La Gazette de la grande ile

SCENE ATROCE DE FIANARANTSOA: Rien à attendre de la justice…

Publié le 01 février 2018

Horreur, pitié, dégoût, commisération etc. La scène atroce qui s’est déroulée samedi dernier à Andrainjato (Fianarantsoa) déchaine les passions sur les réseaux sociaux. Rappelons qu’un vieil homme aux cheveux blancs, surpris en train de chaparder aux alentours de la cité universitaire, a été trainé et « exécuté » dans des conditions particulièrement horribles : son crâne a été écrasé à coups de moellons (bloc de pierre carré). Commentaire de Mireille Rabenoro, présidente de la Commission Nationale Indépendante pour les Droits de l’Homme qui a visionné le film : « Nous condamnons de la façon la plus ferme ce genre d’assassinat. L’homme n’était pas armé et était d’un certain âge, il ne devait donc susciter aucune crainte… ». En tout cas, voilà à quoi on en arrive quand les gens n’attendent plus rien de la justice. Un peu partout dans l’île d’ailleurs, la vindicte populaire est motivée par l’absence de confiance en la justice, considérée comme corrompue et capable de relâcher un criminel moyennant finance. Les classements sur la corruption à Madagascar placent d’ailleurs la justice parmi les secteurs les plus affectés par le mal, aux côtés de la Police et de la Gendarmerie. Vendredi dernier à Anosy, il y eut la prestation de serment de magistrats promus à de hautes fonctions. La cérémonie a mis en relief certains juges qui participent à l’œuvre de discrédit de la justice. Comme la ministre de la Justice qui, accusée d’avoir touché un pot-de-vin de 70 000 euros, refuse de démissionner. Dans les démocraties pourtant, quand des soupçons pèsent sur un magistrat suite à des accusations graves, l’intéressé démissionne et une mise en examen est ouverte à son endroit. On y a vu aussi la procureure de la République accusée pareillement mais qui refuse aussi de démissionner, et qui aurait servi d’intermédiaire entre le mercenaire corrupteur et la ministre de la Justice. Parmi les juges promus à de hautes fonctions, l’ex-ministre de la Justice qui, la nuit de l’arrestation de Claudine Razaimamonjy, conseillère spéciale à la Présidence, a convoqué en catastrophe la presse pour réclamer la libération immédiate de la prévenue. On y a aussi remarqué le chef de l’Etat qui martèle souvent le devoir d’exemplarité auquel sont tenus les titulaires de hautes charges, mais qui s’en tient au simple blabla et ne veut pas pousser vers la sortie les magistrats incriminés.

Tout ce personnel est un peu à l’origine des actes atroces de justice populaire qui se multiplient aux quatre coins de l’île. On n’a pas vu à la cérémonie Fanirisoa Ernaivo, la seule qui se bat pour la revalorisation de la fonction de magistrat et qui a demandé la démission de la ministre incriminée. Elle a bien fait de ne pas venir car au micro, les plus hauts magistrats se sont ligués pour l’attaquer et dénoncer son « irrespect du devoir de réserve ». Dans l’actuelle conjoncture où la justice traverse une mauvaise passe, Fanirisoa Ernaivo du SMM est la seule qui sauve l’honneur de la magistrature.

                  A.R

 

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