La Gazette de la grande ile

Houcine Arfa: Révélations mêlées de contradictions

Publié le 17 janvier 2018

Comme notre journal l’avait prévu, Houcine Arfa va déposer une plainte. On ignore contre qui mais, il va porter plainte. Il poursuit également ses révélations, par médias interposés. A travers une entrevue accordée au quotidien français « le Parisien », Houcine Arfa fournit des détails sur les circonstances de sa fuite. Comme notre journal l’avait annoncé, les complicités du fuyard ne se limitaient pas au personnel pénitentiaire. Houcine Arfa précise les sommes d’argent données à un ministre, un directeur de cabinet, un général et un procureur pour faciliter son évasion. Les faits sont extrêmement graves et honteux, mais difficiles à vérifier. D’une part, rien ne prouve que les sommes aient été réclamées et obtenues par les personnalités citées. D’autre part, les déclarations d’un fugitif condamné ont moins de poids que celles de hautes personnalités malgaches en exercice qui vont probablement porter plainte pour diffamation. Ce deuxième point est important car certaines affirmations d’Houcine Arfa sont contradictoires. En premier lieu, Houcine Arfa est très précis sur les sommes d’argent versées aux autorités pour permettre sa fuite, mais il reste vague sur l’identité des conseillers de la Présidence de la République qui s’acharneraient contre lui. En second lieu, pour se disculper, Houcine Arfa confirme que ses relations étaient proches avec le Chef de l’Etat malgache, mais ce dernier nie cette proximité.

Il se prétend conseiller en sécurité payé 17.000 Euros (soit plus de 320.000.000 Fmg) par mois, mais il reconnaît l’absence de contrat. En troisième lieu, Houcine Arfa indique que les accusations portées contre lui ont été montées de toutes pièces, mais il reste muet sur les véritables raisons de sa mise à l’écart. En quatrième lieu, Houcine Arfa prétend avoir été torturé à la prison de Tsiafahy, mais il n’apporte pas les preuves et les causes de tels sévices. Il prétend qu’aucun étranger n’est incarcéré dans cette prison, mais c’est faux. En cinquième lieu, sur les réseaux sociaux, Houcine Arfa a expliqué la chasse à l’homme à son encontre par son refus d’assassiner certaines personnalités. Par un curieux paradoxe, il se tait sur ce point gravissime lors de ses entrevues avec la presse. Il préfère déclarer qu’il dérangeait les intérêts de certains conseillers de la Présidence de la République qui se livreraient à des trafics de vanille et de bois de rose. Toutes ces contradictions et zones d’ombre desservent la crédibilité d’Houcine Arfa, mais elles n’innocentent pas pour autant les autorités malgaches.

Le régime actuel est en mauvaise posture car il subit passivement les attaques médiatiques d’Houcine Arfa. Le régime a pour seule arme l’exécution d’un mandat d’arrêt international ou d’une demande d’extradition qui sera longue et incertaine. C’est maigre. Entre-temps, Houcine Arfa, nouveau caillou dans la chaussure du régime, va continuer à parler. Mais quels sont ses objectifs à travers ses révélations? Veut-il se protéger en accusant le régime ? Entend-il faire tomber à tout prix le régime dans son ensemble ou certains conseillers en particulier? Souhaite-t-il obtenir une compensation financière à travers un chantage ? Il accepte de jouer la transparence et d’être jugé en France mais ira-t-il jusqu’à dévoiler le rôle des services secrets français ? A la veille des prochaines échéances électorales à Madagascar, les chancelleries étrangères et l’opposition malgache suivent de près ce scandale qui entache un peu plus la Présidence de la République, laquelle ne peut pas minimiser les faits.

Phil de Fer et Lola R.

 

 

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