La Gazette de la grande ile

Lutte contre la peste: Une participation de la Banque africaine attendue

Publié le 04 janvier 2018

Madagascar compte parmi les pays les plus pauvres d’Afrique Sub-saharienne. La pauvreté et l’extrême pauvreté touchent respectivement 71,7% et 52,7% de la population, par rapport aux seuils nationaux de 1,5 $ par jour, avec des inégalités sociales et de revenus très fortes. L’ampleur de la pauvreté atteint 92% de la population sur la base du seuil de 2 dollars par jour. La sortie de la crise socio-politique interne, qui a débuté en 2009, a été marquée par l’élection d’un Président de la République qui a pris fonction en janvier 2014, suivi par la mise en place du Gouvernement en avril 2014. Le retour à la stabilité constitutionnelle n’a malheureusement pas changé la situation sociale qui reste caractérisée par une très faible utilisation des services de la santé, associée à une faible disponibilité des offres de services de qualité, ce qui ne permettra pas à Madagascar d’atteindre les Objectifs Développement Durable (ODD), avec un effet dévastateur sur la majorité des pauvres (taux de mortalité maternelle à 498 pour 100.000, taux de mortalité infantile à 65 pour 1.000).

Dans ce sens, et en attendant la finalisation et la mise en place d’un nouveau Plan de Développement Sectoriel Santé (PDSS) pour la période 2015-2018, un plan intérimaire de la santé (PIS 2013-2014) a été mis en place pour permettre de répondre aux urgences auxquelles étaient confrontées le pays dans le domaine de la santé, et sur lequel toutes les interventions sont alignées.

Par ailleurs, les données de la Banque africaine de développement font état, entre autres, que les autorités administratives déconcentrées ne sont pas en mesure d’organiser une collecte efficace des déchets, de les traiter de manière sécurisée et d’assurer l’assainissement tant des foyers que des lieux publics. De plus, la paupérisation croissante de la population a fortement réduit la capacité de celle-ci à faire face aux dépenses de santé. La conjugaison de tous ces facteurs a inexorablement conduit à la résurgence de l’épidémie de Peste pulmonaire.

Et la Banque de rappeler qu’une flambée épidémique importante de peste pulmonaire a frappé Madagascar depuis le début du mois d’août 2017, signant une reprise prématurée de la saison de transmission de cette maladie, endémique sur les hautes terres du pays. La peste pulmonaire est fortement transmissible (d’une personne à l’autre) et en l’absence d’un traitement peut être rapidement mortelle. Du 1er août au 10 novembre 2017, 2119 cas suspects/probables/confirmés de peste – principalement à forme pulmonaire – dont 171 mortels (taux de létalité de 8,1 %), ont été notifiés par 55 districts sanitaires de 16 régions. Si la peste est endémique à Madagascar, la flambée de cette année a comme particularité d’avoir touché des centres urbains densément peuplés et s’est étendue à des régions non endémiques et qui ne sont pas habituées à affronter la maladie. Les autorités locales et nationales ont été rapidement surchargées nécessitant une riposte urgente de santé publique fortement appuyée par une assistance internationale (OMS et autres partenaires). Il est vrai qu’une tendance à la baisse de l’épidémie s’est amorcée depuis quatre semaines  mais la vigilance reste de mise d’autant plus que la saison de transmission de la maladie court jusqu’à la fin du mois d’avril dans les zones d’endémie des hautes terres. Cette année, les cas de peste bubonique sont beaucoup plus nombreux et plus fortement disséminés qu’auparavant, risquant à tout moment de faire ré-émerger des flambées de peste pulmonaire si non ou mal pris en charge. De plus, l’intensité de l’épidémie a prématurément épuisé les ressources habituelles du pays pour couvrir le reste de la saison.

Un total de 13 011 585 personnes pourrait être affecté par cette endémo-épidémie qui menace le pays jusqu’au mois d’avril. En effet, la saison pesteuse dure de septembre à avril à Madagascar liée aux facteurs climatiques. Une moyenne annuelle de 400 cas de peste est notifiée dans le pays. Malgré les mesures en vigueur des programmes nationaux (préventives de pré-positionnement des médicaments et d’insecticides; vivres), la population affectée dont les conditions de vie sont déjà très modestes, est de plus confrontée à des difficultés insurmontables pour accéder aux services existants. Le besoin total d’urgence (à court terme) est estimé à environ 10 452 119 USD pour l’acquisition et la distribution de produits de santé et la mise en œuvre des activités de surveillance, de prévention, de mobilisation communautaire ainsi que le renforcement en ressources humaines additionnelles. La contribution attendue du Groupe de la Banque pour le financement de l’opération sous forme de don humanitaire d’urgence s’élève à 1 000 000 USD net d’impôts, à prélever sur le Fonds Spécial de Secours (FSS). Le don servira à compléter les financements apportés par le Gouvernement, la Banque Mondiale, l’OMS, l’UNICEF et les autres partenaires.

 

 

 

 

 

 

 

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