La Gazette de la grande ile

REGARDS CROISES: Le rouleau compresseur du « gouvernement de combat » !

Publié le 04 décembre 2017

Le Premier Ministre, Olivier Mahafaly, dans son allocution du 13 avril 2016, a rappelé  l’ampleur de l’enjeu auquel son gouvernement devrait faire face : relever 4 défis pour sortir  Magadascar du marasme social et économique. Le ton a été donné : la mise en place d’un « gouvernement de combat ». Un an et plus, plus tard, le bilan est plus que mitigé, aucun résultat tangible. Ceci n’empêche cependant pas le «  gouvernement de combat » de se mettre enfin en ordre de bataille pour préparer et gagner l’élection présidentielle de 2018, avec en chef de file Rivo Rakotovao, président du HVM,  parti politique au pouvoir et nommé, par ailleurs, membre du Sénat au titre présidentiel le 12 octobre 2017, par décret 2017-954 ; ce membre du gouvernement qui a déclaré par ailleurs : « Nous devons être solidaire avec Claudine ».

Dans ce combat, l’outil de guerre choisi est le compresseur, engin qui avance et écrase tout sur son passage, à quoi rien ne résiste et faisant fi des décibels et des lots de victime.

Le «gouvernement de combat », expression usée jusqu’à la corde, le Premier ministre, Olivier Mahafaly, l’a prononcée lors de sa première allocution du 13 avril 2016 sur le perron du palais de la primature à Mahazoharivo,  « Nous allons mettre en place un gouvernement de combat. Ce gouvernement va travailler en équipe et plus d’une manière disparate. Nous avons des objectifs à atteindre ensemble. Il y a la lutte contre la pauvreté. Il y aura également la lutte contre l’insécurité urbaine et rurale. Il y aura également la lutte contre la corruption. Il y aura également la lutte contre l’exploitation illicite de nos richesses naturelles. Désormais, j’exigerai de chaque ministre des résultats qui aient des impacts directs sur la vie des 22 millions de Malgaches.» Sachant que selon le contexte et celui qui se l’est attribué, ce cliché politique  prend finalement le sens qu’on veut bien lui donner. La LGI a fait preuve de clairvoyance. Dans un article paru le lundi 13 mars 2017,  Regards Croisés s’interrogeait déjà sur la signification des reports répétés des projets présidentiels et des programmes structuraux d’infrastructure…Aujourd’hui la lucidité devient un impératif. Il est évident que le quadrillage du pays, les inaugurations relayées par les chaînes audiovisuelles des quelques réalisations sont programmés pour permettre au gouvernement de combat de se mettre en ordre de bataille et d’utiliser la machine de guerre, le HVM, le rouleau compresseur, qui avance et écrase implacablement tout sur son passage pour assurer la victoire lors de l’inexorable échéance des élections présidentielles.

Mais qu’attend réellement la population sinon  des actions, « des impacts directs sur la vie des 22 millions de Malgaches.» Des actions qui auraient orienté son destin de : sortir de la pauvreté, sortir de l’insécurité urbaine et rurale, sortir de la corruption et enfin sortir de l’exploitation illicite des richesses. Des actions dans la rigueur et dans la précision qui auraient inversé durablement et inexorablement la courbe des chiffres. Or, quand est-il après 3 ans de mandature ?

En matière de lutte contre la  pauvreté : 392,6 dollars de PIB par habitant. Selon le rapport du FMI qui a approuvé le décaissement de 86 millions de dollars au titre de la Facilité élargie de crédit, « le classement de Madagascar reste pratiquement inchangé… » et «… cette pauvreté se manifeste par un aspect restreint aux produits alimentaires nutritifs », … « l’accès à l’eau courante, à l’électricité inexistant  et particulièrement en zone rurale… » . Le rapport ne cesse de rappeler inlassablement la stratégie : « la stratégie de réduction de la pauvreté et d’inclusion pour la période 2017-2019 repose sur des approches macroéconomiques, sectorielles et structurelles. Elle garantit une croissance inclusive, une bonne gouvernance, une stabilité macroéconomique, un système financier solide qui participe au financement du développement et la réduction de l’inflation en tant que facteur qui érode le pouvoir d’achat… » Cependant le pays, « grenier de l’Océan Indien »,  continue de sombrer dans la pauvreté, alors que les Comores occupent aujourd’hui la 21ème place après avoir été dans le Top 10 en 2010.

En matière de lutte contre l’insécurité : Sur un classement de 163 pays, Madagascar occupe la 38ème place des pays les plus pacifiques et reste « en haute alerte ». Sa situation sociale et économique précaire constitue le terreau de flambées de violence interne. « Le pays reste dans le cercle vicieux de pauvreté et de conflit … » ; l’insécurité ne naît-elle pas de la pauvreté ? Certes, les médias relaient le maillage des forces de la police et de la gendarmerie pour arrêter les « dahalo » sur un territoire limité. Mais il apparaît à travers ces reportages deux évidences : ces actions ponctuelles définies hors d’une stratégie « globale » permettent à ceux-ci de passer à travers les filets et d’aller opérer ailleurs ; et les voleurs sont mieux armés que les gendarmes. C’est ainsi que le jeu du voleur et du gendarme finit par exacerber la population qui en vient à la vindicte populaire.

En matière de lutte contre la corruption : le classement mondial IPC (Indice de perception de la Corruption) relègue le pays à la 145ème place sur 175 pays. Rappelons que l’IPC est un outil de référence internationale mesurant la perception de la corruption dans le secteur public. Transparency International affirme qu’à ce rythme Madagascar est sur la voie d’atteindre le score de 50/100 en 2025. Cependant les réformes des textes de lutte contre la corruption ont été effectivement publiées, mais il semblerait que l’engourdissement de la volonté politique des dirigeants paralyse l’application de ces textes et grippe la mécanique des actions des institutions en charge de la lutte. Il est essentiel de rappeler ici la déclaration de monsieur Jean Louis Andriamifidy, directeur du Bureau indépendant anti-corruption (BIANCO) : «…l’effort à faire est dans l’application de la loi… particulièrement au niveau de la Chaîne Pénale Anti Corruption (CAPC) », et pour illustrer sa déclaration il cite des faits : « des personnes accusées de détournement de plusieurs millions d’ariary de deniers publics n’écopent que de six mois d’emprisonnement, voire bénéficient de liberté provisoire, alors que les voleurs de poules peuvent être condamnés jusqu’à un an de prison ». Le volontarisme des dirigeants aurait cependant fait trembler « la base » et aurait fait écrouler efficacement l’édifice de la corruption à très moyen terme ; 3 années de mandat auraient suffi pour éradiquer la corruption et un an pour obtenir des résultats tangibles.

En matière de lutte contre l’exploitation illicite de nos richesses : le programme  SCAPES de trois ans «  responsabiliser la population à lutter contre l’exploitation illicite des ressources naturelles » a pris fin en 2016. A titre de rappel ce programme lancé en 2013 avec un financement de l’Agence Américaine pour le Développement International (USAID) de plus de 2 millions de dollars a axé ses activités sur la lutte contre le trafic de bois précieux et de reptiles des forêts humides de l’Est et du Nord de Madagascar ainsi que la formation des acteurs clés sur la manière de combattre le trafic de bois et des espèces sauvages au niveau régional et national. Rappelons à titre d’information l’affaire du trafic de 3 235 tonnes de bois de rose, une affaire qui remonte à 2014. Si la population et les sociétés civiles semblent avoir compris l’enjeu du  «Protéger les ressources naturelles de Madagascar», pour ne citer que A.V.G – Alliance Voahary Gasy-, la responsabilité du gouvernement malgache dénoncé pour absence des efforts tangibles pour lutter contre le trafic de bois de rose sera prononcée en réunion du comité permanent de la Cites à Genève, et sera sûrement rendue publique très prochainement (la réunion de Genève s’est tenue du 27 novembre au 1er décembre 2017). Aujourd’hui selon la déclaration de Ndranto Razakamanarina, présidente de l’AVG, le  trafic s’est calmé face à la flambée du prix de la vanille. Un autre chantier parmi tant d’autres en suspens !

Triste bilan pour le gouvernement de combat, excellent dans la gestion des  « événementiels » et pitoyable dans la mise en place des actions pérennes et d’une politique structurante pour le pays.

 

 

 

 

 

 

 

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