La Gazette de la grande ile

Urbanisation rapide: La précarité entraine différents problèmes supplémentaires

Publié le 29 janvier 2018

En 2040, jusqu’à la moitié de la population pourrait vivre en milieu urbain. Près de sept millions de personnes vivent aujourd’hui en milieu urbain à Madagascar, à comparer à 2,8 millions en 1993, mentionnent, notamment, les données de la Banque mondiale. Les villes représentent environ trois quarts du PIB national notamment la capitale, Antananarivo, qui contribue jusqu’à hauteur de 50 %. Cette urbanisation rapide – avec un taux annuel de croissance démographique urbaine de 4,7% – est attribuable à la croissance démographique, aux puissants flux migratoires des milieux ruraux vers les milieux urbains et entre milieux urbains (des villes secondaires vers Antananarivo). Toutefois, l’insuffisance des opportunités d’emploi pour cette population en croissance a entrainé la concentration de la pauvreté à Antananarivo où son taux atteint 66% alors que le taux national de pauvreté urbaine est d’environ 35 %. D’après les estimations, environ 70% des habitations à Antananarivo sont informelles et en dessous des normes. Souvent, les habitants des bidonvilles constituent une main-d’œuvre non qualifiée très faiblement rémunérée dont les maigres opportunités économiques contribuent à la perpétuation de la dégradation de leur milieu de vie. Cette précarité entraine différents problèmes supplémentaires, tels que les phénomènes de criminalité et de violence dont la fréquence ne cesse de croître, qui mettent en péril la sécurité des citoyens et engendrent des coûts sociaux et économiques importants – affectant souvent de manière disproportionnée les pauvres. Cette dégradation des conditions urbaines crée également un risque important pour la stabilité du pays : le mécontentement social dans les quartiers urbains pauvres a été exploité dans le passé à des fins politiques.

A moins que les autorités ne se préparent à faire face à cette urbanisation, ce mouvement accentuera la pression sur les infrastructures déjà limitées et les services locaux déjà défaillants. Des problèmes et des lacunes peuvent être relevés, notamment la nature non planifiée de la croissance urbaine et la mauvaise gestion de certaines infrastructures urbaines essentielles – telles que celles de l’approvisionnement en eau, du traitement des déchets liquides et solides, du drainage des eaux de pluie ainsi que du transport, et en général celles liées à la résilience aux catastrophes naturelles. Les conséquences du mauvais fonctionnement de ces systèmes urbains sont illustrées par la situation d’urgence causée par les inondations à Antananarivo en 2015.

À la lumière de l’urbanisation rapide, la Banque mondiale poursuivra sa série de Projets de pôles et corridors intégrés de croissance qui améliorent les services urbains dans les quartiers pauvres d’Antsiranana, Toliara, Taolagnaro et Nosy Be et développera un nouveau Projet intégré de développement urbain et de résilience pour le Grand Antananarivo. Ensemble avec l’AFD, les autorités nationales et locales, le GBM financera des investissements structurels et des changements institutionnels pour améliorer les infrastructures de canalisation, d’évacuation des eaux et d’assainissement afin de réduire les risques d’inondation dans les quartiers pauvres. En outre, ces activités chercheront à redynamiser plusieurs quartiers au moyen d’une approche communautaire. Cette amélioration de l’urbanisation sur une décennie se fera par une série de projets. Il convient de noter que ces investissements dans les pôles urbains le long de la côte et dans la capitale sont une contribution essentielle à l’atténuation des sources d’instabilité dans le pays.

Et les mêmes informations de rappeler, entre autres, que la population malgache paie le coût de l’instabilité politique et de la faiblesse de la croissance: la pauvreté dans le pays est aujourd’hui parmi les plus élevées au monde. Le malgache moyen est aujourd’hui plus pauvre de 42% par rapport à ce qu’il était en 1960, l’année de l’indépendance de Madagascar. Et l’inégalité n’est pas tant une question de concentration excessive de la richesse chez un petit nombre qu’une question de pauvreté profonde : le malgache moyen consomme 46% de moins qu’une personne vivant exactement au seuil de pauvreté national. La croissance démographique de 2,8% par an ajoute à la pression sur la capacité déjà limitée à fournir des services de base à travers le pays, sur les ressources naturelles et sur la croissance.

 

 

 

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