La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE: Olé ! Zorro est arrivé…

Publié le 17 janvier 2018

Finies les lamentations ! On arrête de s’apitoyer  sur notre sort de population «appauvrie». Un candidat  salutaire porteur  de l’espoir de  tout un peuple est parmi nous. Qui est-ce se  demanderont sûrement les  damnés de cette pauvreté ambiante dans laquelle se  débattent  depuis  des  « décennies » tous les Malgaches sous l’indifférence de toute cette  classe politique que Jean Fremigacci  désigne comme étant  «des maîtres traditionnels du pays depuis l’oligarchie du XIX ème siècle jusqu’à l’oligarchie coloniale et à celle des  Républiques qui ont suivi, qui  se  sont  taillés des  rentes de monopole en profitant  du pouvoir pour  s’emparer  des meilleures  affaires » ? Il est là,  déterminé à s’investir avec courage et l’esprit  sain  d’un homme  d’Etat capable  de  faire face avec efficacité et  compétence aux aspirations  légitimes des habitants de  cette île.  La priorité  sera pour lui le  rétablissement de l’ordre dans le  sens le plus large  de la lutte  contre l’insécurité  d’abord pour assurer une  « émergence »  économique capable de promouvoir le développement  social et  humain. Surtout,  parce que selon la conviction lucide  de  ce président  sortant,  la masse opprimée  «a le sentiment de vivre dans un monde d’iniquité où les droits ne sont pas les mêmes pour tous… »

Une précision de  taille  s’impose. N’allez surtout pas imaginer  un seul instant que ce  Zorro n’est  autre que ce hors-la-loi, voleur notoire, ce  « cow-boy en cavale » recherché que n’importe  quel  chasseur de primes  pourra tôt ou  tard conduire directement  derrière les  barreaux d’un prison. Le même  analyste  spécialiste  de Madagascar avait  dit un jour «Si au lieu  de  tout  verrouiller, Marc Ravalomanana avait libéré l’esprit  d’entreprise comme il  avait promis,  Andry Rajoelina n’aurait jamais  fait de politique… » Déception pour tout un pays  qui  s’attendait à un véritable Changement  avec un  grand  « C » pour  les  dupes envoyés pratiquement à l’abattoir dans le périmètre d’une zone rouge et qui ont payé de leur  vie l’avènement de la Révolution  Orange. D’après Valis les  barons de la Transition  représentent « l’oligarchie ascendante qui  attend son heure (…)  au moment venu pour confisquer  « toute la plus-value jusqu’à l’explosion périodique, et ensuite  « remettre tout  en  cause pour  recommencer à nouveau dans la rue… »  Précise et juste  prévision ce constat révélateur annonce l’ère d’un pillage  effréné des ressources nationales inauguré dans l’opacité la plus catastrophique pour le pays déjà lésé par les  accords  secrets  de Marc Ravalomanana à partir des  textes  de  complaisance de la Loi sur les  Grands Investissements Miniers avec les   compagnies minières  Rio Tinto et  Dynatec puis  Sherrit International Corporation. L’esprit des opérations sur l’exploitation d’Ambatovy  serait « Tous les Partenaires sont résolument engagés à respecter des pratiques de gestion transparentes, durables et responsables. » Séduisantes  et  rassurantes  dispositions quand il s’agit  de  faire  admettre que «Tout au long de son existence, Ambatovy va générer des retombées économiques et sociales importantes pour le pays à travers le versement de redevances et d’impôts, les investissements dans les infrastructures, la création d’emplois, le développement des entreprises locales, les transferts de technologie, ainsi que la formation, l’éducation et les programmes de santé. »

Malgré les intenses opérations de  communication très médiatisées, aucun signe de concrétisation des  engagements financiers annoncés n’a été porté aux connaissances du public sur la sincérité de toutes ses promesses très alléchantes. Si bien  que durant la Transition rapporté par  Africa Intelligence « Depuis qu’il a accédé au pouvoir en mars 2009, le président Andry Rajoelina dit TGV veut modifier le contrat passé par son prédécesseur, Marc Ravalomanana, avec la compagnie minière canadienne Sherritt International pour obtenir du projet Ambatovy (nickel, cobalt) plus de retombées financières. » Quoi qu’il  en soit, les  autorités de la Transition vont miser à fond  sur les  exportations illicites  des  bois  de rose, un  secteur très florissant avec  des  revenus juteux pour le cartel de ce trafic et les  décideurs qui dès 2009 avec la promulgation  de l’arrêté interministériel n°003/2009 ouvrent la  voie à la  destruction massive des forêts du littoral est et du Cap Masoala. Parmi les premiers  servis par cette  retombée administrative de la corruption instituonnalisée il y  avait les Bematana,  Soa, Ramilson, Bezokiny ? Body ? Chan Hoy Lane, Patricia, Ndahiny, Malohely, Thunam, Ranjanoro…et même  Abdillah, un  Chef de  Région à l’époque. Une date limite a été  fixée pour la dite  autorisation, mais  le monde  entier  constatera par la suite que même jusqu’à nos  jour( dans la clandestinité) ces  activités illégales ont permis à Andry Rajoelina  et  consort de  durer au pouvoir. L’instrumentalisation des  tribunaux  aidant, aucun des  parrains  du  cartel  des  bois  de  rose et d’ ossements  humains n’a été réellement inquiété par la justice sur l’exercice  de ce  commerce  prohibé par la loi et les  accords  internationaux. Ministre de la Justice  en ce temps-là, Christine Razanamahasoa était parfois interpellée sur « ces affaires » de corruption. Summum des implications  des autorités  centrales à des multiples  violations des lois sur les trafics  en tous  genres (bois de  rose,  d’ébène, palissandre, minerais précieux et  rares, l’or, la démarche  d’un  certain  Sanjay, le 3 août 2010  en couvrant  l’exportation de 79 conteneurs de  bois  de rose, avait réussi à  faire  quitter Madagascar  le navire  Terra Bona  avec à bord les rondins (pour se vanter par la suite  d’avoir pu arroser le ministre  des  Finances  de l’époque (?).(cf.  dans le Net Chronique du  trafic  de bois  de  rose depuis 2009 écrit publié le 21 août 2 11 par Sam Ganegie  dans Uncategorized 2). Feu le Pr. Albert Zafy lance le 3 octobre 2011 un  Appel au Peuple de Madagascar pour  s’opposer à l’ambition d’Andry Nirina Rajoelina décidé à briguer la présidence de la IV ème République. L’ancien D.J serait selon l’ancien président de la République  « coupable  de  crimes économiques graves commis  durant 30 mois  de régime  de facto». A l’appui de  son  accusation, il publie un document montrant son:

« Implication  dans des trafics illicites  de  bois  de  rose  en  association  avec  des mafieux  étrangers,  détournements de recettes  douanières au profit des  Comptes de  dépôts(personnels) de  Gasy Net au préjudice  du Peuple malgache, vols caractérisés de l’argent public par la pratique des  achats  surfacturés sur le compte du  Trésor et  de la Banque Centrale (…) » Avec la complicité de Haja Resampa. Opérations impossibles sauf  participation active des responsables financiers du Ministère des Finances et du Budget.

A propos, Zorro était « un personnage de fiction un héros justicier en Haute Californie, défenseur des pauvres contre l’oppression espagnole dont les exploits furent racontés par le  romancier Johnston McCulley en 1919 ». De  tout  ce  qui précède, il n’est pas  du tout bête  de  croire qu’il  viendra le  jour où un homme providentiel apparaîtra  sur la scène politique pour remettre Madagascar sur les  rails du  développement. Il est permis  de rêver. Non ?        « Un magnifique espoir pour l’ensemble du peuple malgache après une élection démocratique… » Tout le monde sera        d’accord là-dessus, même l’actuel  Chef d’Etat.  Par modestie,  notre Zorro  des îles, il  se  garde bien pour l’instant de  paraître  au  grand  jour  avant de montrer son vrai  visage. L’effet Macron pourrait servir  de modèle pour la génération montante du paysage politique… Et puis  surtout par prudence, parce ce que par les  temps  qui courent, il est à craindre qu’il devienne la cible  de  ceux  qui ont pour mission de « couper les  têtes qui dépassent».

 

 

 

 

 

 

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