La Gazette de la grande ile

JOHNNY HALLIDAY: Jamais chez nous mais…

Publié le 07 décembre 2017

Johnny Halliday n’a jamais mis les pieds à Madagascar, mais il s’est taillé ici une grosse popularité en raison de son talent et de son grand cœur. Il était certainement plus apprécié que les artistes français qui ont pris la peine de venir dans l’île, comme Salvatore Adamo, Georges Moustaki ou Jean-Jacques Goldman. Gros chagrin donc hier chez les nombreux fans en apprenant la mort de Johnny Halliday. D’autant qu’ils ne savaient comment extérioriser leur peine, car rien ici ne pouvait être rattaché au disparu et ne pouvait par exemple servir de lieu de pèlerinage…

Johnny a conquis les cœurs dans l’île quand il était un tout jeune « crooner » qui excellait dans les chansons d’amour, comme « Tes tendres années », « Retiens la nuit » ou « Douce violence ». Quand il s’est mué en un rocker viril qui chantait la marginalisation dans des morceaux comme « Je suis né dans la rue », « La prison des orphelins » ou « Noël interdit », sa cote n’a pas faibli. L’homme a même résisté à la Révolution socialiste malgache qui n’a pas encouragé la musique « bourgeoise et impérialiste », et qui avait stoppé l’importation des disques et c.d en provenance de l’Occident. Car des titres comme « Quelque chose de Tennesse », « Laura » ou « Gabrielle » ont toujours accroché dans l’île et étaient sur toutes les lèvres. Mais après la chute de la Révolution au début des années 90, l’explosion de la créativité dans la musique de variétés a eu quelque peu raison de Johnny Halliday, submergé par la nouvelle vague. Depuis, on eut plus de mal à repérer sa trajectoire et à citer ses titres. D’autant qu’avec la fin du disque vinyl et du c.d, les amateurs ne surent sur quel support s’accrocher pour suivre les traces du rocker.

Petite éclipse donc, mais pour deux ou trois générations à Madagascar, Johnny Halliday était une vedette attachante et son souvenir était demeuré vivace. A preuve, en premier lieu, les Johnny Gasy, chanteurs malgaches qui interprétaient les titres de Johnny en faisant la manche dans les rues, provoquaient de gros attroupements. En second lieu, lors du passage dans l’île en 2004 de Johnny Vegas, élu meilleur sosie de Johnny Halliday en France, le public est venu nombreux (environ 6000 personnes) au Palais des Sports de Mahamasina. Désorientés et sidérés par l’allant et le dynamisme de ce faux Johnny particulièrement ressemblant, les spectateurs se prirent au jeu et lui firent quand même une véritable ovation. Si le vrai était venu, il aurait fait un tabac extraordinaire… En tout cas dans l’île,  on gardera de Johnny Halliday l’image d’une star attirante qui a bercé plusieurs générations, et dont les morceaux illuminèrent pendant des décennies les booms et les bals des jeunes. Tous, nous conserveront en nous quelque chose de Johnny…

A.R

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