intouchables  prouvé ouvertement par l’impunité réelle qui les met à l’abri de la Justice. Ajoutez à cela l’immunité  de  certains parlementaires à la solde d’un banditisme rural cruel et  terroriste.

 

 

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