La Gazette de la grande ile

RAJAONARIMAMPIANINA ET UNION EUROPEENNE: Méconnaissance des textes ?

Publié le 21 décembre 2017

On le voit bien sur la photo : lors du dialogue politique, organisé entre l’Union européenne et le gouvernement malgache, lundi au palais d’Iavoloha, les ambassadeurs européens arborent un petit sourire ironique. C’était quand le président Rajaonarimampianina s’interrogeait sur la résolution du 15 novembre dernier du Parlement européen. Cette dernière entité s’était montrée très critique vis-à-vis de l’actuel régime, notamment sur un possible report de l’élection présidentielle, et avait condamné à l’avance une prolongation du mandat présidentiel. Devant les ambassadeurs européens lundi, Hery Rajaonarimampianina avait trouvé « regrettables » ces insinuations et les avait qualifiées d’ingérence dans les affaires intérieures du pays. Si les ambassadeurs ont souri d’une façon moqueuse, c’est parce que le chef d’Etat malgache semblait méconnaître certains volets du partenariat entre Madagascar et l’Union européenne. Car dans la convention de Lomé, puis dans l’accord de Cotonou, Madagascar avait signé des clauses se rapportant au respect des droits de l’homme, des principes démocratiques et de l’état de droit. Si le gouvernement malgache commettait des violations sur ces points, l’Union européenne pouvait rompre la coopération, suspendre l’aide et geler les fonds.

Il s’agit quand même là de valeurs authentiquement européennes et que l’Union européenne voudrait insuffler aux pays avec lesquels elle coopère. Dans sa récente résolution, l’entité européenne avait, par exemple, émis des réserves sur le projet de référendum constitutionnel, lequel  ressemblait à un stratagème pour reculer l’élection présidentielle de 2018 et prolonger le mandat du chef d’Etat en place. Il est vrai néanmoins que l’intervention amère de Hery Rajaonarimampianina était motivée par le dépit. Selon des rumeurs, qui ont du crédit auprès du palais d’Iavoloha, la résolution du Parlement européen est due en partie à un lobbying de l’ex-chef d’Etat Marc Ravalomanana. Ce dernier a effectué en novembre une tournée européenne et aurait à Bruxelles, siège de l’Union européenne, exhorté Louis Michel, ex-ministre belge des Affaires étrangères et actuel député européen, à agir en sa faveur. La résolution en effet prône une élection présidentielle de 2018 qui n’exclut personne. C’est-à-dire dans lesquelles figure Marc Ravalomanana que l’on voudrait éliminer en faisant valoir des verdicts prononcés après son renversement, c’est-à-dire des sentences conçues par le vainqueur à l’encontre du vaincu.

On ne sait si Marc Ravalomanana est effectivement à l’origine de cette résolution du Parlement européen. En tout cas, Hery Rajaonarimampianina aurait dû savoir que cette chambre est intervenue à plusieurs reprises dans les affaires internes de l’île, et ses « recommandations » furent à chaque fois appliquées. Au plus fort de la crise de 2009, par exemple, le Parlement européen avait préconisé l’application des accords de Maputo sur un partage du pouvoir avec les autres sensibilités politiques, et appelé à la mise en place d’un gouvernement de transition « inclusif et pluraliste ». Hery Rajaonarimampianina, qui a fait partie de ce gouvernement inclusif de 2009 à 2014, est bien placé pour savoir que ce Parlement européen exerce un réel ascendant, et qu’on fait bien de suivre ses « directives » si on ne veut pas encourir une rupture des relations avec l’Union européenne.

Anecdote : dans cette résolution de 2009 déjà citée, le Parlement européen a prôné l’application pleine et entière des sanctions de l’Union africaine sur les 109 « putschistes » malgaches. Il s’agit d’un groupe de personnalités proches du pouvoir Rajoelina qui refusaient d’ouvrir le pouvoir de transition aux autres entités, dans la perspective des élections. Parmi les 109 réprouvés figuraient… Hery Rajaonarimampianina, alors ministre des Finances. Pourquoi le Parlement européen ne serait-il pas méfiant et n’inciterait-il pas au respect des principes démocratiques ? Car comme en 2009, M. Rajaonarimampianina pourrait manœuvrer pour conserver indûment le pouvoir et écarter des élections ses adversaires les plus coriaces…

Adelson RAZAFY

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