La Gazette de la grande ile

Hery Rajaonarimampianina: Gouverner c’est décevoir, et peine perdue pour la nation malgache

Publié le 06 janvier 2018

Un proverbe malgache dit: «Herim-po very maina toy ny akoholahy antitra nanenjika akoho vavy vao tanora ka ny raha tsy azo moa ny tena misoháka sempotra». La traduction littérale est : peine perdue pour un vieux coq du village poursuivant une poule encore assez jeune, et qui revient bredouille mais complètement essoufflé.

Les deux dernières actions du président Hery Rajaonari-

mampianina illustrent parfaitement cet adage. La première a eu lieu, le 29 décembre 2017, au lieu-dit «La Réunion kely», à Antananarivo où des travaux d’assainissement ont été effectués très peu de temps auparavant. Il a été accompagné de son épouse, Voahangy, qui n’a toujours pas de nom de jeune fille annoncé. Est-ce ma faute? Passons. Il paraît que ces «travaux s’inscrivent dans le cadre d’une initiative d’envergure pour faire face à la montée des eaux en cette saison des pluies». Et pompeusement, le communiqué officiel a annoncé, hormis la remise de vivres pour ne pas mourir tôt, que «matériellement, outre la mise en place prochaine de bacs à ordures, 100 tentes vont être distribuées par le BNGRC pour un millier de personnes, réparties en 198 ménages». Déjà, donc, à cette date, aucune tente n’a été envoyée en ce lieu dans le cadre de cette «promesse présidentielle, à défaut d’être providentielle. Mais cela signifie surtout que le président Hery vaovao n’a aucune autre solution pour ces damnés de la terre que de les fixer durablement en cet endroit des plus insalubres de la Capitale de Madagascar. Et avec un sang-froid sans égal, il a osé parler de «l’amélioration des conditions de vie de la population de La Réunion kely». Effectivement, ce sont les terrains domaniaux qui manquent cruellement pour les y réimplanter… Car revendus par des membres de sa cour de miraculés sans aucune conception (Vous ignorez l’Immaculée conception?)…

La seconde action a eu lieu dans d’autres quartiers «pas possibles» à savoir les deux tunnels que la ville d’Antananarivo compte, le 30 décembre 2017. Voici comment le communiqué officiel décrit cette seconde action: «Pour le Président de la république, il s’agissait d’aller vers les plus démunis, pour leur témoigner de son souci d’œuvrer en faveur des plus vulnérables et leur délivrer un message d’espoir, mais aussi pour leur remettre de l’aide en cette fête de fin d’année». La majorité des Malgaches auraient applaudi si c’était le 30 décembre 2014. Hélas, il est descendu en ces lieux après quatre ans d’un pouvoir décevant et, dans ce laps de temps, aucun ministre des trois gouvernements sous trois Premiers ministres (Kolo Roger, Jean Ravelonarivo, Mahafaly Olivier) n’a jamais pris ce genre d’initiative, même si elle est plus populiste que durablement efficace. Par ailleurs, Antananarivo, ce n’est pas Madagascar. A moins qu’il n’y ait effectivement aucun pauvre dans les cinq autres provinces du pays. Qui sait? Gouverner, dit-on, c’est prévoir. Ah bon? Personne ne lui a donc dit que le premier cyclone de la saison 2017-2018 était déjà à nos portes, lors de ces deux actions qui sont donc devenues des peines perdues?

En effet, l’entrée du cyclone tropical Ava à Madagascar, hier 5 janvier 2018, à partir de Foulpointe, a annihilé toutes les bonnes intentions de part et d’autre. Ce qui était tout à fait prévisible, car ce n’est pas lors d’une tempête annoncée au préalable qu’on va aller à la pêche au rouget, n’est-ce pas? Le plus malheureux dans cela est que tous les socialement défavorisés que le filoha a rencontré dans ces quartiers délaissés par les autorités depuis belle lurette, vont être considérés comme étant des victimes du cyclone Ava et des suivants, car nous n’en sommes qu’à la lettre A. Quid alors des tentes «présidentielles» promises et celles propres au BNGRC via des bienfaiteurs? Encore un énorme bordel saupoudré de scandales -genre dons venus de Dubaï jamais distribués aux bénéficiaires-, en perspective…  Mais ne nous perdons pas en chemin et revenons à la manière de gouverner du régime Hvm dirigé par l’imminent (à ne pas confondre avec éminent) ex-président Hery vaovao (oui, car 2018 est la dernière année de son mandat). Quoi, je divague. Si Rivo Rakotovao, président «miraculeux» du Sénat mais aussi président national du parti Hvm, ne triche pas, malgré son beau discours à Iavoloha, hier, Hery Martial Rajaonarimampianina Rakotoarimanana n’a aucune chance de passer au second tour s’il se présente. Car, il n’a toujours rien dit à son sujet sur ce sujet hier au Palais.

En l’ayant vu et écouté en direct, durant sa prestation en malgache, lors de la présentation de vœux des corps constitués, il est clair que ce candidat n°3 de 2013, au pouvoir depuis janvier 2014, donc depuis 4 ans plein, est (déjà) un homme du passé qui entend que se poursuive la paupérisation en règle du pays tout entier. Parce que tout ce qu’il a débité n’est qu’un tissu de mensonges, mais savamment alignés dans des rapports très éloignés des réalités qui prévalent et qu’il a débité. Mais qui diable sont donc ces personnages que le trompent depuis son plagiat de Nicolas Sarkozy, poignée de personnages à qui, pourtant, il a une confiance aveugle au point de l’être lui-même? Face à toutes ses belles énumérations et sa démonstration pour faire croire que la faute revient à tous  ses prédécesseurs élus ou non (Tsiranana, Ramanantsoa, Ratsimandrava, Andriamahazo, Ratsiraka, Zafy, Ratsirahonana, Ratsiraka, Ravalomanana, Rajoelina) en 50 ans, je n’ai qu’une seule démarche et elle est implacable. Si Madagascar a fait des progrès depuis qu’il est au pouvoir (selon lui, le taux de pauvreté de 92% est passé à 70% actuellement), comment se fait-il que Madagascar est devenu le 5ème pays le plus pauvre du monde alors qu’il était à la 9ème place en 2013? Hery Rajaonarimampianina et tous ses sbires Hvm oseront-ils contredire cette vérité de chiffres émanant de la Banque mondiale? Dès lors, vous vous demandez toujours, amis lecteurs, d’où vient la pratique de la désinformation et de l’intox?

Pour ce qui est de sa prestation en français, elle m’a convaincu de manière définitive que, malgré tous ses efforts, il ne sera jamais l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Car son discours a été un gros sac -pas à malices du tout-, d’où il a sorti tout ce qui lui est passé par la tête. Comme s’il a été conçu pour qu’il puisse vider tout ce qu’il a sur le cœur, en passant du coq à l’âne avec des mots pseudo-savants qui ont sonné très creux. En un mot, ce discours s’est apparenté à un long discours (29 mn 35s) d’adieu agrémenté de quelques fanfaronnades verbales assez puériles et ponctuées de sursauts… d’orgueil et une pique indirecte à Andry Rajoelina, son patron durant toute la période de transition («Certains ont été à la plus haute marche de l’Etat», dans le cadre de «forces hostiles à la nation»). Pourquoi ces autres paroles déplacées alors qu’il venait de prôner la tolérance. Bizarre, hein ?… Bonne nouvelle en tout cas les gars: le filoha Hery vaovao roule pour la liberté d’expression et a rappelé qu’il est copain avec les journalistes, «mais dans le respect des lois en vigueur». Ici, l’évidence est : plus d’emprisonnement pour délit de presse. Voilà qui va mettre le ministre Rolly Mercia très mal à l’aise. En tout cas, madagate.org ayant été invité à Iavoloha hier, je me demande quel artifice il va utiliser pour m’empêcher d’avoir la prochaine carte de presse. Je sors du sujet? Mais non, au contraire, je suis en plein dedans, car la peine perdue concerne tout autant la gouvernance Hvm dans son ensemble que celle du ministre de la Communication qui commence à perdre les pédales, après avoir déjà un peu perdu de sa verve. Ce qui est très décevant également. Non? Qui doit-on plaindre dans toute cette histoire où plus on est de fous, plus on rit…

Jeannot Ramambazafy

 

 

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