La Gazette de la grande ile

sentinelle: Zébus et porcs … comment allez-vous ?

Publié le 09 janvier 2018

Les festivités ont désormais pris fin. Les nantis de la population malgache ont pu se goinfrer comme ils le voulaient. Les victuailles de toutes sortes ont défilé sur les tables en faisant oublier momentanément tous les problèmes générés par la pauvreté ambiante du pays. Ce mois de janvier verra la reprise des activités impliquant tous les travailleurs et les étudiants du plus petit au plus grand. Malgré toutes les appréhensions que j’ai gardées pour moi afin de ne pas être taxé de rabat-joie, j’ai omis de rappeler nos problèmes actuels concernant les viandes de zébu et de porc. Hormis l’explosion des prix appliqués par les éleveurs à la veille des fêtes et ce depuis toujours, je me dois de rappeler ici les pratiques qui tournent autour de ces deux viandes prisées par la population malgache.

En tant que lanceur d’alerte, nous avons déjà interpellé le gouvernement sur nos craintes et angoisses actuelles sur la viande de zébu. Il fut un temps dans les médias, on a vu des déclarations du Ministère de l’Elevage sur notre cheptel bovin concernant son exportation vers la Chine et les Comores. La célérité apportée par le gouvernement par ses explications qui est loin de son habituel mode opératoire, a créé chez nous un climat de suspicion. L’enrichissement illicite de certains membres du pouvoir officiant dans ce milieu, nous incite à  nous interroger sur ce qui se passe réellement dans ce domaine précis. Effectivement, bon nombre de gens impliqués dans ce milieu commercial se plaignent sur la difficulté actuelle à trouver de la viande de zébu pour garnir les étals de nos bouchers, et imputent cet état de fait aux exportations sauvages que l’on pratique en haut lieu vers ces pays susnommés. Les exportateurs chinois et comoriens questionnés sur ces derniers, dédaigneusement répondaient à qui veut l’entendre que si la viande de zébu  vient à disparaître de nos boucheries, ou si encore les Malgaches ne peut plus se permettre de consommer de la viande de zébu vu leur cherté (à l’instar de ce qui se passe sur les crevettes, les crabes et vanille réservés à l’exportation), ils n’ont qu’à se rabattre sur la consommation de volailles et de porcs qui sont encore à la portée de leur bourse (sic). Sur ces réponses cinglantes et non diplomatiques car dépourvues d’empathie  données par des exportateurs étrangers véreux, on se doit de répondre à ces provocations d’une manière agressive, non seulement à ces derniers mais surtout à nos dirigeants qui ont permis à ces malotrus de se comporter comme dans un pays conquis. On est en droit d’interpeller les deux chambres de l’hémicycle ainsi qu’au gouvernement de se pencher sur ce problème qui dans quelques temps deviendra crucial pour les Malgaches si des mesures d’accompagnement ne sont pas prises à temps. Pour pérenniser cet accord commercial existant, il nous faut avoir une approche différente capable  d’assurer la cohérence d’une chaîne d’actions aboutissant à la sauvegarde, non seulement du cheptel bovin mais aussi à l’équilibre de sa commercialisation intérieure et extérieure. Ce milieu prisé par les « dahalo » (bandes armées de voleurs de zébus ou autres, sévissant dans le milieu rural)  de toutes sortes est d’une sensibilité avérée à cause de son implication dans la vie sociale malgache. En effet, les tueries colportées dans les journaux ont pour origine les vols de zébus de plusieurs dizaines, des centaines et même des milliers de bêtes qui ont cours jusqu’à nos jours dans le grand sud. Les habitants de ces régions font dans la plupart du temps de l’élevage contemplatif, et subissent de plein fouet les attaques des dahalo qui, munis de faux papiers, s’en allaient blanchir leur butin pour ensuite les exporter. D’autres cas de figures peuvent aussi être envisageables mais le fait est là, si on se réfère sur les déclarations d’un technicien du Ministère de l’élevage lues dans le journal de « l’Express de Madagascar » du 1er octobre 2015, article intitulé : Poursuite de l’exportation de viande de zébu, et dont la teneur  affirme que notre filière d’exportation de viande bovine avec la Chine et Mayotte doit  continuer à  être honorée par l’envoi de 400 à 500 têtes par jour vers les contrées suscitées. A part cela, 500 autres têtes de zébus par jour seront réservées pour la consommation locale, dont 400 pour Antananarivo. En résumant l’état actuel des choses, 365 000 têtes de zébus par année seront consommées alors on se demande combien de temps encore allons-nous tenir avant que notre cheptel bovin ne soit complètement décimé ? Pour juguler définitivement cette hémorragie, Il nous faut temporairement prendre des mesures draconiennes en arrêtant l’exportation de la viande de zébu qui est la cause profonde de ces vols suivis de meurtres qui se produisent sans discontinuité à Madagascar. Le repeuplement de notre cheptel bovin doit être priorisé par la mise en pratique d’une politique tenant compte de la demande interne et externe au pays. La restructuration dans la modernisation de la filière bovine doit se faire le plus vite possible car elle est cruciale pour les petits consommateurs malgaches friands de cette viande garnissant nos mets traditionnels. Il nous faut maintenant convaincre les éleveurs à changer et opter pour une nouvelle approche beaucoup plus rationnelle et contrôlée, incitant la création de ranchs multifonctions et permettant ainsi de pratiquer l’élevage bovin dans des infrastructures closes. Cette suggestion est d’abord pour la démultiplication des naissances, ensuite pour l’amélioration de la race afin qu’elle soit plus résistante, plus forte  et plus volumineuse. Des aires de repos doivent être érigées pour engraisser et choyer les zébus avant leur abattage. Cela est nécessaire car avant leur arrivée à l’abattoir, certaines bêtes ont fait une trotte de centaines de kilomètres qui les ont certainement amaigries. Pour ces visées, Il faudra reprendre les essais d’installation de ranchs comme en 1972 et dont le suivi n’a pas eu lieu à cause de la révolution estudiantine qui s’était muée en révolution tout court.

Quant aux porcs dont la viande est très appréciée par les Malgaches d’obédience chrétienne (majoritaire à Madagascar), il fut un temps où la cysticercose y était présente, où en est-on actuellement ? On a encore vu récemment des vers dans le gras de cette viande dans la capitale. En plus de cela, il est de notoriété que nos porcs destinés à la consommation étaient piqués avec des antibiotiques ou des contraceptifs pour les faire prendre beaucoup plus de poids. Est-ce que le suivi dans le contrôle phytosanitaire est-il encore assuré sur ces produits ? Ces questionnements ont été portés parce que la continuité dans les actions de préservation de la santé et des constructions publiques n’ont jamais été notre fort. Une déclaration publique des responsables dans les médias, concernant ces produits alimentaires suscités sera la bienvenue en ce début d’année 2018…

 Max Randriantefy

 

 

 

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