La Gazette de la grande ile

Houcine Arfa : le jeu clair obscur de la France

Publié le 19 janvier 2018

L’affaire Houcine Arfa est en train de prendre une tournure diplomatique intéressante.  Quel a été le rôle de la France dans l’évasion d’Houcine Arfa ? Selon des observateurs avertis, ce sont les services secrets français qui auraient exfiltré Houcine Arfa de Madagascar, à partir d’Antananarivo, Antsiranana, Majunga, Toamasina ou ailleurs. En fait, les complicités françaises auraient pris le relais des complicités malgaches. Il n’est pas certain qu’Houcine Arfa ait emprunté une pirogue pour se rendre à Mayotte, d’où il s’est envolé pour Paris. L’intéressé raconte ce qu’il veut. Il parle tellement que ses versions se contredisent. Le scénario du bateau suivi de l’avion est plausible, mais un autre scénario n’est pas à écarter. Il a pu quitter Madagascar par avion, mais non pas en pirogue. Il ne faut pas perdre de vue que Marie-Claude, l’épouse d’Houcine Arfa, travaille dans une compagnie aérienne. Il a balancé les noms de ses acolytes malgaches, mais pas ceux de ses comparses français. S’il a pu prendre un vol pour Paris, c’est qu’il avait bien un titre de transport et un passeport français, à moins qu’il n’ait été escorté de bout en bout par des diplomates, militaires ou mercenaires français. Houcine Arfa révèle manifestement de nombreux faits pour mieux en dissimuler d’autres. Dans cette affaire, la France joue un jeu clair obscur et Houcine Arfa n’est pas dupe. Poursuivi par les autorités malgaches, il a peur de devenir un jouet, voire une monnaie d’échange, entre les mains de la France qui sait manipuler ses mercenaires. Trois possibilités s’offrent à la France : soit elle accepte d’extrader Houcine Arfa, soit elle refuse, soit elle reporte sa décision après l’issue de l’élection présidentielle malgache. Dans les deux premiers cas, la décision française s’appuiera sur des raisons politiques habillées par des motifs juridiques. Le troisième cas laisse perplexe. Madagascar n’a pas obtenu de réponse officielle de la France au sujet de l’exécution du mandat d’arrêt international lancé contre Houcine Arfa qui est un citoyen français résidant dans l’Hexagone. Pourquoi ? Parce que la France veut prendre son temps. Lorsque la France veut extrader un Malgache à partir de Madagascar vers l’Hexagone, elle l’obtient en un clin d’œil. Par contre, quand Madagascar veut obtenir l’extradition d’un Français vers la Grande Ile, la France tarde à répondre ou elle refuse. Cette situation montre que l’hégémonie néocoloniale française persiste dans la Grande Ile et que la « Françafrique » continue de plus belle. Pour le moment, la France est avide de connaître les secrets d’Etat qu’Houcine Arfa meurt d’envie de divulguer, notamment au sujet des trafics opérés par l’entourage du Chef de l’Etat malgache. Avec Houcine Arfa sur son sol, la France a les moyens de faire chanter et de faire ramper l’équipe dirigeante malgache. Il est probable que la France rafle tous les prochains gros marchés à Madagascar, au détriment de la Chine. La France a donc intérêt à exploiter à fond toutes les informations en possession d’Houcine Arfa qui devra coopérer, s’il ne veut pas retourner à la prison de Tsiafahy. Par la suite, dans quelques mois ou dans quelques années, soit la France répondra favorablement au mandat d’arrêt international en permettant l’extradition d’Houcine Arfa vers Madagascar, soit elle le cachera en France, soit elle organisera sa fuite dans un autre pays, soit elle le condamnera sur le sol français à une peine d’emprisonnement avec sursis.

Phil de Fer et Lola R.

 

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