La Gazette de la grande ile

Vindicte populaire: Un phénomène récurrent ?

Publié le 18 janvier 2018

Il semble que depuis l‘automne 2016, les cas de vindictes populaires se soient multipliés à Madagascar. Plusieurs incidents tragiques de lynchages ont été révélés par les médias et les réseaux sociaux. Cette recrudescence est-elle inédite ou la vindicte populaire à Madagascar est-elle un phénomène « habituel » et récurrent ? Quelles sont les raisons qui poussent une partie de la population à rendre justice elle-même, et ce par des méthodes cruelles et horribles, utilisées au vu et au su de toute le monde ? Que « dit » la législation du pays et que font les diverses autorités pour endiguer le problème ? Quelles sont les perspectives à moyen terme pour régler ce problème ?

Dans ce contexte, les informations publiées par acatnews rappellent qu’en novembre 2016, une femme a été battue et brûlée à Mananjary pour avoir jeté du porc dans le lieu sacré d’une ethnie locale, quatre présumés voleurs ont été lynchés à mort à Amboangibe et dans un troisième cas la foule s’en est prise à deux personnes soupçonnées d’homicide. En janvier 2017, dans la commune de Namorona, un gendarme a même succombé à une foule enragée pour s‘être opposé à la mise à mort populaire d’un pyromane, son collègue a été grièvement blessé et leur caserne saccagée et détruite. Il semblerait même que le maire de la commune ait incité les villageois à s’en prendre au présumé pyromane et ait menacé de représailles les réticents.

Dans un autre cas récent, des habitants de Lopary Vangaidrano, frustrés que la police évacue trois individus soupçonnés du meurtre sordide d‘une jeune fille, ont, dans une ambiance tendue, bloqué la route nationale pendant plusieurs heures pour empêcher l’exfiltration des suspects et retarder l’arrivée de renforts de police. Lynchage et pillage ont malgré tout pu être évités. En février dernier, les événements ont pris une tournure plus dramatique et politique : deux policiers en mission ont été assassinés par la foule dans la localité de Befandriana, au nord de Madagascar. Ils auraient précédemment racketté les villageois. Quatre jours plus tard, 450 cases ont été incendiées dans cinq villages, apparemment par une trentaine de policiers venus se venger. Dans la majorité de ces drames, les forces de l’ordre n‘étaient quasi pas intervenues ou en avaient été empêchées par les participants aux lynchages.

Ainsi, selon la Commission nationale indépendante des droits de l‘homme (CNIDH), quarante-six personnes ont succombé à des actes de « justice populaire », et ce uniquement pour la période de septembre à début novembre 2016 !

En fait, d’après toujours acatnews, ces cas ne semblent cependant pas refléter un phénomène nouveau dans la république malgache. Ainsi, l’affaire très médiatisée de Nosy Be, dans laquelle deux Français et un Malgache ont été lynchés en octobre 2013, suite à des soupçons de trafic d’organes et de pédophilie après la disparition d’une enfant, s‘est soldée en octobre 2015 par la condamnation de dix personnes aux travaux forcés, ou à des peines d’emprisonnement ferme ou avec sursis.

Mais vingt-cinq autres accusés ont été libérés faute de preuve et une personne a été formellement acquittée. De nombreuses tragédies similaires viennent régulièrement endeuiller la vie des Malgaches depuis fort longtemps.

 

 

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