La Gazette de la grande ile

Fonctionnaires fantômes : le parcours du combattant…

Publié le 28 décembre 2017

Pour apaiser les fonctionnaires, considérés indûment comme des fantômes et dont le salaire a été brutalement suspendu, Hery Rajaonarimampianina a donné à grand bruit l’ordre de redresser le tort avant le 31 décembre. C’est que, privés de ressources alors que leurs familles aspirent à fêter convenablement Noël et le Nouvel an, les quelques 8 000 victimes expriment leur grogne et haussent le ton. On en a vu certains, conduits par des syndicats, manifester hier devant le ministère des Finances à Antaninarenina, en agitant des pancartes. En tout cas, si les salaires ne sont pas rétablis dans les meilleurs délais, c’est-à-dire avant demain vendredi, des centrales syndicales comme le SSM menacent d’entraîner leurs membres dans une grève générale.

On craint que la « promesse » présidentielle ne puisse être tenue. Car pour rétablir (provisoirement) une solde suspendue, il faut un ensemble de démarches qui ne peut être réalisé en deux ou trois jours. Un enseignant du secondaire par exemple est d’abord tenu de solliciter auprès de son supérieur (le proviseur du lycée) un certificat administratif d’emploi et une attestation de travail. Avec ces deux pièces, il se rend à la Direction Régionale de l’Education nationale (ou Dren, située dans le chef-lieu de région) pour obtenir une note qui confirme les assurances du chef d’établissement. Après quoi, il accède aux différents services du ministère des Finances et du Budget (Solde, Ordonnancement, etc.) qui enquêtent sur sa situation avant de lui confectionner un bulletin de solde. Ce n’est qu’ensuite qu’il pourra se présenter au guichet du Trésor Public.

Mais il suffit qu’un élément de ce puzzle soit défaillant pour compromettre tout le processus. En effet, souvent en cette période de fin d’année, le chef d’établissement a quitté la localité pour passer les vacances en famille dans une autre localité. Si c’est le proviseur-adjoint, présent à son poste, qui signe l’attestation, le dossier pourrait être rejeté par la Dren ou le ministère des Finances. C’est la galère en tout cas pour les victimes de cette énorme bourde officielle. D’autant que privées de salaire et n’arrivant à joindre les deux bouts que difficilement, elles ne sauront comment faire pour financer les déplacements, vers le chef-lieu de région pour la Dren, et vers la capitale pour le ministère des Finances.  En tout cas, comme toujours sous ce régime, personne n’est responsable de cette erreur monumentale et personne ne démissionnera. Il en était déjà de même avec les neuf militaires récemment noyés à Ikongo, et qui ont été enterrés en catimini afin que des funérailles solennelles n’attirent les regards vers les vrais responsables : le président de la République, chef suprême des Armées et la hiérarchie de l’Armée, tous coupables de la négligence et de l’impréparation qui ont marqué l’envoi de ce détachement militaire dans l’Ikongo.

 

 

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