La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE: La sortie du tunnel de l’indifférence : c’est pour quand ?

Publié le 03 janvier 2018

Avec  cette véhémence de circonstance dont il a l’habitude, très mal placé pour jouer le donneur  de leçon, Marc Ravalomanana un délinquant notoire qui bénéficie  jusqu’à ce jour de l’impunité  de  fait a cru bon d’insister auprès des  autorités de la République pour qu’on mette  fin à cette  pratique  combien  déplorable de  l’application de la loi du  Talion et à l’insécurité en  général. Aucune personne  sensée ne  serait assez cruelle pour encourager ses propres concitoyens dans  cette voie de l’hystérie qui consiste à faire justice soi-même. Mais là où le prétendant à la succession  de  Hery Rajaonarimampianana fait preuve d’une malhonnêteté morale avérée, c’est lorsqu’il se prend pour un moralisateur alors  qu’en réalité, il a été le cerveau et l’initiateur principal de ces «haza lambo (chasses aux sangliers) ». En 2002 au lieu et place des  phacochères à tuer, des  réservistes recrutés par ses soins devaient  s’en prendre et massacrer les militants de l’Amiral Ratsiraka,  des militaires loyaux en mission officielle pour le rétablissement de l’ordre constitutionnel à Ambilomagodra et à l’entrée de Fianarantsoa…

Et si aujourd’hui, il lui arrive de discourir en public  et  devant les médias  sur la nécessité de ne pas s’ériger en justicier dans nos  campagnes c’est plutôt par crainte de devenir lui-même la cible de la colère des milieux qui  se souviennent de son immoral  tableau de chasse sur ces  évènements  difficiles à oublier pour les parents des victimes.  A noter que l’opinion n’est pas  du tout convaincu de ces séances  de repentir hypocrite et combien intéressé à  grand spectacle en vue d’arriver à on  ne sait  quelle réconciliation. Marc Ravalomanana et ses hommes de  main ont fait  beaucoup trop de mal  dans nos  campagnes qu’il ne suffit pas de prêcher la tolérance pour que les gens  oublient les  deuils, les  viols  et les pillages de soldats de fortune qu’il  avait envoyé dans  toute l’île pour détruire les poches  de résistances de ceux qui ont  récusé l’auto proclamation illégale de celui  qui  n’avait pas  eu le courage de faire face à un  second tour prévu par l’Accord de Dakar. La meilleure solution  pour lui  c’est de se constituer prisonnier dans n’importe quel établissement pénitencier et de se faire oublier pendant quelques  années au lieu de fanfaronner comme il fait. Parce que s’il continue ainsi, non  seulement il pourrait  risquer sa  peau, mais pire il met  en danger ses adhérents  qui se hasarderont à faire campagne en  sa faveur dans des  endroits où des pères, des fils et même des  amis qui ont perdu un  des leurs sous les balles de  « zanadambo » ces anciens détenus et autres anciens militaires qui avaient terrorisé nos  campagnes de l’an 2002 jusqu’à l’avènement de la révolution Orange. Si après la  fuite de Ravalomanana en  Afrique du  Sud, Chissano n’avait pas réussi à convaincre  Didier Ratsiraka en lui demandant de calmer les jeux et sa troupe en participant aux négociations pour ramener la paix  au pays, imaginez un peu le terrible et inévitable mouvement de  revanche qu’aurait pu subir les disciples du parti TIM de la part des vainqueurs de 2009. On avait ainsi  évité de justesse un bain de sang…

A l’heure actuelle, avec la proximité de la prochaine élection présidentielle les médias signalent «Marc Ravalomanana devrait être de la partie, tout comme Andry Rajoelina (…) Le constat négatif un véritable  handicap politique fondé sur des  faits réels est aussi  valable pour Andry Rajoelina… Il ne faut surtout pas que l’ancien président de la Transition s’imagine que les  opérations d’exécutions sommaires perpétrées (sous prétexte  de la  lutte contre Remenabila) sont déjà oubliées par les  habitants d’un territoire qui va de Betroka jusqu’aux confins de l’Androy et aux falaises de Begogo. Tout le pays Bara garde encore  en mémoire ces cruautés  et incendies des  villages  infligés à la population. Les mauvais souvenirs de ces  révélations médiatiques sur l’enrichissement illicite, les trafics  de  bois de rose et autres  combines  avec les  investisseurs  étrangers des dirigeants de la Transition ne jouent  guère en faveur de l’ancien  DJ. Comme  Mathieu Ait Lachkar dans un article de Libération, des observateurs affirment sans hésiter que   « C’est donc avec un bilan plus que mitigé que Marc Ravalomanana tentera de briguer un troisième mandat, face à celui qui l’a fait vaciller jadis et au président actuel, accusé de faire pression sur la justice. L’issue de cette élection semble compliquée tant elle implique des acteurs aux bilans troubles.». Déjà l’idée de reculer le calendrier des votes  a provoqué les contestations  que l’on sait. Il  semble bien  que contexte qui risque de prévaloir pour l’élection de  2018 devra rejoindre le chronogramme de CENI. «D’après cette entité œuvrant dans l’organisation des élections, celle de la présidentielle de 2018 se tiendra entre le 25 novembre 2018 et le 25 décembre 2018. Selon les textes régissant l’élection législative malagasy, mentionnés dans l’Article 40 de la constitution, l’élection présidentielle devrait être organisée soixante jours avant le quinquennat du Chef d’État au pouvoir, c’est-à-dire avant la date d’expiration du mandat actuel du Président. »  Mais dans quelles conditions  et en vertu de quelles couvertures législatives rassurantes ? Sinon… Pour toutes ces  raisons, les mêmes  sources révèlent que «Le climat de l’île est miné par des affaires de corruption dans l’entourage du Président » et les retombées négatives de ces «vols de bovidés de plus en plus fréquents, enlèvements, l’insécurité dans les zones rurales inquiète, surtout en cette période de fêtes de fin d’année. »  Même si dans les  communiqués  officiels le Premier Ministre assure que «10% du budget de l’Etat a été consacré à la lutte contre l’insécurité cette année. Des bataillons interarmées ont été déployés. (…)   En 2018, c’est 30 % du budget de l’Etat qui sera alloué à la lutte contre l’insécurité. » Inutile de se retrancher derrière les vindictes populaires,  qui  en fait, prouvent plus  que jamais que le régime n’est pas aussi crédible et  performant que les laudateurs du  HVM l’affirment. Et ce n’est pas la  distribution tardive en fin de mandat des paquets de charité aux sans  abris qui changera la donne et aidera le pays  tout entier à sortir de  ce tunnel de l’indifférence scandaleux  de la mauvaise gouvernance. La populace  n’est pas  aussi  dupe ou naïf. Les prétendants à la présidence ne manquent pas. Les mauvaises langues racontent à tort et à travers que cette fois-ci, on risque de voir un Chef d’Etat candidat se voir  défier par son propre Premier ministre. Il semblerait(le conditionnel est  de rigueur) que des groupes  de pression très influents et très solides financièrement seraient prêts à soutenir une candidature de  dernière  heure un Olivier Mahafaly (même limogé). Intox ou indiscrétion calculée ?…A noter que jusqu’ici le chef de gouvernement est à l’abri des poursuites pénales sur les tapageuses suspicions le concernant. A cause bien entendu de l’absence  d’une Haute Cour de Justice  qui n’est pas  toujours opérationnelle.

 

 

 

 

 

 

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