La Gazette de la grande ile

Mahafaly contre Rakotovao: Les vraies raisons de la discorde

Publié le 01 février 2018

Aux échelons les plus élevés du parti HVM, on nie l’existence d’une rivalité entre Mahafaly Olivier, Premier ministre, et Rivo Rakotovao, chef du parti et président du Sénat. On les assimile à des rumeurs sans fondements, destinées à semer la division au sein du HVM. Selon Rivo Rakotovao hier, il n’y a pas de discorde entre les deux chefs d’institution qui travaillent chacun de son côté, conformément aux dispositions des lois. En fait, des indiscrétions venant surtout de l’Assemblée nationale font état d’un « conflit latent » et qui pourrait un jour éclater au grand jour. En tout cas, Rivo Rakotovao minimise le mal car s’il s’étend, il pourrait compromettre les chances de succès du HVM à l’élection présidentielle.

Le motif de la zizanie est clair : au fur et à mesure que l’élection présidentielle approche, la candidature « naturelle » de Hery Rajaonarimampianina à la tête du parti est contestée. Le mouvement est parti de certains députés HVM de l’Assemblée nationale, presque tous des transfuges d’autres formations politiques, et qui ne sont pas imprégnés par les traditions de discipline du parti d’Etat. Ils ne craignent donc pas de passer outre les consignes de la hiérarchie et adoptent une certaine liberté de jugement. Il s’agit surtout de députés originaires des provinces, côtiers si on préfère, et dont le point de vue est le suivant : jamais les populations côtières n’ont autant souffert que sous Hery Rajaonarimampianina. Une conviction acquise au contact de leurs électeurs, lesquels se plaignent amèrement des prix inaccessibles des denrées (surtout le riz), de la recrudescence du vol de bovidés, de vanille et d’autres cultures de rente, des attaques à main armée et crimes en tous genres notamment en milieu rural, de la destruction des forêts avec l’abattage du bois de rose et du palissandre, de la dégradation des routes qui empêchent la sortie des produit, etc. Cette faction aspire à investir un candidat HVM côtier, censé être plus sensible aux difficultés spécifiques des zones littorales. Elle estime d’ailleurs que ce n’est là que justice, après la succession de trois Merina à la magistrature suprême depuis 2002.

En quête du « présidentiable » côtier, mais de façon encore superficielle, cette faction a jeté son dévolu sur le Premier ministre Mahafaly Olivier. Ce dernier, lors des fréquents face-à-face dans l’hémicycle, est devenu familier aux députés, lesquels apprécient aussi son sens du dialogue et son ouverture d’esprit. Il est vrai aussi que Hery Rajaonarimampianina, de par les dispositions de la Constitution, ne peut frayer avec les députés et ne peut aussi s’adonner à des activités de parti. Aux militants du HVM, l’homme apparaît distant et même éloigné. Mahafaly Olivier a-t-il été contacté ? On ne le sait, mais le Premier ministre se montre fidèle à son chef et lui manifeste publiquement dévouement et  attachement. Mais ceci ne satisfait pas Rivo Rakotovao qui le soupçonne d’entretenir des contacts occultes avec la faction en vue d’évincer Hery Rajaonarimampianina de l’investiture du HVM. D’où les tensions et les suspicions qui règnent dans les relations entre les deux chefs. A terme et sous la houlette du chef du HVM, Mahafaly Olivier, pourrait être éjecté de la Primature dans le but de le priver du rayonnement qui séduit la faction. Si celle-ci élargit son audience surtout hors de l’Assemblée, on parlera peut-être bientôt d’une lutte de courants entre  «mahafalistes » et « rajaonarimampianinistes ». Si cette dernière dénomination est trop longue et trop encombrante sur le champ de bataille, on se contentera de « heristes », à moins que « martialistes » sonne plus… martial.

Adelson RAZAFY

 

 

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