La Gazette de la grande ile

Passeports et permis biométriques: Gros scandale… caché !

Publié le 03 janvier 2018

Une affiche apposée au service de délivrance des passeports biométriques, à Anosy, indique ceci : le tarif pour la confection d’un passeport biométrique va bientôt passer à 190 000 ariary (soit 950 000 fmg) contre 180 000 auparavant. Comme dans toutes les décisions administratives, la mesure n’est assortie d’aucune explication. Mais comme le précédent tarif était déjà prohibitif, on ne peut s’empêcher de se poser des questions sur cette hausse. D’autant que le montant exigé pour la délivrance du passeport a connu une courbe exponentielle depuis la mise en service du biométrique en décembre 2014 (déjà sous l’actuel régime). Ainsi, le tarif appliqué au passeport ancien modèle était de 60 000 ariary, puis le basculement vers le biométrique a porté le montant à 110 000 ariary, puis le voilà actuellement à 190 000 ariary…

Il faut certainement relier cette hausse fulgurante au fait suivant : la société étrangère en charge de la délivrance de nos passeports biométriques, la Semlex (basée à Bruxelles, en Belgique), est connue d’abord pour sa rapacité. Ensuite pour les liens occultes avec les personnalités proches du pouvoir, assortis de versements de commissions particulièrement juteuses. Bref, l’augmentation constante mais inexpliquée du tarif du passeport biométrique est certainement en rapport avec l’esprit HVM, c’est-à-dire l’appât du gain qui anime les gros bonnets du régime.

En tout cas, en raison de scandales relatifs aux activités de Semlex en République Démocratique du Congo et aux Comores, la justice belge diligente une enquête pour y voir clair. Signalons que cette société belge, se disant spécialiste du traitement du système d’identification biométrique, agit dans une dizaine de pays d’Afrique. Elle a fourni à l’origine des passeports biométriques, puis a étendu sa prestation à une large gamme de documents biométriques, dont le permis de conduire, la carte d’identité, la carte de résident, etc. Chez nous ces derniers mois, l’obligation du biométrique a aussi touché la carte de séjour des étrangers, le permis de conduire et la carte grise des véhicules. Comme la délivrance des passeports biométriques à Anosy, la remise de ces divers documents est perturbée par de fréquentes suspensions. Le motif annoncé officiellement est la panne de la machine qui sert à la saisie des données numériques (photo d’identité et empreintes digitales surtout). En fait, après investigation, les coupures sont surtout dues au non paiement des sommes qui reviennent à Semlex.

Les indices concernant la prestation de cette société en RD Congo et aux Comores sont aussi valables pour Madagascar. Selon les enquêtes, Semlex envoie des émissaires pour pénétrer les cercles proches du pouvoir et négocier des contrats sur la fourniture de documents biométriques d’après la formule « de gré à gré ». Une part des recettes est remise à Semlex, mais une autre part atterrit dans les poches des intervenants locaux, généralement des barons du régime. Cette société belge est pointée du doigt en raison du tarif particulièrement élevé qu’elle applique, mais aussi de certaines cessions occultes de documents qu’elle réalise (avec la complicité de gros bonnets locaux) en tirant parti de sa position de monopole. Elle cèderait ainsi un passeport à un prix allant jusqu’à 100 000 dollars à des étrangers, surtout à des ressortissants des pays du Golfe ou ceux de Hong Kong. Ce qui équivaut à Madagascar à octroyer la nationalité malgache moyennant…

Le parquet fédéral de Belgique conduit déjà des enquêtes sur les activités de Semlex qui « portent préjudice aux Etats et aux peuples d’Afrique ». Pendant ce temps, que font les autorités malgaches ? Rien, car ce sont elles qui animent les arnaques liées à tout ce qui est biométrique. Et les voyageurs qui récriminent contre le prix exorbitant des passeports, c’est la police qui pourrait les… embarquer.

      Adelson RAZAFY

 

 

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