La Gazette de la grande ile

EDITO: Je suis de ce pays…

Publié le 08 janvier 2018

Je suis de ce beau pays qu’est Madagascar où les touristes reviennent une fois qu’ils ont bu l’eau du Manangareza, où un certain nombre d’expatriés s’installent une fois leur contrat d’expatriation terminé et trouvent d’autres contrats et d’autres investissements pour pouvoir rester à Madagascar. Je suis de ce pays où beaucoup disent que la population est accueillante, chaleureuse, souriante… Et pourtant, je suis de ce pays où il y a tellement de choses qui me dépassent si bien que parfois j’ai envie de quitter ce pays comme beaucoup l’ont fait parce que j’ai cessé d’espérer.

Quand j’apprends qu’un sniper arrive à s’évader entre la prison et une visite à l’hôpital, que certains volent les ossements des personnes dont certaines étaient mortes à l’étranger, mais il est inconcevable que la dépouille ne soit pas rapatriée vers la terre des ancêtres, que les attaques à main armée font partie des faits divers dans les quotidiens, que l’on ne se déplace plus pour les condoléances et le nouvel an parce que les Rip sur Facebook et une bonne année sur les réseaux sociaux suffisent, que les cadets ne vont plus présenter les vœux aux aînés comme s’ils sont arrivés là par le miracle du Saint Esprit, que plusieurs de mes compatriotes ne font plus qu’un repas par jour mais que les détenteurs de pouvoir et ceux qui ont un minimum de pouvoir ne peuvent pas se passer de leurs 4×4, de leurs indemnités, de leur crédit de téléphone qui leur permet d’appeler 24h/24h à l’autre bout de la planète…quand je vois tout ça tous les jours, je me dis que soit je ne vois pas la même chose que les autres, mais je finis par envier ceux qui ont choisi de s’installer ailleurs…ce qui ne les empêche pas d’aimer leur pays, d’aimer Madagascar.

Le seul reproche que je leur ferai par contre c’est lorsque de là-bas où ils se trouvent, ils prétendent détenir la solution pour le pays, ils se posent en donneurs de leçons, parce que certains croient être dotés d’une plus grande intelligence que ceux qui sont restés au pays.

Je suis de ce pays où je me demande ce qui se passera encore cette année électorale ! Aura-t-on des velléités de premier tour dia vita, des recomptages de voix avec descente dans les rues, des élections véritablement crédibles et transparentes? Ce dont on a la certitude est que ceux qui fuient le pays après l’avoir dirigé seront de retour et diront qu’ils aiment ce pays profondément et ceux qui perdront aux élections vont choisir la voie de l’exil comme toujours.

Je suis de ce pays où tous les espoirs sont permis pour certains et où plus aucun espoir n’est permis pour d’autres !

Anais T.

 

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