La Gazette de la grande ile

Après Hery Rajaonarimampianina : D’autres visions, d’autres candidats ?

Publié le 27 janvier 2018

Euphorique lors de la présentation de sa « vision 2030 », jeudi au palais d’Iavoloha, le président Rajaonarimampianiana a balayé d’un revers de main les accusations de plagiat, formulées par certains journaux. Ces derniers estiment que le chef de l’Etat n’a réalisé qu’un « copier-coller » du programme conçu par Andry Rajoelina. Mais se considérant comme seul titulaire d’une « vision », Hery Rajaonarimampianina a déclaré ne pas en connaître d’autres en dehors de la sienne. Affirmation plutôt prétentieuse, car depuis quelques semaines, nous connaissons deux autres « visions » qui ont fière allure et qui peuvent rivaliser avec celle du chef de l’Etat.

En premier lieu, celle d’Orlando Robimanana, ancien directeur général du Trésor Public, intitulée « Madagascar : une vision, un espoir ». L’homme entend promouvoir l’économie à travers sept axes, dont un qu’il maîtrise parfaitement qui est « L’assainissement de la gestion des finances publiques et restructuration des budgets publics », mais aussi d’autres sur la restructuration de l’éducation, sur la refonte du système de sécurité intérieure ou sur la redynamisation de la jeunesse. L’ouvrage publié aux éditions Ebena en France, a bénéficié d’une préface de Mgr Odon Razanakolona, archevêque d’Antananarivo, qui a du mal à cacher son enthousiasme pour le contenu du livre et pour la personnalité de l’auteur. En effet, ce prélat salue en Orlando Robimanana « une personne dotée d’une conscience politique aiguisée (…) et qui fait renaître l’espoir d’un avenir radieux pour la Grande Ile et sa population ». En tout cas, dans ce programme bien charpenté, on sent un auteur qui a un jugement sûr et une grande hauteur de vues. On brûle de voir Orlando Robimanana organiser dans l’île des séances pour faire connaître l’ouvrage et surtout son opinion sur le redressement national. En attendant, on souhaite voir ce livre instructif figurer dans les rayons de nos librairies.

En second lieu, la vision d’Eliana Bezaza, secrétaire générale du parti Psd et petite-fille de Philibert Tsiranana, père de l’Indépendance. La dame a publié un programme intitulé « Sauver Madagascar » et l’a présenté récemment à la diaspora malgache de France à l’Espace Beaujon, rue du Faubourg Saint-Honoré, dans le 8ème arrondissement de Paris. Du monde est venu à la séance et s’est montré particulièrement intéressé par les thèses d’Eliana Bezaza sur l’apaisement politique, sur la réduction de la fracture entre les autorités et la population et sur l’articulation de la « politique du ventre » chère à Philibert Tsiranana avec les réalités actuelles. La manifestation, qui sera prochainement programmée dans l’île, fut organisée avec la collaboration de Francine Ranaivo, fille de l’écrivain Flavien Ranaivo et présidente de l’Alliance Internationale des Femmes de France et de Madagascar. Des vues originales en tout cas chez Eliana Bezaza, peu connue jusqu’ici mais qui fait montre d’une solide culture politique et économique.

La grande question est de savoir si l’un et l’autre envisagent de se présenter un jour à l’élection présidentielle. Aucun des deux ne s’est prononcé sur le sujet avec précision, mais on suppose que ces titulaires de « vision » n’en resteront pas au stade de la théorie et aspirent à mettre leurs vues en application. S’ils entrent en lice d’ailleurs, ils disposent d’une petite longueur d’avance. Orlando Robimanana car à la direction du Trésor Public, il s’est forgé une réputation d’honnêteté et de rigueur, notamment en s’opposant au « prélèvement » de 40 milliards d’ariary que le ministre d’Etat et chef du Hvm Rivo Rakotovao voulait opérer. Par ailleurs, dirigeant sportif qui organise des tournois très courus en divers points de l’île, il a étendu sa notoriété hors du champ de la politique et de l’administration. Eliana Bezaza, elle, est une personnalité qui suscite de la nostalgie et soulève des espoirs. De la nostalgie car elle incarne une Première République perçue aujourd’hui comme l’âge d’or de la douceur de vivre et de la vie bon marché. Des espoirs car avec sa « vision », elle est capable de réinstaurer une « politique du ventre » soucieuse du bien-être physique des masses, et qui remet les denrées vitales à la portée de toutes les bourses.

On s’attend à ce qu’Orlando Robimanana et Eliana Bezaza dévoilent bientôt leurs intentions. Avec la politique du ventre dans la compétition, le régime pourrait ne pas … digérer.

     Adelson RAZAFY

 

 

 

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