La Gazette de la grande ile

Edito: Entorse pour la bonne cause…

Publié le 24 janvier 2018

Réussira ou ne réussira pas ? Il s’agit de ce prêtre catholique du diocèse de Miarinarivo (région Itasy) qui sera dépêché ce jour à Fenoarivo Be (région Bongolava) pour exorciser le CEG d’Ankotrabe. A la fin de la semaine dernière en effet, 7 élèves (féminins) de la classe de sixième de cet établissement ont été collectivement pris d’une crise d’hystérie en plein cours : pleurs, sautillements,  contorsions, cris perçants, tremblements… Un phénomène qu’on appelle généralement « ambalavelona » et qui est attribué soit à une possession par le démon, soit aussi à un envoûtement provoqué par un sorcier, ou tout au moins par une « amulette malgache » (ody gasy). Le prêtre catholique, arrivé à destination,  aura donc deux tâches principales : d’abord, chasser du corps des sept filles les démons qui se sont emparé d’elles. Ensuite, exorciser le CEG et « nettoyer » les locaux, c’est-à-dire dénicher et éliminer les amulettes qui s’y cachent dans les recoins.

Sa mission est donc de faire en sorte qu’aucune crise d’hystérie ne survienne plus dans l’établissement. Notons en effet que tout de suite après l’apparition du phénomène,  les élèves ont reçu l’ordre de rentrer chez eux et les cours, suspendus, ne reprendront qu’après le passage du prêtre exorciste. L’ « ambalavelona » circonscrit pendant des décennies dans la région d’Ambatondrazaka (Alaotra, province de Toamasina) est en train de gagner toute l’île. Le cas de Fenoarivo Be capte l’attention de la capitale car jamais le mal n’a sévi dans une zone aussi rapprochée… Notons que les déplacements et le séjour du prêtre exorciste seront pris en charge par la Cisco (circonscription scolaire) de Fenoarivo Be, c’est-à-dire par…  l’Etat malgache. Bref, une entorse à la laïcité de l’Etat, mais pour la bonne cause car dans toute la région, ce prêtre catholique est le seul qui a des talents d’exorciste et dont les séances ont produit un bienfait reconnu par les habitants. Si le phénomène s’étend ou perdure, le ministère de l’Education nationale pourrait être amené à salarier à temps complet un prêtre exorciste, lequel aura un statut semblable à celui des fonctionnaires. Il est appelé à être expédié là où des crises ont été observées, avec bien sûr à chaque fois un ordre de route officiel et des indemnités de déplacement à retirer au Trésor Public…

Signalons néanmoins un fait sur ce phénomène surtout rural: les difficultés de la vie quotidienne (prix élevé du riz, destruction de récoltes due aux cyclones, maladies car des dizaines de décès causés par le paludisme ont été enregistrés ces dernières semaines à Fenoarivo Be, etc.) exercent de vives pressions dans les foyers. Particulièrement sensibles aux tensions (qui existent aussi en milieu scolaire), les filles voient leur psychisme déstabilisé et sombrent facilement dans des crises d’hystérie. C’est donc surtout un psychiatre ou un psychanalyste qu’on devrait dépêcher dans les zones affectées. Mais la psychanalyse étant chez nous une idée inconnue, va donc pour le prêtre catholique qui a le mérite de rassurer et d’éloigner les angoisses. Dans les campagnes, il est considéré comme le seul rempart contre le mauvais esprit, le mauvais œil et toutes les initiatives maléfiques…

            A.R.

 

 

 

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