La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE : Une meilleure Constitution, mais avec quel président ?

Publié le 06 décembre 2017

Dans tous les pays  du monde, après les  crises  épisodiques ou tout  simplement après un changement  dans la conduite des  affaires de l’Etat, il est normal qu’on procède à un toilettage ou même à un changement fondamental d’une Constitution. La France, une grande puissance  avec un passé révolutionnaire puis  démocratique, est passée par là avec l’arrivée du  général de Gaulle  au pouvoir avec les frémissements  et les  débats politiques que le monde  entier  connaît. L’Histoire retiendra que : « Le 4 octobre 1958, la Constitution voulue par le général de Gaulle et adoptée par référendum le 28 septembre est promulguée : la Ve République est née. Cinquante ans plus tard, elle a fait la preuve de sa faculté d’adaptation. Son acquis majeur aura été de doter le pays d’une stabilité gouvernementale que les aléas de l’histoire et de la vie politique n’ont pas entamée. » Certains pays d’Afrique surtout  et  d’ailleurs, en voulant changer de  constitution n’ont pas  eu la  chance, ni la  panache de  ce grand héros de la Seconde Guerre Mondiale.

A Madagascar actuellement, les débats vont bon train parce que  « le président de la République Hery Rajaonarimampianina s’est dit favorable à une modification de la Constitution. Les organisations de la société civile haussent le ton. Pour elles, ce projet de modification de la Constitution « révèle une volonté de se prolonger au pouvoir ». Ceci est largement  diffusée dans les médias et il ressort des débats (devenus feutrés depuis  quelque temps) que selon même les détracteurs habituels  du  régime, « la Constitution actuelle n’est pas parfaite et elle est modifiable.  La modification souhaitée par le président serait « source d’une nouvelle crise. Une porte ouverte pour des risques électoraux ». C’est peut-être la raison pour laquelle, au niveau du pouvoir, on  a mis  en sourdine certaines réformes allant dans  ce  sens.  Toujours  est-il que l’actuelle constitution mise en place  et promulguée lors  d’un régime de Transition déterminé à s’incruster dans le pouvoir n’est pas un modèle  du genre. Bref, les arrière-pensées politiciennes, tactiques  et  stratégiques au lieu de  servir le gourou qui en a eu l’idée et l’équipe  d’Andry Rajoelina, a plutôt beaucoup servi le premier président  élu d’une 4ème République mal partie et objet de toutes les  controverses. Non seulement l’actuel bénéficiaire  de  cette loi fondamentale en use à sa manière, sans aucun respect pour les stipulations contraignantes pour une  bonne  gouvernance, mais par  dessus le  marché, les institutions soumises à ses quatre volontés agissent sans  vergogne au mépris des pratiques démocratiques  normales. Pour ne  citer  que ces  changements de  Premier ministre, cette  trouvaille sur le pacte de  responsabilités qui ne riment à rien et les douteuses dispositions  d’esprit de  ces  députés « qui ont voté sans amendement ni réserve, le projet de Loi de Finances 2018 » .

A cause de toutes  ces  violations flagrantes des  dispositions  constitutionnelles, l’opinion ne  cache plus son désir de  changer purement  et  simplement de cadre légal pour la  conduite  future des  affaires  de l’Etat. Depuis l’indépendance,  ce pays en a  vu de toutes les  couleurs en matière de  loi fondamentale. Personne ne peut  affirmer  de manière catégorique que ces  régimes  étaient tous mauvais. Ils  n’avaient  tous  pour vrai défaut,  que d’avoir comme  dirigeants des personnalités qui n’ont pas  compris  et  réalisé à temps que le  contexte  géopolitique mondial évolue et qu’il faut  en tenir compte ou des hommes mal préparés pour diriger un pays, mais plutôt pressés de devenir riches « très vite  et  de manière durable ». Alors  que le pays a  un réel besoin d’un président capable d’agir et de  gérer notre île en homme  d’Etat, mais non pas à la manière  de  ces  voyous qui ne  cherchent qu’à se  servir  des prérogatives  étatiques pour favoriser les fortunes des  copains locaux et  des  coquins étrangers arrivés sur notre  territoire national en tant  que prédateurs. La  grande  question vitale pour la population est  donc « à qui faut-il confier »  la  destinée de plus  de  20 millions  d’habitants qui, jusqu’à ce jour, subissent les  affres de l’exploitation de l’homme par l’homme avec les moyens modernes des pillages  de  nos  ressources naturelles et la puissance  de la corruption, «le mélange des  affaires du parti avec celle de l’Etat. » Un juriste éminent avait dit un jour : « une bonne  constitution ne  vaut que  ce  que valent les hommes et les  femmes qui l’appliquent. » Pour la bonne  et  unique  raison qu’ « il y a toujours une  distorsion entre les prescrits constitutionnels et les  pratiques politiques, administratives  et juridictionnelles… » Pour  ce  qui est  de l’équipe actuellement à la  tête du pays, le  bilan est plus  que  catastrophique. La  société civile, les  églises, les observateurs du reste  du monde et la  communauté internationale sont unanimes pour  constater que «Madagascar est en effet le pays n’ayant subi aucun conflit majeur à s’être appauvri depuis son indépendance en 1960… A Madagascar, on oublie aussi que 90 % de la population vit en dessous du seuil d’extrême pauvreté, avec moins d’1,25 dollar par jour. Ses 23 millions de personnes se battent quotidiennement, pour survivre, pour remplir leur estomac au moins une fois dans la journée et pour espérer voir le lendemain ». On se demande même s’ils n’exagèrent pas un peu en affirmant que «  Si l’on compare la situation avec celle de pays tels que la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le ­Bénin ou le Burkina Faso, on constate que Madagascar s’est fait distancer économiquement, y compris par ceux qui sont moins riches en ressources naturelles. Cette récession n’est pas continue sur la période. A de nombreuses reprises, une ébauche de décollage a semblé possible, mais à chaque fois, elle s’est soldée par une crise majeure. »  Hélas ! Mille fois hélas (comme dirait une personnalité inoubliable) : On oublie de dire que les Malagasy sont oubliés de leurs dirigeants. » Si vous mettez en doute la bonne foi de  nos sources, prière de consulter le Net  sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/06/30/madagascar-l-ile-des-oublies-de-tous_4961394_3212.html#2GqD4yyJlpu6DXCf.99.

 

 

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