La Gazette de la grande ile

EDITO: Je suis de ce pays… et je vis ailleurs

Publié le 19 janvier 2018

Le « je suis de ce pays… » a suscité auprès d’amis -qui sont d’ailleurs- des réactions dont certaines peuvent être convaincantes…

Je suis de ce pays…et comme certains, je comprends le choix de ceux qui font le choix de ne pas vivre dans ce pays, je n’approuve cependant pas quand, forts de leur « ailleurs », ils se posent en donneur de leçons. Plusieurs raisons poussent ceux de ce pays qui vivent ailleurs à donner leur avis, à faire des propositions, notamment parce que selon leurs dires « ceux qui ont pris la destinée de notre pays sont aveugles de ce qui se passe ailleurs » et que nos dirigeants eux-mêmes voient. Le motif est louable, la forme adoptée est critiquable « parfois pédante, quelquefois arrogante, très souvent pleine de suffisance », mais avec quand même une volonté de faire des propositions pour le pays « si ça marche ailleurs, pourquoi ça ne marcherait pas à Madagascar ». A cette remarque, très souvent nous leur répondons qu’ils sont sur une autre planète, qu’ils ne connaissent pas « les réalités du terrain » qui n’est pas un terrain de jeu bien que les hommes politiques font de Madagascar un terrain de jeu, bien que les hommes politiques jouent avec la misère de la population et nous verrons cela dans pas longtemps lors des propagandes électorales ! Usés, fatigués, bon nombre de Malgaches sont résignés, ont Abandonné, ont fini par ne plus espérer…tandis que d’autres s’offusquent et sortent les sempiternelles réponses qui n’ont pas marché : « le mode d’organisation idéale est la démocratie participative », l’administration de proximité, donner la voix à la population de base, l’écouter… avec sournoisement un objectif bien précis « avoir sa place à la table du festin ». De cela, ceux d’ailleurs s’en offusquent, peut-être le voient-ils plus que ceux d’ici ? Ceux d’ailleurs : certains agissent à travers des ONG pour le pays, très souvent pour leur village, leur Région, à moins que philanthropes, ils ne sont pas forcément dans cette optique-là. D’autres font un usage excessif des réseaux sociaux pour régir sur les moindres nouvelles du pays comme si nous étions encore au temps des « verbes » et non « des actes » et souvent en mettant un point d’honneur à préciser leur cursus des études supérieures qu’ils ont suivies à l’extérieur comme pour impressionner ou gage de la crédibilité de leurs idées, de leurs propositions. D’autres se taisent, mènent leur vie tranquille, suivent les nouvelles du pays, mais ont suffisamment à faire en aidant leur famille restée ici. Quant aux intellectuels à Madagascar, ceux d’ici et ceux d’ailleurs leur reprochent souvent leur silence, leur lassitude, parfois même leur corruptibilité… on pointe du doigt les diplômés qui égrènent leur diplôme, mais ne prennent pas d’engagement ou de responsabilité. Mais dans un système où le népotisme est roi, dans un système où on privilégie les copains, soit de promotion, soit de la même Région sans forcément privilégier la compétence, doit-on s’étonner de leur mutisme ?

Je suis de ce pays…et comme beaucoup, j’ai des angoisses de ce que sera demain, de ce que nous réservera cette année 2018, de la sagesse ou non des prétendants potentiels qui sont déjà au pouvoir ou qui veulent revenir ou qui apporteront le renouveau…peut-être que ceux qui apporteront le renouveau seront ceux d’ailleurs qui vont faire le pas de revenir ici pour « sauver » le pays !

Anaïs T.    

 

 

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