La Gazette de la grande ile

EDITO: Inéligibilité de Marc Ravalomanana : Combat judiciaire, politique et diplomatique

Publié le 18 janvier 2018

2018 sera consacrée aux élections. Il y aura beaucoup d’appelés et peu d’élus. Marc Ravalomanana ne fera probablement pas partie des élus pour la simple raison qu’il n’est pas éligible. Marc Ravalomanana est inéligible, car il ne remplit pas les conditions requises par la loi. D’une part, Marc Ravalomanana a été condamné dans deux dossiers (le carnage du 7 février 2009 et le terrain d’Andohatapenaka) par la Cour Criminelle. D’autre part, Marc Ravalomanana n’est pas en règle vis-à-vis du fisc. Ce point essentiel est souvent oublié. Or, un candidat à une élection présidentielle n’est éligible que s’il s’est acquitté de toutes ses obligations fiscales. Les moyens de défense de Marc Ravalomanana sont simples. Il peut encore former une opposition ou un pourvoi en cassation contre les décisions rendues par défaut. Ces voies de recours suspendent l’exécution des arrêts de la Cour Criminelle. Cependant, Marc Ravalomanana tombera t-il dans le piège tendu par le régime ? S’il forme opposition contre l’arrêt rendu par défaut par la Cour Criminelle, cela voudra dire qu’il reconnaît la compétence de cette juridiction. A propos des manquements aux obligations fiscales, ils concernent ses sociétés commerciales mais non pas Marc Ravalomanana à titre personnel. Marc Ravalomanana ne fait peut-être pas l’objet de condamnations pénales définitives, mais il ne bénéficie pas non plus de la présomption d’innocence. Le fondateur de Tiko pourra faire valoir les arguments juridiques les plus sérieux et pointus, mais ils se heurteront au fait que le régime actuel détient le pouvoir qui s’étend à la sphère juridictionnelle. Le drame de Marc Ravalomanana est qu’il n’admet pas le retour de boomerang de tous ses excès et insuffisances. Il est mal placé pour jouer à la vierge effarouchée. Lorsqu’il était au pouvoir, il a été le premier à instrumentaliser sans scrupules la justice pour écraser ses adversaires politiques. Le pardon et le respect de la loi n’étaient pas son fort. Il ne peut pas exiger du régime actuel des faveurs qu’il refusait à ses adversaires quand il était aux commandes. Marc Ravalomanana a présenté une partie de sa ligne de défense. Il se battra donc sur le terrain judiciaire, mais il combattra surtout sur le terrain politique et diplomatique. Il réclamera l’application de la Feuille de Route et demandera l’intervention du Conseil de Fampihavanana Malagasy. Il misera sur le soutien des Etats-Unis et de certains pays européens et africains parce qu’il sait que les grandes décisions concernant Madagascar sont prises par des étrangers en dehors de la Grande Ile. Pourtant, il faut que Marc Ravalomanana soit conscient que plusieurs autres grandes puissances ne cautionneront pas son retour au pouvoir et s’y opposeront même catégoriquement. Son forcing pour être candidat s’apparente à du bluff et peut s’analyser comme un piège tendu à Hery Rajaonarimampianina. En effet, ce dernier sera vivement critiqué s’il ne fait pas exécuter les condamnations pénales prononcées à l’encontre de Marc Ravalomanana. Toutefois, la connivence entre les deux hommes n’est pas à écarter sinon comment expliquer que Marc Ravalomanana ait été averti de l’imminence de son arrestation ? Tout se passe comme si le régime avait organisé la fuite du fondateur de Tiko.

Ranary et PN

 

 

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