La Gazette de la grande ile

Hery Rajaonarimapianina: Candidat d’Etat en 2018 !

Publié le 04 janvier 2018

C’est maintenant officiel : Hery Rajaonarimapianina sera le candidat d’Etat en 2018. Une voix autorisée l’a annoncé hier sans aucune ambiguïté, celle du Premier ministre Mahafaly Olivier. Recevant alors les vœux des ministres au palais de Mahazoarivo, voici les propos du chef du gouvernement : « Je vous l’annonce sans l’ombre d’un doute : le président Hery Rajaonarimampianina sera candidat à sa propre succession en 2018 ».

Ce candidat d’Etat va bénéficier du soutien des ministres, même si le code électoral interdit l’intervention des « fonctionnaires d’autorité » dans la campagne électorale. Le Premier ministre, en effet, a continué avec la déclaration suivante : « Nous tous ici, nous devons ensemble soutenir le chef de l’Etat ». Comme c’est l’exécutif qui dresse la liste officielle des «fonctionnaires d’autorité », il est sûr déjà que les ministres ne figureront pas dans la nomenclature, de même certainement que les chefs de région, les préfets et les sous-préfets. Ceux-ci vont donc user de leur ascendant pour agir auprès de leurs administrés et les inciter à « bien » voter en 2018… Bref, avec le support de tous les chefs de l’administration, à commencer par le Premier ministre, Hery Rajaonarimampianina mérite plus que jamais le titre de candidat d’Etat ! Notons d’ailleurs que depuis deux semaines déjà, ces ténors de l’administration agissent en faveur du candidat d’Etat en procédant à la distribution de riz, d’huile et de sucre à l’intention des miséreux, des personnes âgées ou des handicapés.

Ainsi, à Toamasina, le chef de région, Talata Michel, flanqué du préfet et du sous-préfet, a remis ces produits en spécifiant bien qu’il s’agit de dotations émanant du président Rajaonarimampianina. Bien avant de démarrer officiellement donc, la campagne illicite du candidat d’Etat a déjà atteint sa vitesse de croisière…

En fait, bien avant l’annonce du Premier ministre, Mahafaly Olivier, on savait que Hery Rajaonarimampianina allait entrer en lice en 2018. Au contact des dictateurs africains qu’il fréquente dans les sommets de l’Union africaine, de la SADC ou des Nations Unies, M. Rajaonarimampianina est devenu accro au pouvoir. A l’instar de ses pairs africains, l’homme manœuvre de diverses manières pour perdurer au pouvoir. On le voit bien actuellement dans sa volonté d’éliminer de la Constitution les clauses qui s’opposent à une réélection aisée en 2018. Citons, pour seul exemple, son vœu de modifier l’article qui oblige le chef d’Etat en place qui se porte candidat à démissionner soixante jours avant le scrutin. Cette disposition a été insérée en 1993 dans la Constitution pour prévenir les abus du chef d’Etat en période d’élection, flagrants sous la Révolution socialiste. Car le candidat d’Etat  use de son pouvoir pour influencer les instances en charge des élections mais aussi les électeurs en général. Depuis 1993, Hery Rajaonarimampianina est le tout premier chef d’Etat candidat à tripoter à son avantage cette clause. Ceux avant lui ont peut-être  aussi été tentés de remanier cette clause un peu trop restrictive, mais aucun n’a osé franchir le pas.

Poussé par un solide appétit de pouvoir mais aussi par un entourage de prédateurs qui a intérêt à le voir maintenu à son poste, Hery Rajaonarimampianina est le premier à braver l’opinion et à se hasarder à réformer cette disposition de la Constitution. Ceci en dit long sur l’absence de scrupules de l’homme, prêt à tout pour conserver son poste et pour en jouir de tous les avantages liés à la fonction. Voici d’ailleurs les propos tenus hier à ce sujet par le Premier ministre : « Nous pouvons faire valoir beaucoup d’acquis, et nous avons fait beaucoup de sacrifices. Dès lors, pourquoi allons-nous laisser les autres occuper notre place ? ». Comme pour dire d’ailleurs que le candidat d’Etat est sans faute promis à la victoire, Mahafaly Olivier a énuméré ainsi les facteurs qui le rendent si sûr de lui : « Nous sommes déjà au pouvoir, nous avons pour cette raison de l’avance, nous avons aussi du financement… ».

Tiens tiens… Cette histoire de financement intrigue. Où le candidat d’Etat va-t-il se constituer son trésor de guerre ? Réponse : son filon, il va certainement le trouver en creusant du côté des… caisses publiques.

                  Adelson RAZAFY

 

 

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