La Gazette de la grande ile

Union Africaine contre corruption: Rajaonarimampianina se fait tout petit

Publié le 29 janvier 2018

Ouverture hier à Addis Abeba (Ethiopie) du 30ème sommet de l’Union africaine. Dans les travées, le président Rajaonarimampianina se fait certainement tout petit et tâche de ne pas attirer l’attention. Son souhait serait même de se faire transparent afin de passer inaperçu. Ce sommet a, en effet, pour thème « Remporter le lutte contre la corruption : un chemin durable vers la transformation de l’Afrique ». L’Union africaine (UA) a choisi cet intitulé car selon Lucas Olo Fernandes, coordinateur pour l’Afrique de l’ONG, Tranparency international, les pratiques de corruption coûtent aux Etats du continent 50 milliards de dollars par an. L’Afrique entreprend donc de prendre le taureau par les cornes afin de stopper la saignée. Si Hery Rajaonarimampianina tente de se camoufler, c’est parce que l’affaire Houcine Arfa connaît aussi un retentissement en Afrique, car rapportée par des médias de grande diffusion sur le continent comme RFI, France 24, Courrier International, Jeune Afrique, AfricaTime, etc. Les chefs d’Etat africains n’ignorent donc pas le cas, et adressent à Hery Rajaonarimampinina une condamnation muette. D’abord, car ce dernier s’est montré bien léger en recrutant un conseiller en sécurité peu sûr, et en lui accordant des entrées au palais présidentiel. Ensuite, car l’affaire met en lumière des pratiques de corruption qui discréditent Madagascar et l’Afrique en général, avec de hauts responsables de la justice et de la police qui s’adonnent activement à ce sport. En fait, les chefs d’Etat africains mangent aussi de ce pain-là, mais ce qui les consterne, c’est qu’un pair s’est montré maladroit au point d’étaler aux yeux du monde entier des combines qui devraient rester cachées…

En tout cas, les chefs d’Etat présents à Addis-Abeba doivent se présenter à la tribune et faire le point de la lutte contre la corruption dans leurs Etats. Et cela, car tous les pays membres ont signé la convention de l’UA de 2003 qui les contraint d’engager des actions contre la corruption. On suppose que ce jour au micro, Hery Rajaonarimam-

pianina s’attachera à démontrer la qualité de la stratégie malgache contre la corruption, avec des instances multiples et à l’entretien coûteux comme le Bianco, le Samifin (contre le blanchiment), le Conseil Supérieur de Lutte contre la Corruption (ou CSLCC), le CSI (Conseil pour la Sauvegarde de l’Intégrité), la Chaîne Pénale Anti-Corruption, la CSDEFf (Cour Spéciale contre la Délinquance Economique et Financière), la HCJ (Haute Cour de Justice), le Pôle Anti-Corruption, etc. Cette inflation d’organismes devrait raviver l’étonnement des chefs d’Etat africains, car avec cette armada redoutable, comment se fait-il qu’Houcine Arfa soit passé facilement à travers les mailles du filet ? Et comment se fait-il que dans le classement annuel de Transparency International de 2017, Madagascar compte parmi les pires élèves et occupe le 145ème rang mondial ? Si les chefs d’Etat africains savaient, ils seraient au plus haut point sidérés. Car derrière ce dispositif qui décourage plus d’un potentiel corrompu (ou corrupteur), ce sont les gros bonnets du régime qui s’activent en douce pour faire prospérer la corruption.

On se contentera de dire que la sœur, le frère et le fils du président trempent dedans et leurs faits ont été rapportés dans la presse. Que la conseillère spéciale et femme de confiance a été épinglée dans une gigantesque affaire de détournements de deniers publics, qu’une autre conseillère spéciale a été surprise à Roissy avec une valise bourrée de 3 millions d’euros, que les barons se livrent impunément au trafic de bois précieux, d’or, de pierres précieuses, de bovidés, de tortues, de caméléons, etc. Et si la justice assiste les bras croisés à cette valse intense, c’est aussi car le chef de l’Etat omet volontairement de mettre sur pied la Haute Cour de Justice…

Gros éclat de rire, jeudi dernier, dans les cercles de réflexion en entendant Hery Rajaonarimampianina développer son plan de croissance 2030. Car dans le brillant tableau brossé avec talent, l’orateur a oublié un mot qui est pourtant la clé de la promotion économique de l’île : la corruption. Comme c’est ce phénomène, animé par les hautes sphères qui domine la vie économique, on peut avancer une date plus précise que 2030 pour le décollage de l’île : la Saint-Glinglin.

Adelson RAZAFY

 

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