La Gazette de la grande ile

Transports aériens: Vers la remise en cause des lignes accordées par l’ACM ?

Publié le 29 décembre 2017

Coup dur pour l’ACM (Aviation Civile de Madagascar) qui a du suspendre l’autorisation d’exploitation accordée à Corsair sur la ligne Antananarivo-La Réunion. Certains de nos confrères parlent de crime de lèse-majesté en cette période d’open-sky dans lequel le pays s’est engouffré depuis peu. Mais quand on se souvient des vives critiques qu’a suscité l’octroi de cette licence, cette décision n’est vraiment pas une surprise.
Décidé en pleine phase de finalisation de l’accord entre Air Madagascar et Air Austral, l’octroi de la licence était considéré par  certains comme l’ultime manoeuvre pour saborder la reprise de la compagnie nationale aérienne par la compagnie réunionnaise. Des proches du pouvoir n’ont pas, en effet, caché leur préférence à Ethiopian Airlines dans le choix final du partenaire stratégique d’Air Madagascar. On ne sait pas si le DG de l’ACM, James Andrianalisoa, fait partie de ce clan, mais sa décision d’instituer une nouvelle concurrence non seulement à Air Madagascar, mais aussi au partenaire stratégique Air Austral qui est l’opérateur traditionnel de cette ligne, n’a pas fait l’unanimité.
En tout cas, cette décision de ne laisser la ligne Antananarivo-La Réunion qu’à Air Madagascar et Air Austral est la meilleure décision que ce régime ait jamais prise pour la compagnie aérienne pour laquelle l’Etat vient de payer la bagatelle de 88 millions de dollars. Destinée à payer les dettes d’Air Madagascar, cette somme colossale doit être aussi vue comme un investissement pour soutenir une compagnie nationale et, c’est dans l’objectif de soutenir l’investissement que le monopole est maintenu.
Par rapport à la lettre de politique nationale des transports aériens, la remise en question de la ligne à Corsair ne serait en fait qu’un retour à la conformité. En effet, selon la lettre, »le Gouvernement s’assure que le flux de touristes provient effectivement de nouveaux marchés et non d’une dilution du trafic en provenance de marchés déjà arrivés à maturation ». L’ACM n’avait donc pas à octroyer une nouvelle licence pour exploiter le marché réunionnais qui est déjà l’apanage d’Air Madagascar et d’Air Austral.
Dès lors, on se demande si les lignes exploitées par Kenya Airways, Turkish Airlines, Ethiopian Airlines et Air Seychelles devraient aussi faire l’objet d’une renégociation. Jusqu’à présent, ces compagnies desservent Antananarivo pour quasi-exclusivement des passagers en provenance ou pour Paris. N’est-ce pas ce que la lettre qualifie de dilution de trafic? Sous son DG canadien, M. Filliatréault, Air Madagascar s’était d’ailleurs plainte auprès de l’ACM de cette concurrence sans aucune réponse. Avec la nouvelle donne, la compagnie nationale sera-t-elle entendue?
Toujours est-il que cette remise en question n’aurait pas eu lieu si le DG de l’ACM ne s’était pas comporté comme le patron incontesté des transports aériens à Madagascar. Pourtant ancien DG d’Air Madagascar, il a octroyé les lignes comme si Air Madagascar n’existait plus. Pourtant, il devait savoir qu’en matière de transports aériens, les accords se basent sur la réciprocité et concrètement, les droits sont exploités par les compagnies des pays signataires qui s’arrangent entre elles au niveau tarifaire et de la fréquence, mais aussi des compensations pour respecter la réciprocité quand l’autre compagnie n’exploite pas la ligne ou n’effectue pas la même fréquence. Des sources concordantes confirment cependant qu’Air Madagascar n’a jamais été associée ni même consultée lors de l’autorisation accordée à ces compagnies. Ce qui confirme les rumeurs selon lesquelles soit les lignes ont été purement et simplement bradées, soit les compensations ont atterri dans les poches de quelques individus.

         Seule une révision de ces lignes par le gouvernement permettrait d’aplanir ces questions relatives à leur octroi étant entendu que le Bianco et le Samifin ne peuvent pas enquêter sur James Andrianalisoa dont la suspension de l’autorisation accordée à Corsair sur la ligne La Réunion (et nullement sur Paris sur laquelle Corsair continue d’opérer) n’est ni plus ni moins qu’un désaveu.

Sa

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