La Gazette de la grande ile

Secteur de l’énergie: Quid du contexte ?

Publié le 22 janvier 2018

La situation du secteur de l’énergie à Madagascar est caractérisée par un faible taux d’accès aux formes d’énergie moderne et une prédominance de l’utilisation de la biomasse pour satisfaire les besoins en énergie de la population. Le taux national d’accès à l’électricité qui reste parmi les plus bas en Afrique s’élevait en 2016 à 15,25 % (soit 57,59 % en milieu urbain et 6,10% en zones rurales). Bien que disposant d’un énorme potentiel hydroélectrique (7800 MW), solaire et éolien, la production d’énergie électrique en 2016 avait une composante thermique très élevée, 46%. La puissance totale installée est de 699 MW à fin juillet 2017 et composée à 77% d’un parc thermique fonctionnant essentiellement au gasoil, réputé pour sa consommation spécifique élevée.

La distribution de l’énergie électrique à Madagascar est assurée par la société d’Etat, chargée de la gestion de l’eau et de l’électricité, la JIRAMA. La production propre de la JIRAMA est soutenue par de multiples petits producteurs privés disposant essentiellement de groupes électrogènes fonctionnant au gasoil. La société a connu une série de difficultés durant ces dernières années et les demandes croissantes d’approvisionnement en électricité ne sont pas satisfaites du fait de la saturation du réseau de distribution d’une part et par manque de matériels de branchement d’autre part. Les nouvelles demandes de branchements en attente de réalisation depuis 2014, s’élèvent à plus de 30 000.

Réseau vétuste

Le réseau de la JIRAMA est vétuste par manque de maintenance préventive et les délestages sont érigés en mode d’exploitation quotidienne du réseau du fait d’une part, de l’indisponibilité de plusieurs groupes thermiques, et d’autre part du fait des ruptures dans l’approvisionnement en combustible des centrales. Le parc thermique pèse fortement sur les finances de la JIRAMA qui doit faire face à une facture pétrolière excessive estimée à 636 milliards MGA (215 millions de dollar américain) en 2016. Pour atténuer les impacts sur les consommateurs, l’Etat accorde chaque année, une subvention d’exploitation pour contribuer aux achats de carburant, à l’achat d’énergie et à la location de groupes de production aux privés. Cette subvention s’est élevée à 340 milliards MGA en 2016 et est estimée à 450 milliards MGA en 2017. La situation financière de la JIRAMA est déficitaire depuis une décennie à cause (i) des pertes techniques et non techniques fort élevées (33%), (ii) des prix de vente de l’électricité qui sont très en deçà des coûts de revient (en moyenne 275 Ar/kWh en 2016, contre un coût de revient de 765 Ar/kWh) mais également, (iii) du fait du très faible niveau de recouvrement des factures (54% en 2016). Des hausses tarifaires ont été appliquées en 2016 à hauteur de 15%, en juillet 2017 à hauteur de 7,5% en moyenne, et une autre hausse de 10% est prévue en janvier 2018.

Fonctionnement

Il est vrai, rapporte la Banque africaine de développement dans son Programme d’Appui à la Compétitivité Économique (PACE) pour Madagascar que  le Gouvernement a entrepris la révision de la loi 98-032 portant réforme du secteur pour y inclure les dispositions relatives à l’exploitation des sources d’énergie renouvelable, la version révisée de la loi est prévue être adoptée en 2017. Le Gouvernement  a également publié la « Lettre de Politique de l’Energie de Madagascar 2015-2030 » qui résume les principales orientations, objectifs et stratégies adoptés en vue d’accroître de 15 à 70 % le taux d’accès des ménages à l’électricité moderne à l’horizon 2030. Par ailleurs, la mise en œuvre du PARSE a permis aux autorités d’améliorer la gouvernance de secteur de l’énergie à travers  la revue de la loi portant code de l’électricité ,  l’application du décret de lutte contre la fraude dans le sous-secteur de l’électricité ,  l’audit des contrats de fourniture d’énergie par les producteurs privés qui a abouti à la mise en place d’un contrat-type d’achat d’énergie et à la systématisation des appels d’offres aux producteurs privés;  l’adoption du plan d’affaires de la JIRAMA 2017-20 et la réorganisation de la JIRAMA avec le recrutement d’un directeur général et de membres du Comité de direction par appel à candidature. Les réformes du PACE contribueront à consolider la performance de la JIRAMA afin d’attirer les investissements privés et normaliser le fonctionnement du secteur de l’énergie.

Le PACE consolidera les acquis du Programme d’appui à la réforme du secteur de l’énergie (PARSE) dans ce secteur par : l’adoption et la mise en œuvre du Plan directeur de développement de l’énergie (production, transport et distribution) à travers  l’établissement d’un  plan directeur qui inclus un projet de production de 192 MW d’hydroélectricité ; la promotion de la gestion axée sur les résultats se fera à travers  la signature du contrat de performance entre l’Etat et la Direction Générale de la JIRAMA,  la signature du contrat de performance entre le Directeur Général de la JIRAMA et les Directeurs de la JIRAMA. L’amélioration de la performance commerciale de la JIRAMA sera renforcée à travers  le recouvrement des factures impayées de l’administration publique qui s’élèvent à 19.5 milliards MGA,  l’audit des actif et passif de la JIRAMA et la mise en œuvre des recommandations de cet audit, et  la généralisation de pose de compteurs à prépaiement au niveau de l’administration publique. Par ailleurs le renforcement de la transparence dans l’octroi de concession d’exploitation sera renforcé à travers l’attribution des contrats de concession d’exploitation sous base d’appel d’offres. Ces reformes contribueront à réduire les subventions et transferts d’Etat à JIRAMA pour se situer à 150 milliards de MGA en 2019 contre 450 milliards MGA payés en 2017 et à améliorer le taux de recouvrement de toutes les catégories de 54% (2016) pour se situer à 75% en 2019.

 

 

 

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