La Gazette de la grande ile

Edito: Faiblesses de gouvernance

Publié le 17 janvier 2018

Les effets des crises à répétition ont contribué à affaiblir les institutions, à accentuer la corruption et à détériorer l’environnement des affaires. En matière de perception de la corruption, selon Transparency International, Madagascar occupait le 145e rang en 2016 sur 176 pays classés, avec une note de 26 points sur 100, soit une perte de 6 points par rapport à sa note de 32 points en 2012. Quant au score Mo Ibrahim, au cours de la décennie 2007-2016, Madagascar est le deuxième pays avec le score le plus détérioré en Afrique (une perte de 7 points), ce qui révèle un niveau de gouvernance très faible. Son score infrastructure s’est aussi fortement détérioré en reculant de 16,6 points.

Pis encore, selon les données de la Banque africaine de développement indiquées dans son Programme d’Appui à la Compétitivité Économique (PACE) qui, entre autres priorités, contribuera à la réalisation des actions des deux piliers du Document de stratégie pays (DSP) de la Banque 2017-2021 pour Madagascar et à la réalisation de deux des trois Piliers du Plan d’action pour la gouvernance 2014-2018 (GAP II). En outre, le PACE est aligné à la Stratégie de la Banque sur le New Deal pour l’énergie en Afrique 2016-2025, à la Stratégie de la Banque pour la transformation de l’agriculture en Afrique 2016-2025, et à la stratégie relative au genre de la Banque 2014-2018, il est fait état que cette faiblesse en matière de gouvernance est fortement ressentie au niveau du secteur de l’énergie à travers les transferts importants à la Société nationale d’électricité et d’eau (JIRAMA) malgré la faible qualité de ses services. Cette faiblesse est aussi reflétée au niveau d’octroi des contrats de concession d’exploitation qui sont passés sans appel d’offres, les délestages récurrents, les pertes élevées, les longs délais et les coûts élevés de raccordement. Selon le rapport Doing Business de la  Banque mondiale de 2017, il faut 450 jours et 5,699.2% du revenu par habitant pour se raccorder à l’électricité à Madagascar. Par ailleurs, entre 2009 et 2016, le pays a connu un recul considérable dans presque tous les indicateurs du Doing Business . Ainsi, selon l’édition 2017 de ce rapport, le pays était classé 167e sur 190 économies, contre la 144e place dans le rapport de 2009. Les contraintes à l’amélioration de l’environnement du secteur privé sont nombreuses. En plus de la fraude et de la concurrence déloyale qui pèsent sur les entreprises manufacturières nationales, le secteur privé fait également face aux contraintes d’accès au crédit (garantie et coûts). Par ailleurs, le système judiciaire a la réputation d’être lent, complexe et opaque. Concernant l’accès à la propriété foncière, les règles coutumières qui continuent de régir la gestion de la terre en milieu rural,  reste un frein à la transformation de l’agriculture.

Pour la Banque africaine de développement, en tout cas, l’évolution de la situation politique, bien que globalement positive, reste confrontée aux défis de fragilité politique, économique et sociale. Cette fragilité s’explique par les faiblesses du système judiciaire malgache, en l’occurrence l’accès inéquitable à la justice et l’impunité des élites qui provoquent de manière récurrente l’instabilité politique. Cette instabilité politique, avec les faiblesses de gouvernance, et les chocs climatiques récurrents contribue ainsi à entretenir la pauvreté et les inégalités très profondes.

Recueillis par C.A

 

 

 

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