La Gazette de la grande ile

Solidarité Syndicale de Madagascar: “C’est un cas de détournement !”

Publié le 17 janvier 2018

Propos tenus par Raharovoatra Claude, un des chefs de la Solidarité syndicale de Madagascar (SSM) concernant la suspension indue de la solde d’environ 9 000 fonctionnaires : « C’est un cas de détournement. Si les fonds ainsi enlevés aux 9 000 fonctionnaires tournent pendant seulement deux ou trois jours, imaginez le montant des profits… ». Ce chef syndical se réfère à un procédé courant chez les percepteurs principaux des chefs-lieux de district. L’enveloppe contenant le salaire des fonctionnaires du district leur a été transmise, mais au lieu de procéder au paiement le jour même, ils retardent l’opération de deux ou trois jours. Motif : ils utilisent l’argent pour faire du « bizina » (business) rapide, par exemple en achetant de gros tonnages de riz et en le revendant sans délai. Ce genre d’ «affaires » est particulièrement juteux en période de pénurie, par exemple, quand le riz, le sucre ou l’huile traversent une période de manque. Ces fonctionnaires du ministère des Finances et du Budget (toujours appelés « agents spéciaux » comme sous la colonisation) se font ainsi de gros bénéfices et s’enrichissent rapidement. Voilà pour ce qui est des sous-préfectures où d’abord le nombre des fonctionnaires est limité, et où ensuite les inspecteurs du ministère n’apparaissent que très rarement. On ne sait si dans la capitale et à l’échelle de toute l’île, une opération de ce genre est possible. Le leader syndical, Raharovoatra Claude, semble répondre par l’affirmative. Signalons simplement qu’il s’agit d’une malversation provisoire et non définitive, les fonds détournés étant restitués après usage. Il s’agit néanmoins d’un délit, et si l’inspecteur : u le contrôleur survient au moment où l’argent « travaille », le trou sera rapporté en haut lieu et le fonctionnaire fautif sera sanctionné ou même traduit en justice.

Raharovoatra Claude est un enseignant à la retraite qui a dirigé naguère le SFM, syndicat agissant dans les années 90 et qui a initié des grèves très suivies dans la capitale. Il a ensuite créé la centrale syndicale dite Sempama, très active aussi, mais que les régimes successifs ont mis hors d’état de nuire en la morcelant : Sempama, Sempama Vaovao, Sempama Nosy, etc. L’homme est actuellement à la tête de la SSM, centrale regroupant plusieurs syndicats de fonctionnaires, et on le voit souvent à la tribune aux côtés de Fanirisoa Ernaivo, présidente du Syndicat des Magistrats de Madagascar.

A.R.

 

 

 

 

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