La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE: Justice, Etat de Droit et Bianco…

Publié le 27 janvier 2018

Une  rentrée solennelle est  toujours pour  toute la magistrature une occasion de communiquer avec tous  les  responsables  étatiques  en  général et les  justiciables en particulier. Celle d’hier  avait  ceci  de réellement particulier : elle avait permis  d’apprendre  que les  fonctionnements  normaux des juridictions  se  heurtaient à longueur d’année  à des  problèmes  bassement matériels à  cause  de l’insuffisance des  fournitures de bureau. Un magistrat respectable occupant un poste de responsabilité assez important  avait  déploré justement  que tout au long  de l’année budgétaire  2017 jusqu’à  ce jour, il n’a  eu droit qu’à une  seule  et  unique  rame  de  papier  vélin. Pour les carburants  et autres  droits, n’en parlons pas. Il est en outre  et  surtout été  scandalisé par la « mauvaise gestion financière  du ministère »… A savoir, les  dilapidations des  deniers  publics concernant les  dépenses  excessives dans le cadre de  certaines  rubriques. A titre  d’exemple, il a cité les  cas des indemnités  de logement allouées à tort au mari  et à  l’épouse, tous les  deux magistrats (il y a cumul et  c’est  valable pour  d’autres ministères aussi) alors qu’en tant  que  couple légitime officiel, les  deux  fonctionnaires sont censés  habiter  sous le même toit et  ne  doivent  avoir  droit qu’à un seul titre  d’indemnités  de logement…

En faisant un petit calcul  sur le  volume budgétaire consacré à  cette  situation illégale en matière de  gestion financière, le ministère trouvera  sûrement qu’en régularisant  ce genre  de  jouissance  abusive  des  droits  d’indemnités  de logement, les fonctionnaires de Faravohitra  verront  très vite que le volume  consacré à tort à ce chapitre pourrait très bien  servir à solutionner  ces problèmes de  fournitures de bureau et  tant  d’autres  besoins aussi… Si au  sommet, les responsables financiers ne  se  sentent pas  du tout  concernés par une  telle  aberration, ne soyons pas étonné si les magistrats  dans  la totalité (ils  sont au nombre de 926 plus 78  stagiaires)  se plaignent de l’insuffisance du montant touché  de l’ordre 300.000Ariary qu’ils perçoivent à titre  d’indemnités de logement alors  qu’ils sont obligés (statut  de la fonction  oblige)  de  vivre dans  une  résidence louée généralement 700.000Ariary. On ne parle pas  ici  de  certains de leurs  collègues  qui possèdent 2 ou  3 villas luxueuses devant lesquelles 3 ou 4 voitures de luxe brillent  au soleil  sous le regard envieux  de quelques collègues à la veille  de la retraite étonnés  de voir ces  signes  extérieurs de richesse pour des  jeunes  débutants dans la carrière payés  autour de 1.600.000Ariary mensuellement. Des hauts  fonctionnaires sont  dans le  collimateur des  corbeaux qui  signalent avec, témoignages à l’appui, ce genre d’enrichissement  douteux aux rédactions. Les observateurs envieux se  demandent  comment  avec leurs salaires et leurs indemnités, ces nouveaux  riches peuvent-ils  se payer ces immeubles coûteux et un  train de  vie très  excessif par rapport à leur situation financière officiellement prouvée par leurs  émoluments. Très vite, on a tendance à  déduire que les  sources de leur richesse   désignées  comme étant « les  épiceries » dans le cadre des juridictions fonctionnent  très bien. La  corruption et l’extorsion  de  fonds sont  dans  ce  cas les  deux mamelles de la réussite de ces magistrats pas  comme les autres.

Les  évènements récents ont  attiré les  feux  des  projecteurs  sur l’Exécutif et relations  avec les  tribunaux  et  Bianco. Il est de notoriété publique et la plupart  des membres  de la magistrature s’en plaignent, pour quelques millions et même des  milliards  d’Ariary,  des personnalités très hauts placés  ne se  gênent pas du tout pour faire  pression auprès  de quelques  juges pour influer sur les cours  et les issues des  décisions  des  tribunaux. Coincés  entre les risques  de  représailles et la  crainte d’une mauvaise continuation de leur  carrière, les  fonctionnaires des  juridictions se  résignent à se  soumettre aux  jeux malsains des  dénis  de  justice et des  jugements  de  complaisance. Et  c’est tant pis pour les  simples  justiciables  sans  défense, même  assistés par  des  conseils inopérants  face au fait du prince. Les bureaux  des  greffes  de  toute l’île  fourmillent  de  ces dossiers gelés ou traités au bénéfice de très riches  et influents accusés. Les  hauts  responsables  dans leurs discours se  font  forts  de  dénoncer ces  pratiques  déplorables, mais la masse populaire  ne  croient plus à ce  vœux pieux…Récemment, parce que deux  assistants parlementaires avaient  assuré le suivi  d’un  dossier sur l’assassinat  d’un adjudant-chef de l’armée tué en  service commandé par un dahalo réputé, arrêté  et livré  au Parquet à  Fianarantsoa, l’inculpé a  retrouvé la liberté alors qu’il avait  avoué les  faits. Il semblerait qu’il était  question d’une somme  de 50millions de FMG acceptée par un magistrat pour le prix  de la libération…Que  fait  Bianco  dans  ce  genre  de  situation dramatique. Rien,  tant que les plaignants n’insistent pas pour  dénoncer ce genre d’injustice. Les  représentants  de  Bianco sur place ne  seraient pas au  courant ? Possible ! Mais  dans  ce cas à quoi  servent-ils  alors ? Dans d’autres  cas de  corruptions  flagrantes, ou bien ils ne sont pas du tout  au courant, ou bien parfaitement  saisis, ils n’arrivent pas à conclure quoi que  ce  soit ! Que  ceux  qui  doutent  de  ces  faits avérés ouvrent  des  enquêtes sur les fonctionnements  des  vols  de bœufs  dans les communes  d’Ankaramena, Andonaka et  Fenoarivo. Les  grands  receleurs et collecteurs  de  bétail volé  sont connus mais intouchables parce qu’avec une  somme de 50 millions  de  francs et même moins que çà, ils  échappent aux actions des  services de répression du banditisme en milieu  rural. Vous voulez des  noms,  allez-y  sur place et cette fois-ci, faites votre  travail au  service  de la  lutte  anti-corruption ?…Parce le dernier passage des  agents  de  Bianco là-bas n’a été apprécié  que par les Chinois de MADA RANCH et quelques notables complices. Pour certains habitants, les envoyés de  Bianco n’auraient pas  été aussi « incorruptibles »  qu’ils le  croyaient. Une  pareille méfiance  de la part de la population mérite  une  enquête interne. Non ? Le tableau de  chasse  des  gens  d’Ambohibao  jusqu’ici  est très positif. Mais  quand l’opinion  se  souvient  de toutes  ces  aberrations et  déviances  commises  durant la Transition et qu’aucune procédure de poursuite n’a réellement eu lieu  à l’endroit  de ces parents et amis  des  dirigeants, porteurs  de  mallettes  d’or  à destination  l’étranger et autres  trafiquants  notoires, le doute est permis  quant à   l’intégrité de Bianco.

 

 

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