La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY: Ni Compaoré, ni Mugabe…

Publié le 07 décembre 2017

Entendons nous bien, il n’est pas  dans  notre  intention de comparer ce  qui n’est pas  comparable. Le président Hery Martial n’a rien de commun avec les  deux hommes  cités. Notre objectif  est simplement de montrer à tous les leçons  qu’on peut tirer de l’itinéraire politique des  deux Chefs  d’Etat  du continent  voisin. Ils sont  tous les   deux  restés  très longtemps au pouvoir, ce  qui déjà n’est pas le  cas  de l’actuel président de Madagascar.  Sincèrement, dans la logique de ce souhait honorable du Président du Sénat Honoré Rakotomanana « poussé vers la sortie », « pour préserver la solidarité et l’intérêt supérieur de la nation », pour le bien  du pays, nous ne souhaitons guère que cette île merveilleuse connaisse un jour les  sorts du Burkina Faso et du Zimbabwé… « Confronté à une contestation populaire qui s’est amplifiée depuis la manifestation monstre du mardi 28 octobre contre le projet de révision constitutionnelle censé permettre le maintien au pouvoir du chef de l’Etat après 2015, Blaise Compaoré abandonne le pouvoir». L’autre, Robert Mugabe, au début de  sa  carrière politique, « son engagement anticolonialiste assure sa popularité auprès d’une partie de sa population et du continent africain ». Plus tard, « il est accusé de faire reculer les libertés individuelles et de favoriser le racisme anti blanc, notamment par une politique de confiscation de terres et d’expulsions. Au niveau économique, sa présidence est marquée par une explosion du taux de chômage, par une hyperinflation, par des famines et par la décision de pays occidentaux d’imposer au Zimbabwe des sanctions économiques(…) En novembre 2017, alors qu’il dirige de facto le pays depuis 37 ans et qu’il est le plus âgé des chefs d’État en exercice dans le monde, l’armée le place en résidence surveillée. Après une semaine de tractations et de pressions, et alors que le Parlement entame une procédure de destitution à son encontre, il annonce sa démission de la présidence. »

A l’heure  qu’il est à Madagascar, la société  civile, les acteurs politiques comme les  gens  du pouvoir se lancent sur  différentes pistes pour  trouver un terrain d’entente afin de donner au peuple malgache le bonheur de  ne plus  vivre une alternance dans le trouble. Il n’y a donc pas lieu de satisfaire les pulsions  suicidaires des têtes brûlées qui ne veulent que le pouvoir pour le pouvoir. Il est normal  que  certains  courants  d’idées pensent à l’innovation par la refondation. Normal, après le vécu peu satisfaisant qu’avait apporté un  retour à l’ordre légal après les convulsions  des crises de 2002 et  de 2009. Toujours est-il, que  cette  tare honnie propre à des intrigants opportunistes  comme Norbert Lala Ratsirahonana et  sa bande n’a  fait  qu’apporter dans les pratiques politiques et institutionnelles les malheurs d’une constitution qui a piégé  feu Albert Zafy et d’une  autre qui, réellement a mis le jeune DJ Andry  Rajoelina hors  du combat avec les  frasques  du parti  HVM, devenu le principal bénéficiaire de  celle  de 2010. Une opposition  qui n’arrive point à mettre  en place un front unie solidaire reste bloquée,  sans parvenir à des propositions précises. Elle a  toujours rêvé d’un modèle américain capable de renverser le président à partir de l’Assemblée Nationale. Peine perdue, la crainte  de l’instabilité aidant, le pacte de  responsabilités, une  invention de la Haute Cour Constitutionnelle a fini par   avoir  raison d’une solution capable de  renverser un président de la 4ème République  élu…

D’une manière paradoxale,  c’est plutôt l’effet contraire  qui est  en train de faire  son petit  chemin dans les  coulisses de l’Exécutif. Les  récents   complots de quelques parlementaires visant le Premier ministre, puis le  Bureau Permanent  et le même le Président  de l’Assemblée  Nationale sont  des  signes  très révélateurs  sur les  intentions  de  ceux  qui souhaitent plus ou moins une  dissolution au niveau de Tsimbazaza. Pour  finalement  gérer tout le pays avec une  seule  chambre  dirigée par l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, à la tête du  Sénat. Il faut reconnaître qu’il ne s’agit là que d’un  scénario d’une histoire à dormir debout d’une élucubration peut-être  délirante. Qui sait ? Toutefois,  en politique, il  faut  s’attendre à tout. Même au pire… A quelques mois  de l’échéance présidentielle, une  question  redoutable  reste et demeure posée dans le contexte actuel: pour le président sortant d’abord, est-ce  que Rivo  Rakotovao est  réellement l’homme  de  la situation ? Un intérimaire qui n’a pas l’onction populaire des  urnes est-il capable de  conduire encore ce Titanic en détresse que  représente un régime  au bilan peu satisfaisant à bon port, malgré le choc avec réprobation citoyenne générale ambiante cet iceberg incontournable ? Loin de  nous l’idée farfelue de jouer le prophète de mauvais  augure, mais force  est  de reconnaître que même  au  sein du parti présidentiel  confiant en la prochaine victoire de Hery Rajaonarimampianina ne  règne plus. Déjà déstabilisé par les retombées défavorables de son souhait « d’une modification de la constitution… », selon les mauvaises langues dans les prochains  jours il risquerait(le conditionnel est de rigueur) de nouveau d’être l’objet d’une motion de  destitution à cause de quelques  textes législatifs très importants prévus par la loi fondamentale, mais que pour on ne  sait pourquoi, il a pratiquement oublié de promulguer à temps…Et puis, il y a également les mésaventures récentes  de quelques personnalités-phares piliers  du système torpillées rattrapées par les scandales financiers retentissants ne permettent  de  croire à une  réélection de l’actuel président surtout qu’en face les ambitieux se  bousculent  au portillon.

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