La Gazette de la grande ile

Chronique: Bilan pré-électoral et effervescences de fin de règne

Publié le 04 janvier 2018

Pour beaucoup de personnalités à la solde du  régime en place, il serait encore trop tôt de  dresser un aperçu ne serait-ce que succinct d’un mandat mal parti à cause de plusieurs ratages,  couacs  et scandaleux évènements pas très flatteurs pour des dirigeants censés oeuvrer pour le bonheur de tout un peuple. Déjà le sang de quelques  enfants innocents, versé par on ne sait quels ignobles sacrificateurs le soir même de l’investiture du nouveau président de la 4ème République n’était pas un bon présage. Attentat qui « n’a pas été revendiqué » et qu’une dépêche d’agence de Reuters rapporte comme suit Samedi, en début de soirée, une grenade a explosé devant un abribus dans le centre d’Antananarivo, à 200 mètres environ du stade où avait lieu le matin même l’investiture du nouveau président malgache, Hery Rajaonarimampianina. »  Depuis ce jour, des faits troublants ont marqué le parcours de ce nouvel homme et selon  des constats récents des  experts de DIAL/IRD« Une certitude ressort : les élections de 2013, qui ont porté Hery Rajaonarimampianina au pouvoir, n’ont rien changé à « la donne structurelle de l’équation malgache. Le déclenchement d’une nouvelle crise peut intervenir à tout moment ». Plusieurs explications peuvent être avancées sur cette situation.

D’abord, il y avait ce contexte originel de l’arrivée de ce président à la tête de l’Etat. Propulsé dans la cour des  grands par des concours de circonstances qui ne l’avaient pas permis de constituer le socle d’une base solide pour l’ambition qu’il  avait, il était obligé de composer avec des  acteurs politiques sans envergure plutôt que de subir la domination de la machine électorale TGV dirigée par Andry Rajoelina. En  écartant de son système celui qui a été le président de la Transition, il  a scié la branche sur laquelle il  était assis. Pour assurer un certain équilibre, mais instable et surtout à géométrie variable, le président qui n’avait aucun parlementaire élu sous la  bannière de son parti, coup sur  coup passera outre les  exigences  de la Constitution pour chasser l’ensemble du Bureau Permanent de l’Assemblée Nationale sans oublier de se doter trois fois de suite d’un Chef de gouvernement contesté jusqu’à ce jour par une opposition minoritaire et surtout disparate. Dans la foulée, bousculé par les  réalités politiciennes nées d’une mauvaise gouvernance, il n’a pas su  se  débarrasser des  tares perverses de la Transition (trafics en tous  genres, penchant affirmé de l’entourage du président pour les  combines  sordides, instrumentalisations de la justice et utilisations abusives  des prérogatives  étatiques dans  des pratiques  financières punissables par la loi). La mise en accusation auprès de la Haute Cour Constitutionnelle évitée de  justesse grâce à la complaisance d’un pacte de responsabilité puisé dans on ne sait quelle panoplie juridique, aura marqué le summum de la compromission de toutes les institutions au profit de l’Exécutif. Dans plusieurs secteurs  de la vie  nationale, les  dénonciations des divers  observateurs relatent  et confirment l’absence  d’un  Etat de Droit. Ils  sont unanimes pour  affirmer  que « la vie de la nation en de nombreux domaines s’enfonce de plus en plus dans des difficultés énormes.» Des étrangers dominent l’exploitation de nos richesses minières. Ils savent s’y prendre,  connaissant trop  bien les faiblesses de nos  décideurs. Nous ne pouvons plus jouir de nos biens et des produits de nos terres. Les étrangers disposent de nos ressources grâce aux responsables en parfaite intelligence avec eux à partir d’accords obscurs signés loin des yeux du peuple en terre étrangère. Ils  profitent ainsi d’avantages personnels secrets moyennant facilitations des démarches des envahisseurs étrangers. Les beaux discours bien  agrémentés ne suffisent pas…

Comme s’ils  ne tiennent pas compte de cette  précarité de l’existence de la population, les  responsables à tous  les  niveaux sont plus préoccupés d’assurer la base de la pérennisation de leurs privilèges. Ils sont obsédés par la recherche d’une longévité politique pour la continuité de l’état de domination injuste et clientéliste qu’ils exercent sur les  administrés. Aux  dernières  nouvelles, l’insistance tactique pour la mise  en chantier des  textes  de lois destinés à dominer le paysage électoral reste et  demeure. On a bien entendu  mis en sourdine la fracassante  tentation  référendaire en vue  de contourner les  risques  d’une période  d’intérim  qui ne  s’annonce pas  de  tout  repos  dans les  contexte actuel. Mais  toujours  est-il que le système  ne désarme pas  encore  et semble toujours  chercher les  voies  et moyens pour aboutir à une  réélection peu probable du candidat  sortant, malgré une permanente campagne de propagande  déguisée  sous  des cérémonies  officielles  qui ne  trompent personne. Les barons  du  parti  HVM  ne  ratent aucune  occasion pour  faire  comprendre à tous les responsables des  collectivités élus et fonctionnaires que le  rouleau compresseur  est  en marche et  c’est tant pis pour les réticents et les indécis. Il faut reconnaître qu’ils  ne sont pas les  seuls à se lancer d’ores  et  déjà dans des opérations de  séduction en vue de lancer  les  candidats de leurs obédiences. Mais à ce petit  jeu, les hommes  du pouvoir ont une  longueur  d’avance et le poids convaincant des cartons de billets de banque. La majorité parlementaire prompte à la soumission avec leur colonne vertébrale genre macaroni trop cuit n’attend que l’occasion pour s’aligner derrière les  habituels corrupteurs. Finalement, nous  sommes  tous bien obligés de  reconnaître que « Si on réfléchit sur toutes ces réalités, on s’aperçoit que c’est le bien commun de la nation qui est bafoué à l’heure actuelle. L’amour effréné de l’argent en est la cause, si bien que la vie sociale est devenue une véritable anarchie. Le peuple est excédé. » Nous n’arrêterons de l’affirmer, ce n’est pas  cette distribution de vivres chez les sans-abri et les nécessiteux  des tunnels  et  autres refuges pour les pauvres gens, qui règlera les problèmes de Madagascar, mais la détermination  d’un véritable  homme d’Etat.  En  chœur  avec les  évêques de Madagascar « Nous encourageons tout le peuple pour qu’il ne baisse pas les bras, mais qu’au contraire il reste solidaire et qu’il n’accepte pas d’être manipulé pour provoquer des troubles et conquérir le pouvoir. »

 

 

 

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